Dans le silence recueilli de la cathédrale d’Agboville, un autre combat s’est imposé aux consciences : celui contre une maladie que beaucoup croyaient reléguée au passé, mais qui continue de frapper dans l’ombre. Entre appels poignants, témoignages émouvants et engagements fermes des autorités, la 113ᵉ Journée mondiale de lutte contre la lèpre a sonné comme un réveil collectif face à un fléau encore trop ignoré.
Sous les voûtes de la cathédrale, entre prières, témoignages et engagements officiels, la 113ᵉ Journée mondiale de lutte contre la lèpre s’est transformée, ce dimanche 26 avril 2026, en une véritable tribune nationale contre une maladie encore trop silencieuse. Autorités administratives, leaders communautaires, partenaires techniques et populations se sont donné rendez-vous pour briser le tabou et appeler à une mobilisation générale.
Présidée par le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre N’gou Dimba, accompagné de plusieurs autorités préfectorales de la région de l’Agnéby-Tiassa, la cérémonie a enregistré la présence des acteurs clés de la santé, dont des représentants du gouvernement, de l’OMS et du Programme national de lutte contre la lèpre. Aux côtés des élus et cadres administratifs, chefs traditionnels et guides religieux ont répondu présents, traduisant une volonté d’ancrer la lutte dans toutes les couches sociales.
« Nous voulons que ce message pénètre toutes nos communautés, sans distinction », a insisté Pierre N’gou Dimba, ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, saluant l’implication conjointe de l’église, des mosquées et des confessions protestantes.
La lèpre, une réalité persistante et méconnue

Loin d’être une maladie du passé, la lèpre demeure une préoccupation de santé publique en Côte d’Ivoire. En moyenne, près de 600 nouveaux cas sont détectés chaque année, dont une proportion non négligeable d’enfants.
« Nous sommes complices par notre silence et notre indifférence », a martelé le Ministre de la Santé, appelant à rompre avec la stigmatisation qui entoure encore les malades.
Le dépistage actif mené récemment à Agboville a permis de détecter plusieurs cas, preuve que la maladie circule toujours.
Des solutions disponibles, mais une volonté à renforcer
Les autorités sanitaires se veulent rassurantes : la lèpre se guérit, et le traitement est gratuit dans les structures de santé. Mieux, la prise en charge devrait être renforcée grâce à la Couverture maladie universelle.
« Nous avons les moyens, les médicaments et les compétences. Ce qui manque, c’est l’engagement collectif », a-t-il souligné, insistant sur le rôle de chaque citoyen dans la sensibilisation et l’orientation précoce des cas suspects.

Briser les stigmates et restaurer la dignité
Moment fort de la cérémonie : les témoignages de malades, salués pour leur courage et leur dignité. Entre émotion et espoir, ces prises de parole ont rappelé l’urgence d’une approche plus humaine et inclusive.
« Votre combat est aussi le nôtre. Vous n’êtes pas seuls », a déclaré le Ministre Pierre N’gou Dimba, annonçant des réflexions en cours pour accompagner les malades à travers des activités génératrices de revenus.
Objectif 2030 : une Côte d’Ivoire sans lèpre
S’inscrivant dans la dynamique de la déclaration d’Abidjan, les autorités ivoiriennes réaffirment leur ambition d’éliminer la lèpre à l’horizon 2030. Cela passera par une intensification du dépistage, une meilleure intégration des soins et une mobilisation accrue des communautés.

« Chacun doit devenir un acteur de la lutte, un relais dans son village, un ambassadeur de la santé », a lancé Pierre Dimba, appelant à une union sacrée contre la maladie.
À Agboville, le message est clair : la lèpre n’est ni une fatalité ni une malédiction. Elle peut être vaincue, à condition de briser le silence.
Roy Armel

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