Abidjan, 19 juin 2026. Longtemps considérés comme un symbole de pollution et d’insalubrité, les déchets changent désormais de visage en Côte d’Ivoire. Au Palais de la Culture Bernard Binlin Dadié de Treichville, où s’est ouverte ce vendredi la première édition du Salon international du recyclage en Afrique (SIRA 2026), ils sont apparus comme une formidable réserve de richesses encore sous-exploitée. Pendant deux jours, décideurs publics, investisseurs, industriels et experts du développement durable entendent démontrer qu’en Afrique, l’avenir économique pourrait bien se construire à partir de ce que l’on jette aujourd’hui.

Le recyclage, nouveau levier de développement africain
Placée sous le thème « Innovation, inclusion et économie circulaire : l’Afrique se recycle », cette première édition du SIRA affiche une ambition claire : faire du recyclage un pilier du développement durable et de l’industrialisation du continent.
Dès l’ouverture, le Commissaire général du SIRA, Didier Goundéké, a donné le ton en invitant les acteurs africains à changer leur regard sur les déchets.
« L’avenir environnemental, économique et industriel de notre continent dépendra de notre capacité à transformer nos contraintes en opportunités, nos défis en innovation et nos déchets en richesse », a-t-il déclaré devant un parterre de représentants institutionnels et d’acteurs du secteur privé.
Pour lui, les déchets ne doivent plus être perçus comme une charge, mais comme une ressource stratégique capable de générer des emplois, d’attirer des investissements et de soutenir l’émergence d’une industrie africaine compétitive.

« Le déchet est désormais une matière première, une ressource stratégique, un gisement d’emplois et un puissant moteur d’industrialisation », a insisté Didier Goundéké.
Une urgence environnementale qui appelle une mobilisation collective
Représentant le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Dr Didier Gbocho a salué l’initiative tout en rappelant les défis environnementaux auxquels les États africains sont confrontés.
Dans une intervention marquée par un appel à la responsabilité collective, il a souligné la nécessité de restaurer les écosystèmes fragilisés par l’action humaine.
« Nous avons reçu la mission de cultiver et protéger notre environnement. Aujourd’hui, nous devons restaurer ce que nous avons contribué à dégrader », a-t-il affirmé.
Le représentant du ministre a également mis en lumière l’ancrage historique de l’économie circulaire dans les sociétés africaines.
« Lorsque nous étions enfants, nous récupérions déjà certains objets pour leur donner une seconde vie. L’économie circulaire est profondément ancrée dans nos pratiques traditionnelles », a-t-il expliqué.
Quand l’art rencontre l’économie circulaire
La cérémonie d’ouverture a également rendu un vibrant hommage à l’artiste ivoirien Christian Lattier, pionnier de la valorisation des matériaux récupérés dans la création artistique.
À travers ses œuvres, l’artiste a démontré bien avant l’heure que les déchets pouvaient devenir des objets de beauté, de réflexion et de création de valeur.
Cette dimension culturelle vient renforcer le message central du SIRA : le recyclage ne constitue pas seulement une réponse environnementale, mais également une opportunité économique, sociale et culturelle.
Abidjan, capitale africaine du recyclage
Soutenu par le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, l’ANAGED et plusieurs partenaires institutionnels, le SIRA 2026 ambitionne de faire de la Côte d’Ivoire une référence continentale en matière d’économie circulaire.
À travers expositions, conférences, panels et rencontres professionnelles, les organisateurs veulent bâtir un cadre permanent de dialogue entre chercheurs, entrepreneurs, collectivités et investisseurs.
Au-delà des discours, une conviction semble désormais faire consensus parmi les participants : dans l’Afrique de demain, les déchets ne seront plus un problème à gérer, mais une richesse à exploiter. Et la Côte d’Ivoire entend bien être à l’avant-garde de cette révolution verte.
Josué Koffi

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