Jean-Emmanuel N’Goran, plus connu sous le nom de scène Aimé S, a remporté la 4ᵉ édition de Genèse, la grande compétition nationale de slam gospel tenue en 2024. Dans cet entretien, il revient sur l’impact de cette victoire, les réalités du slam gospel en Côte d’Ivoire et sa vision de cet art engagé.
Depuis votre victoire à Genèse, qu’est-ce qui a changé dans votre vie ?
Cette victoire m’a apporté un début de notoriété, ce qui est un atout. Elle m’a surtout renforcé dans ma foi : avec Dieu, tout est possible si l’on se confie à Lui et qu’on travaille. Cela m’a aussi fait prendre conscience de la part du surnaturel dans notre parcours. Mais je ne suis pas devenu une star pour autant.

Avez-vous su tirer profit de cette visibilité ? Où en êtes-vous aujourd’hui artistiquement ?
Honnêtement, j’ai mal géré ma visibilité au début. Ce n’est que vers la fin de mon mandat que j’ai commencé à assumer mon titre comme un étendard. Aujourd’hui, je continue à participer à d’autres compétitions. Je n’ai pas encore de projet d’album. Côté scène, je me produis uniquement sur invitation. Je n’ai pas encore eu l’occasion de monter sur scène avec les grandes figures du slam ivoirien.
Certains estiment que les lauréats de Genèse tombent dans l’oubli après leur sacre. Qu’en pensez-vous ?
Ce n’est pas totalement faux. Après Genèse, l’attention se déplace vers le championnat national dont le vainqueur représente la Côte d’Ivoire à l’international. Genèse passe alors au second plan. Mais je pense que cela dépend aussi de nous, les artistes issus de la communauté chrétienne. Ce milieu impose beaucoup de contraintes. Nous restons visibles dans les milieux chrétiens, mais peu au-delà. J’espère que les choses vont évoluer.
Avez-vous bénéficié d’un accompagnement après votre victoire ?
Dans une certaine mesure, oui. J’ai eu l’appui d’un coach, M. Yannick, membre de l’organisation, qui m’accompagne dans mes projets d’écriture. Il m’aide à mieux formuler mes textes, car quand on parle de Dieu, il faut le faire avec justesse et respect. Mais en dehors de cela, il n’y a pas eu d’accompagnement structuré.
Pourquoi, selon vous, le slam gospel reste-t-il encore marginal ?
Déjà, le slam lui-même n’est pas encore bien connu du grand public. Grâce à des figures comme Noferima ou Levent Alexander, il commence à se faire une place. Le slam gospel, lui, fait face à une double difficulté : en plus d’être un art peu médiatisé, il véhicule un message spirituel qui peut déranger. Certains organisateurs hésitent à nous programmer. C’est un peu ce qu’a vécu le rap gospel à ses débuts. Mais avec du temps, du travail et la grâce, le slam gospel finira par s’imposer.
Comment votre entourage a-t-il réagi après votre sacre ?
Très positivement. J’ai reçu beaucoup d’encouragements de ma famille et de mes amis. Pour eux, je suis devenu une sorte de star, d’autant plus que j’ai remporté une autre compétition après Genèse. Ils me soutiennent dans mes projets futurs.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les slameurs gospel en Côte d’Ivoire ?
Nos scènes sont principalement dans les églises. Nous y sommes régulièrement invités. Pour ce qui est de la scène artistique plus large, je n’ai pas encore eu l’opportunité d’y évoluer pleinement. Je ne peux pas parler au nom de tous, mais c’est ce que je vis personnellement.
Avez-vous déjà envisagé d’abandonner ? Qu’est-ce qui vous pousse à continuer ?
Oui, j’ai déjà pensé tout arrêter. Le slam gospel est un engagement spirituel. Il m’est arrivé de douter de ma légitimité à parler de Christ, surtout lorsque je traversais des périodes de faiblesse spirituelle. La Bible dit que celui qui prêche sera jugé plus sévèrement. En tant que slameur gospel, je porte un message sacré. Si ma vie ne reflète pas ce message, je me sens indigne. Mais malgré ces doutes, je suis convaincu que c’est un appel. C’est comme le ministère d’un chantre. Il m’arrive de faire des pauses, mais abandonner ? Non. Je me relève toujours et je continue.
Peut-on vivre de sa foi uniquement ou faut-il aussi des moyens, des réseaux, du management ?
La foi est fondamentale, mais elle ne suffit pas à elle seule pour vivre de cet art. Le slam, c’est un véritable travail, intellectuel et spirituel. Il mérite reconnaissance. Quand nous sommes invités à prester, un cachet est justifié. Même si personnellement je ne vis pas encore de mon art, je crois qu’avec un bon encadrement, une vraie stratégie et l’aide de Dieu, c’est possible. Comme l’a dit Levent Alexander : « Je suis en finale d’un art avec lequel je veux vivre ». C’est aussi mon ambition.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes chrétiens qui veulent se lancer dans le slam gospel ?
Je leur dirais de ne pas chercher à devenir des stars, mais de se laisser conduire par Christ. Ce n’est pas un chemin facile. Il faut s’attendre à des frustrations, des échecs, des blocages. Mais si c’est un art que vous aimez, et surtout si vous vous sentez appelés à ce ministère, alors tenez bon. Faites-le pour Dieu, pas pour les hommes. Et il vous élèvera en son temps.
Réaliser par Meshack Eman

Que Christ soit glorifié 🙏