Depuis que l’information a été rendue publique sur l’octroi d’un prêt de 35 millions d’euros (environ 23 milliards de FCFA) de la France à la Côte d’Ivoire, correspondant à la signature de conventions de financement destinées à appuyer le projet du métro d’Abidjan, et le programme de complexes sportifs Agora, certains français estiment que la France fait des cadeaux aux africains alors que les français souffrent.

Une explication de texte s’impose.
D’où vient l’idée de la construction du « métro d’Abidjan? »
L’idée de la construction du métro d’Abidjan a été conçue à l’origine dans les années 1970 par la Direction et contrôle des grands travaux, l’ancêtre du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD), avant d’être relancée et concrétisée par le président Alassane Ouattara à partir de 2011.
En effet, face à l’urbanisation rapide de la capitale économique ivoirienne, les premiers plans d’un réseau de transport urbain lourd sont dessinés par les services techniques nationaux. Le projet est sorti des cartons par le président Alassane Ouattara dès son arrivée au pouvoir, en 2011, pour répondre aux défis majeurs de congestion routière et d’accidents.
Le projet vise à désenclaver les quartiers périphériques, fluidifier le trafic et moderniser durablement les déplacements de plus de 540 000 passagers quotidiens entre Anyama et l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny.
C’est dire que le métro d’Abidjan va révolutionner le transport urbain de la capitale économique ivoirienne connue pour ses embouteillages monstres occasionnant une forte pollution atmosphérique.
En fluidifiant la circulation entre les 7 communes traversées, le métro d’Abidjan va fortement améliorer l’attractivité de la ville.
C’est le 30 novembre 2017 que la première pierre du projet du « Métro d’Abidjan » avait été posée par les présidents Alassane Ouattara et Emmanuel Macron.
Finalement, la mise en service de la ligne 1 du « Métro d’Abidjan » est prévue entre fin 2028 et début 2029, à cause des contraintes financières. Un chantier colossal de 1,7 milliard d’euros qui permettra la construction d’une première ligne de 37 kilomètres entre le sud et le nord de l’agglomération – depuis l’aéroport jusqu’à Anyama.
Que dire sur le fameux prêt de 35 millions d’euros (environ 23 milliards de FCFA) de la France à la Côte d’Ivoire?
Le Ministre de l’Economie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly et l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, S.E.M Jean-Christophe Belliard ont paraphé, le jeudi 06 août 2026, deux conventions de financement en lien avec le dévoiement d’un collecteur d’eaux usées sur le tracé du métro d’Abidjan et la construction d’infrastructures sportives de proximité dans le cadre du programme Agora dans les localités de Guiglo, Dabou, Boundiali et Dimbokro, d’un coût de 23 milliards FCFA.
La première convention permet de soutenir le programme Agora visant à construire des infrastructures sportives de proximité autour d’activités à vocation sociale et économique.
Consternant la seconde convention, elle a trait à la poursuite des travaux du métro d’Abidjan par le déplacement d’un canal non dimensionné sur le tracé.
Au total, les concours financiers cumulés garantis par la France en faveur de l’économie ivoirienne portent sur un montant total de 35 millions d’euros, soit environ 23 milliards de francs CFA, dans différents secteurs, notamment, le sport et les loisirs, les infrastructures de transport et la salubrité.
Contrairement à ce que pensent certains français, ces 35 millions d’euros ne sont pas un cadeau à fonds perdu.
C’est un crédit garanti par la France, assorti d’une condition stricte : chaque euro prêté doit obligatoirement revenir aux industriels français retenus sur le chantier, Alstom, Bouygues, Colas Rail et Keolis en tête. L’objectif affiché est clair, alimenter les carnets de commandes des usines françaises en métropole et soutenir l’emploi industriel.
Un financement assuré par le Trésor ivoirien, le Trésor français et le pool bancaire français
Le financement du « métro d’Abidjan » est porté par le Trésor ivoirien, le Trésor français et le pool bancaire français, composé de la Société générale et de BNP Paribas.
Suite à la signature d’un avenant au contrat de conception construction-exploitation-maintenance du « métro d’Abidjan » entre le gouvernement ivoirien et la Société des transports abidjanais sur rail (STAR), qui regroupe Bouygues Travaux Publics (mandataire), Colas Rail, Alstom et Keolis, le coût global du projet a été fortement revu à la hausse, passant de 870 milliards de francs CFA (soit 1,32 milliard d’euros) à 1.166,43 milliards de francs CFA (soit 1,77 milliard d’euros). La forte implication de la France, via son Trésor et ses banques, s’explique, outre les bonnes relations qu’entretiennent Abidjan et Paris, par le fait que ce projet est porté par des groupes français. C’est, en effet, Bouygues Travaux Publics qui assurera la construction des infrastructures et Alstom, le développement du matériel roulant (20 trains de 5 voitures). Quant à Colas Rail, il sera chargé de la voie ferrée, de l’électrification (caténaire et sous-stations), de la billetterie et d’une partie des courants faibles et participera à l’intégration système.
Enfin, Keolis assumera l’exploitation et la maintenance du réseau de métro d’Abidjan. Signalons au passage qu’il s’agisse du financement du Trésor français ou de celui des banques françaises, ce sont des prêts qui vont rapporter des intérêts aux apporteurs de capitaux.
La construction du « métro d’Abidjan », un projet rentable pour les entreprises françaises. Ces 35 millions d’euros vont aider au financement du « métro d’Abidjan ».
Quasiment, la bonne partie du coût total du projet qui est de 1,7 milliard d’euros, reviendra aux entreprises françaises. Voici la liste non exhaustive des entreprises françaises qui ont gagné les marchés de construction :
Systra, filiale de la RATP et de la SNCF, qui réalise la conception des équipements d’exploitation et la billettique.
Schneider Electric, qui fournit les équipements électriques pour l’alimentation des sous-stations de traction du métro.
Thales, qui fournit les systèmes de télécommunication, de contrôle d’accès aux stations et les réseaux de vidéosurveillance/sécurité.
Alstom, qui fournit les rames de métro, la signalisation et les systèmes d’électrification.
Bouygues, qui pilote le terrassement, la construction des voies, des ponts et des gares. Colas, qui pose les voies ferrées et les installations électriques.
Keolis, qui apporte son expertise d’exploitant pour la future mise en service.
En fait, la conception, la fourniture d’équipements et l’exploitation ont été attribués à un consortium 100 % français. Ce qui n’est pas acceptable dans une logique de fourniture de services de qualité et en termes d’exigences de bonne gouvernance.
Que les français n’oublient pas que les prêts français sont majoritairement « liés »
Depuis les indépendances jusqu’à ce jour, tous les prêts français sont toujours « liés », mais également, ils n’étaient jamais libellés en Franc CFA mais en Franc Français de l’époque ou en dollars.
Grâce à ces prêts, la France ne gagne pas seulement de l’argent, qui concerne les intérêts de ces dettes, mais également des contrats pour les entreprises françaises. L’aide française retourne en France par le biais des surprofits que font les grandes firmes françaises. Bouygues, Keolis et Alstom ont ainsi obtenu le marché de la construction et de l’exploitation d’une ligne de métro à Abidjan, lequel projet a été financé par un prêt français de 1,4 milliards d’Euros accordé à la Côte d’Ivoire en 2017. On se souvient que la société Alstom a rejoint le consortium en septembre 2017, évinçant les sud-coréens (Hyundai Rotem et Dongsan) initialement choisis ; une victoire de taille pour le groupe français, obtenue dans la foulée de l’accord de financement avec Paris. Les deux sociétés sud-coréennes seraient dédommagées à hauteur de 10 millions d’Euros environ, selon la presse. Pour les autorités ivoiriennes, les groupes sud-coréens n’avaient pas réussi à trouver les financements suffisants pour le projet, alors que la France a accepté de financer dans le cadre d’une enveloppe plus large de 2 milliards d’Euros comprenant plusieurs autres projets, à condition que des entreprises françaises soient chargées des travaux. Le président MACRON est venu lui-même poser la première pierre du métro d’Abidjan le 30 septembre 2017. Pour institutionnaliser le « ravitaillement » des firmes françaises en contrats, les autorités françaises ont conçu un instrument inédit : le Contrat de Désendettement et Développement ou C2D. Ce dispositif a été créé en 2001 à la suite de la décision des pays donateurs d’annuler les dettes des Etats ayant rempli les conditions de l’initiative pour les Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) du FMI et de la Banque Mondiale.
D’ailleurs sur le C2D, nous l’avons toujours considéré comme un mécanisme « infantilisant » pour les États africains, notamment la Côte d’Ivoire, et ce, pour les raisons suivantes :
Une souveraineté budgétaire confisquée : L’État souverain n’a pas le libre choix de l’affectation de ses ressources.
L’argent, bien qu’appartenant techniquement à la Côte d’Ivoire (puisqu’il s’agit de ses propres remboursements), est fléché sous la tutelle de partenaires extérieurs.
La double validation (Comité mixte) : Les fonds ne sont débloqués que si les projets sont validés par un comité mixte incluant l’ambassadeur de France et l’Agence Française de Développement (AFD).
Pour nous, cela s’apparente à une mise sous tutelle, induisant que l’État bénéficiaire n’est pas jugé assez « mûr » ou « responsable » pour budgétiser ses dépenses de manière autonome.
Le retour des entreprises occidentales : Les appels d’offres liés aux projets du C2D adoptent des critères qui favorisent très souvent l’attribution des marchés publics à des multinationales françaises ou européennes, recyclant ainsi l’aide en flux financiers retournant vers le pays donateur.
Pour les français qui ne savent rien des relations entre la France et les Pays de la Zone Franc, garder le silence serait une bonne chose. La France fait de bonnes affaires avec les États africains francophones, surtout en Côte d’Ivoire.
Sur les 35 millions d’euros, ceux qui critiquent le président Macron sont semblables à un propriétaire d’une banque qui refusent que ses employés financent des projets rentables.
Un sage disait que « l’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit. », quand Montesquieu rappelait que : « L’ignorance est la mère des traditions. ».
Pr Prao

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