Finies, à terme, les longues files d’attente, les dossiers qui s’empilent et les mêmes pièces réclamées plusieurs fois. La Côte d’Ivoire veut désormais changer en profondeur le visage de son administration. Depuis jeudi 3 septembre, au Radisson Blu Hôtel d’Abidjan, l’État planche sur les services publics à numériser en priorité, avec une ambition clairement affichée : parvenir à 700 services publics numériques d’ici 2028 et à une administration « zéro papier » en 2030.
Organisé par le ministère de la Transition numérique et de l’Innovation technologique et la Société nationale de développement informatique (SNDI), l’Atelier national de priorisation des services publics numériques réunit, durant deux jours, près de 84 participants issus de 56 institutions, ministères et structures publiques.
L’objectif est de retenir une première liste d’une centaine de services à fort impact pour les citoyens et les entreprises, afin d’alimenter la future feuille de route nationale des infrastructures publiques numériques.
Présidant l’ouverture des travaux, le ministre Djibril Ouattara a défendu une transformation pensée d’abord pour l’usager. « Nous avons la responsabilité d’éviter des cauchemars à nos concitoyens dans le parcours qu’ils ont avec notre administration. Nous avons l’obligation d’anticiper sur leurs besoins », a-t-il insisté.
Derrière cette réforme se trouve un principe simple : une information déjà détenue par l’administration ne devrait plus être réclamée au citoyen.
Le ministre a notamment évoqué les concours administratifs. Certificat de nationalité, casier judiciaire, diplômes… ces documents pourraient demain être transmis directement d’une plateforme publique à une autre, sans que le candidat ait à constituer plusieurs fois le même dossier.
Représentant la ministre d’État, ministre de la Fonction publique et de la Modernisation de l’Administration, Anne Désirée Oulotto Lamizana, le Directeur de Cabinet Adjoint, Yao N’guettia Jérôme, a appelé à construire une administration « amie du citoyen ».
« La réussite de notre transformation numérique ne se mesurera pas au nombre de plateformes créées, mais au nombre de difficultés supprimées pour le citoyen », a-t-il souligné.
La SNDI entend, elle aussi, accélérer. Son directeur général, Nongolougo Soro, a indiqué que 315 services sont déjà digitalisés, mais essentiellement de manière sectorielle.
Le prochain défi consiste donc à les faire communiquer. Une plateforme d’interopérabilité permet déjà des échanges sécurisés entre plusieurs systèmes publics. Il faut désormais élargir son utilisation, notamment autour de l’identité numérique, du partage sécurisé des données et des paiements numériques.
« L’administration ne doit pas demander à un citoyen ou à une entreprise une information que l’administration a déjà », a résumé Nongolougo Soro.
Pour le Ministre Djibril Ouattara, le cap est désormais fixé : « 700 services bien coordonnés, et 700 services qui ont de l’impact réel pour nos concitoyens ».
Présente à l’ouverture, la Banque mondiale estime que l’objectif d’un État « sans papier » en 2030 est réalisable. Le Dr Alexandre Amard, spécialiste du numérique de l’institution, a toutefois insisté sur la qualité des données, indispensable à la réussite de cette transformation et au développement futur de l’intelligence artificielle.
Avec un financement de 150 millions de dollars consacré à la digitalisation des services, la Banque mondiale accompagne déjà la Côte d’Ivoire dans ce chantier.
Au-delà des plateformes et des technologies, le véritable test sera donc celui de l’expérience quotidienne. Si le « zéro papier » veut devenir une réalité, il devra surtout se traduire par moins de démarches, moins de contraintes et davantage de services accessibles en quelques clics. C’est à ce moment-là seulement que le numérique aura véritablement changé la vie du citoyen.
Josué Koffi

Average Rating