Port-Bouët : 2 mois après les démolitions, les déguerpis de Vridi-Village réclament vérité, justice et réparation

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Port-Bouët – Deux mois après la destruction de leurs habitations, les anciens résidents de Vridi-Canal, plus connu sous le nom de Vridi-Village, refusent de sombrer dans le silence. Réunis en conférence de presse, dimanche 2 août 2026, à Port-Bouët, les responsables de la Mutuelle des déguerpis de Vridi-Canal ont lancé un appel pressant aux autorités. Entre douleur, indignation et espoir de justice, ils dénoncent un « déguerpissement brutal » qui, selon eux, a plongé des milliers de familles dans une profonde précarité. Ils réclament aujourd’hui des explications, une indemnisation et la reconnaissance de ce qu’ils considèrent comme un patrimoine historique.

Des milliers de familles plongées dans la précarité

Face aux journalistes, le secrétaire général de la mutuelle, Tahirou Mohamed, est revenu sur les opérations de démolition engagées les 5 et 6 juin derniers. Selon lui, des bulldozers, accompagnés des forces de l’ordre, ont rasé des milliers d’habitations en quelques heures.

« Nous voulons aujourd’hui exprimer notre ras-le-bol, mais surtout faire entendre notre revendication de justice », a déclaré Tahirou Mohamed, précisant qu’environ 60.000 personnes, réparties dans 6.000 familles sur un espace de 25 hectares, ont été directement affectées.

Selon la mutuelle, de nombreuses familles ont passé plusieurs nuits à la belle étoile avant de trouver refuge dans des établissements scolaires ou des lieux de culte.

Un héritage historique que les habitants refusent de voir disparaître

Au-delà des pertes matérielles, les anciens habitants tiennent à rappeler l’histoire de Vridi-Canal. Ils affirment que ce quartier est occupé depuis les années 1930 par les descendants des ouvriers ayant participé au creusement du canal reliant la lagune Ébrié à l’océan Atlantique, une infrastructure ayant largement contribué au développement du Port autonome d’Abidjan.

« La majeure partie des premiers habitants de ce quartier n’est aujourd’hui plus de ce monde, mais leurs épouses, leurs enfants et leurs petits-enfants y ont vécu depuis plusieurs générations », a soutenu Tahirou Mohamed, estimant que cette mémoire collective mérite d’être préservée.

Le devenir du terrain alimente les interrogations

La contestation s’est accentuée après l’installation, selon les responsables de la mutuelle, d’une pancarte portant le nom de la SOGEDI sur le site désormais vidé de ses habitations.

Les déguerpis disent également avoir appris qu’une partie des lieux pourrait être aménagée en aire de stationnement destinée aux camions desservant le Port autonome d’Abidjan.

« Comment peut-on jeter des milliers de familles vulnérables à la rue juste pour stationner des camions ? C’est une injustice profonde », a lancé Tahirou Mohamed, invitant les pouvoirs publics à faire toute la lumière sur le statut foncier du terrain et sur son affectation future.

La voie judiciaire envisagée pour obtenir réparation

Déterminée à poursuivre son combat, la Mutuelle des déguerpis de Vridi-Canal annonce son intention de saisir les juridictions compétentes afin d’obtenir réparation pour les préjudices subis.

« Nous entendons défendre nos droits sur le site que nous considérons comme notre lieu de vie historique », a insisté Tahirou Mohamed.

Les responsables réclament une indemnisation des victimes, des réponses sur l’avenir des 25 hectares concernés et invitent les médias à relayer leur appel à « vérité, justice et réparation ».

Cette mobilisation intervient dans un contexte marqué par la multiplication des opérations de déguerpissement dans le district autonome d’Abidjan. Un sujet qui continue d’alimenter le débat entre les impératifs d’aménagement urbain et la protection des droits des populations affectées.

Josué Koffi

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