En Côte d’Ivoire, où près d’un habitant sur deux est un enfant, le 20 novembre n’est pas une simple commémoration : c’est un miroir tendu à la nation. Un miroir qui révèle autant les avancées décisives que les fractures persistantes d’un pays encore en quête d’équité pour ses plus jeunes citoyens.

Dans les maternités, les écoles, les quartiers précaires comme dans les couloirs des hôpitaux, une même question résonne, ce 20 novembre 2025 : que vaut réellement l’avenir d’un enfant ?
Entre acquis majeurs et défis tenaces, le pays mesure l’étendue du chemin déjà parcouru et celui qui reste à franchir.

Comme de coutume, chaque 20 novembre, le monde s’unit pour célébrer la Journée mondiale de l’Enfance, date marquant l’adoption de la Déclaration (1959) et de la Convention relative aux droits de l’enfant (1989). En Côte d’Ivoire, où près de 14 millions de citoyens ont moins de 18 ans, cette journée revêt une dimension particulière. Elle rappelle l’urgence de garantir à chaque enfant la santé, l’éducation, la protection et la participation — des droits humains fondamentaux encore trop souvent menacés.

Selon Jean François Basse, Représentant de l’UNICEF en Côte d’Ivoire, « Chaque enfant porte un rêve, et notre responsabilité d’adultes est de lui offrir les conditions pour qu’il devienne réalité. L’avenir commence par la place que nous accordons à l’enfant aujourd’hui. »
Un pays engagé : bilan et réalisations majeures

L’année 2025 a été riche en avancées malgré un contexte socio-économique et sécuritaire marqué par l’afflux de populations déplacées et une épidémie de dengue. Grâce à l’engagement du gouvernement, de l’UNICEF et de ses partenaires, plus de 180 000 personnes dont 168 117 enfants ont bénéficié d’une assistance humanitaire d’urgence.
Santé et survie de l’enfant : une progression significative

Le secteur de la santé affiche des performances remarquables. 96 % de couverture vaccinale Penta3 ; 89 985 enfants vaccinés contre le paludisme après l’introduction du vaccin ; 91 % des nouveau-nés exposés au VIH testés, contre 78 % en 2023 ; 953 bébés prématurés survivants grâce aux Soins Maternels Kangourou, un record ; 33 nouvelles maternités « amies des bébés », portant le total à 153.
La transition vers l’autofinancement du programme de vaccination d’ici 2030 marque un tournant stratégique pour le pays.
Nutrition : des résultats encourageants

La lutte contre la malnutrition avance :
21 029 enfants guéris de malnutrition aiguë sévère, une hausse de 22 points par rapport à 2023 ;
Développement du programme First Foods, avec 73 plateformes communautaires ;
Le taux d’allaitement exclusif atteint 34 %, mais de grands défis subsistent face à la pauvreté alimentaire infantile (76 %) et à l’anémie (61 %).
Éducation : des progrès à consolider
L’école retrouve sa place : 88 000 enfants ont repris le chemin de l’école, dépassant les objectifs ;
Taux d’achèvement du primaire : 79,1 % ;

Achèvement du secondaire inférieur : 72 %, en hausse notable.
Protection de l’enfant : des avancées mais une vigilance accrue
5 810 enfants victimes de VBG pris en charge ; Diminution du travail des enfants : 22 % contre 31 % en 2016 ; 2 410 000 enfants de moins d’un an enregistrés depuis 2021, soit 94 % de l’objectif.
Jeunes et participation citoyenne : un mouvement national

Le programme jeunesse soutenu par l’UNICEF a touché 648 435 jeunes, dont 259 096 formés professionnellement.
La participation civique explose : 40 872 jeunes engagés, soit +254 % par rapport à 2023.
Défis persistants : pauvreté, disparités et pressions démographiques
Malgré les progrès, la pauvreté frappe encore 46 % des enfants, et 62,5 % souffrent de pauvreté multidimensionnelle. Les zones rurales restent les plus vulnérables (54,5 % de pauvreté).
L’arrivée de 70 500 demandeurs d’asile burkinabè en 2024 exerce une pression sur les services sociaux déjà fragiles.

La malnutrition, les inégalités éducatives et la cyberviolence demeurent des préoccupations majeures.
Jean-François Basse, Représentant de l’UNICEF en Côte d’Ivoire, rappelle que la Journée mondiale de l’Enfance est un engagement envers chaque enfant : reconnaître sa voix, son rêve et son droit à grandir dans la dignité. Il salue les progrès du pays dans l’éducation, notamment un taux d’achèvement scolaire de 72 %, la plateforme MonÉcole à la maison et les innovations numériques qui facilitent l’accès à l’éducation partout, même sans Internet.

Il souligne aussi les avancées en santé avec 95 % de couverture vaccinale, l’introduction du vaccin contre le paludisme, la prise en charge renforcée de la malnutrition et les unités de soins mère-enfant qui ont sauvé près de 950 bébés.
Il insiste enfin sur la coopération entre l’UNICEF, le gouvernement et les communautés, et appelle à faire de l’enfant la priorité centrale des politiques publiques : investir dans l’enfance, dit-il, est l’investissement le plus durable pour la société.

Perspectives et recommandations pour renforcer les droits de l’enfant
Pour bâtir une société plus équitable, plusieurs priorités émergent :
1. Accélérer la réduction des inégalités régionales en ciblant les régions du nord et les zones rurales.
2. Renforcer la protection contre les violences, notamment numériques.
3. Investir davantage dans l’éducation préscolaire et la rétention scolaire.

4. Accroître la couverture sociale et sanitaire, en particulier via la CMU.
5. S’appuyer sur la participation des jeunes dans la gouvernance locale.
6. Développer la résilience face aux crises sanitaires et humanitaires
Écouter les enfants, construire l’avenir
La Journée mondiale de l’Enfance rappelle que les droits des enfants ne sont pas négociables. En Côte d’Ivoire, les avancées de 2025 témoignent d’un engagement réel, mais les défis imposent une mobilisation renouvelée.
Écouter les enfants, c’est préparer un avenir plus juste, plus sûr et plus inclusif.

En 2025, la Côte d’Ivoire a avancé, parfois d’un pas hésitant, souvent d’un pas assuré. Mais le chemin vers une société réellement protectrice de ses enfants reste long. À l’aube de nouveaux défis, une vérité demeure : la nation qui protège son enfance se protège d’elle-même. Et l’histoire nous le rappelle, les enfants n’attendent jamais.
Au-delà des chiffres, des stratégies et des bilans, il reste ces regards d’enfants qui, chaque jour, interrogent le pays. La Côte d’Ivoire écrit son avenir à travers eux. Reste à savoir si demain, ces pages seront celles de la promesse… ou celles d’une occasion manquée.

Parce qu’un pays qui place l’enfant au cœur de sa politique, écrit déjà son propre avenir.



L’enfance n’attend pas. Elle grandit, elle avance, elle rêve. À la Côte d’Ivoire maintenant de transformer ces rêves en droits, ces droits en actions, et ces actions en destin. L’avenir des enfants, c’est l’avenir du pays et il commence aujourd’hui.
Josué Koffi

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