Réparation des victimes des crises en Côte d’Ivoire : la COVICI interpelle l’État sur un processus à l’arrêt et réclame la reprise du dialogue

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Dix ans après la remise du rapport de la Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes (CONARIV), les blessures des crises ivoiriennes restent encore vives. Dans une salle attentive, lundi 24 août à Abidjan, la Confédération des organisations de victimes des crises ivoiriennes (COVICI) a de nouveau donné de la voix. Son message est sans détour : le processus de réparation est bloqué et doit reprendre.

Des chiffres qui interpellent

Après une minute de silence en mémoire des victimes, Ahoua Dagnogo, Vice-présidente de la COVICI, a rappelé le lourd tribut payé par la Côte d’Ivoire durant trois décennies de crises, notamment le coup d’État de 1999, la rébellion de 2002 et la crise postélectorale de 2010-2011.

Selon les chiffres communiqués par la COVICI, le rapport final de la CONARIV, remis au Président de la République le 19 avril 2016, avait validé 316 954 demandes de réparation sur 874 056 dossiers étudiés. Dix ans plus tard, seulement 4 442 familles sur 19 018 éligibles à l’indemnisation d’un million de francs CFA auraient été prises en charge, soit 23,4 %.

La situation est encore plus préoccupante pour les blessés graves, avec 1 905 personnes prises en charge sur 26 783, soit 7,1 %. Pour les victimes de violences sexuelles basées sur le genre, 150 cas sur 2 969 auraient bénéficié d’une réparation.

« Le processus doit reprendre »

Présent à cette rencontre, Toé Seydou, président du COVICI et PCA, a lancé un appel pressant aux pouvoirs publics.

« Ça fait cinq ans que c’est bloqué. À travers vos écrits, faites en sorte que le ministère et le gouvernement puissent jeter un regard sur la question des victimes », a-t-il plaidé, rappelant que les chiffres avancés proviennent des données gouvernementales.

Pour lui, la réparation constitue un engagement pris au plus haut niveau de l’État. « Il a donné sa parole, c’est lui qui a lancé le processus de réparation et il a dit que tout le monde sera réparé », a-t-il insisté.

La COVICI veut renouer le dialogue

La confédération dit avoir multiplié les démarches auprès du ministère de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté. Une demande d’audience adressée le 6 juillet 2026 à Myss Belmonde GODO, ministre en charge du dossier, serait restée sans suite.

La COVICI réclame la création d’un cadre permanent de concertation réunissant le ministère, le PNCS, le CNDH et les organisations de victimes. Elle souhaite également une meilleure communication sur les réparations réalisées.

« Le ministère travaille, mais nous ne sommes pas informés », a relevé une collaboratrice de Toé Seydou, appelant à une publication régulière des résultats.

Une loi pour garantir les droits

Au-delà du dialogue, la COVICI demande une loi spécifique consacrant le statut des victimes et sécurisant leurs droits. Elle réclame aussi le réexamen des 557 102 dossiers non validés, la prise en charge des blessés graves, des aides scolaires et des réparations communautaires.

Pour Toé Seydou, « on ne peut pas les insérer dans les mécanismes de filets sociaux ». « C’est un droit pour les victimes », a-t-il martelé.

En définitive, derrière les pourcentages demeurent des familles, des blessés et des vies profondément marquées. Pour la COVICI, la réconciliation ne pourra être pleinement consolidée que lorsque la mémoire des victimes s’accompagnera d’actes concrets. Car, dix ans après la CONARIV, réparer n’est plus seulement une question de chiffres : c’est aussi une exigence de justice et de paix durable.

Josué Koffi

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