Un engagement historique pour la filière ivoirienne de la banane : responsabilité partagée et salaire décent au cœur des discussions

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Du 24 au 26 septembre 2024, la filière ivoirienne de la banane a vécu un moment déterminant avec un événement d’envergure organisé sur les thèmes de la responsabilité partagée et du salaire décent. Cet événement a réuni l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur : les travailleurs et syndicats (représentés par FETBACI et l’UITA), les producteurs (représentés par l’OBAMCI et l’OCAB et toutes les grandes sociétés productrices), la grande distribution européenne (Lidl France et Tesco Royaume-Uni), ainsi que des autorités publiques ivoiriennes et internationales.

Cette initiative s’inscrivait dans le contexte de l’adoption de la directive européenne sur le devoir de vigilance (CS3D) et la récente décision de l’OIT sur le salaire décent. Elle vise à transformer ces obligations légales en opportunités de collaboration et de progrès pour l’ensemble du secteur. Les trois journées ont alterné entre visites de terrain et sessions en salle, permettant aux participants de découvrir les pratiques agricoles modernes et durables mises en place dans les bananeraies ivoiriennes, ainsi que les efforts réalisés par les producteurs pour offrir aux travailleurs des services médicaux, de la scolarité et des logements, tout en engageant des discussions productives sur les enjeux sociaux et économiques de la filière.

Deux grandes réalisations

1-La signature de la charte de fonctionnement du Groupe de Travail Paritaire, chargé de négocier sous deux ans un accord de branche pour la filière ivoirienne de la banane. Cet accord marque une avancée majeure en faveur d’un dialogue social renforcé entre les travailleurs et les employeurs.

2-Le lancement de la déclaration d’intention qui pose les bases d’un cadre de coopération entre l’amont et l’aval de la filière autour des enjeux fondamentaux du secteur : salaire décent, conditions de travail et de vie décentes, prix décent et responsabilité partagée.

Des soutiens déterminants des autorités publiques L’événement a été marqué par plusieurs prises de parole importantes : M. Guy Serge EKPO, Directeur Général de la Réglementation du Travail, a pris la parole au nom de SEM Adama KAMARA, Ministre de l’Emploi et de la Protection Sociale, réaffirmant le soutien du gouvernement aux initiatives en faveur du travail décent et du dialogue social dans le secteur agricole : « Le salaire décent et le travail décent sont au cœur de nos priorités. Nous saluons le dialogue social exemplaire mené par la filière bananière ivoirienne, qui montre l’exemple pour d’autres secteurs. »

M. Rodrigue N’GUESSAN, Directeur Général du Développement Rural, a clos l’événement au nom du Ministre d’État SEM Kobenan Kouassi ADJOUMANI, Ministre de l’Agriculture, du Développement Rural et des Productions vivrières, saluant les efforts de la filière et son engagement pour une agriculture durable : « Cet événement s’inscrit dans la continuité des efforts du gouvernement ivoirien pour promouvoir une agriculture durable et socialement équitable. La signature de la charte de fonctionnement et le lancement de la déclaration d’intention sont des étapes cruciales pour renforcer la compétitivité de la filière bananière tout en préservant les droits des travailleurs. »

Hon. Sidiki KONATÉ, Vice-président de l’Assemblée nationale, bien que retenu à l’étranger, a exprimé son plein soutien en amont de l’événement, suivi par Hon. Pascal N’GUESSAN-BECHIÉ, député, qui a pris la parole pour marquer l’engagement du Parlement ivoirien en faveur des progrès sociaux dans la filière.Clarification des concepts :Le salaire décent, tel que défini par l’OIT, est « la rémunération perçue par un travailleur pour une semaine de travail normale, qui lui permet de subvenir à ses besoins essentiels et à ceux de sa famille ».

Ce concept est au cœur des discussions actuelles dans la filière ivoirienne, qui s’efforce de garantir des conditions de vie dignes à tous ses travailleurs, en intégrant également les besoins spécifiques des entreprises et les réalités économiques du secteur. Le travail décent, selon l’OIT, est un ensemble de conditions qui garantit la liberté, l’équité, la sécurité et la dignité pour tous les travailleurs. Cela inclut la sécurité de l’emploi, les droits des travailleurs, l’égalité des genres et l’amélioration des conditions de vie.

La filière ivoirienne s’illustre par son respect scrupuleux des normes internationales et s’est, entre autres, engagée depuis de nombreuses années à n’employer que des personnes pouvant justifier de leur majorité légale (et donc exclure tout risque de travail d’enfants) dans toutes ses plantations.

Régime salarial actuel : Les travailleurs de la filière bananière ivoirienne bénéficient de salaires bien au-dessus du SMAG (Salaire Minimum Agricole Garanti – actuellement fixé à 36 000 francs CFA) et même du SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti – actuellement à 75 000 francs CFA).

L’étude du CIRES qui a été présentée aux partenaires sociaux de la banane aux ateliers de février 2024 a ainsi mis en évidence que les salaires des débutants dans le secteur varient de 101 000 à 161 000 francs CFA, en incluant les avantages en nature (soit entre 2,8 et 4,5 fois le niveau du SMAG) plaçant de fait la filière bananière parmi les mieux rémunérées du secteur agricole en Côte d’Ivoire.

Agriculture durable et technologies de pointe : Le secteur bananier ivoirien est à la pointe des pratiques agricoles durables. L’excellence horticole et technique des équipes, combinée à l’usage de drones et des systèmes de biocontrôle, permet de réduire considérablement l’usage de produits phytosanitaires, tout en garantissant une productivité élevée. Les drones sont utilisés autant pour la surveillance des bananeraies (au moyen de cartographies multispectrales) que pour la pulvérisation de produits phytosanitaires, sur base d’avertissements et sur des zones ciblées.

Ces innovations permettent une meilleure gestion des ressources naturelles tout en favorisant un environnement propice à la biodiversité. La Côte d’Ivoire reste leader sur la transition agroécologique, avec une réduction significative de l’usage des produits phytosanitaires, avec une approche de lutte intégrée, et l’obtention de bananeraies désormais riches en vie animale non nuisible.

Cet événement est une étape clé pour la filière ivoirienne de la banane, qui prouve une fois de plus qu’un modèle fondé sur le dialogue social et le respect des normes internationales est non seulement possible mais aussi bénéfique pour l’ensemble des acteurs.

Prochaine étape : Ces initiatives ont été présentées à Fruit Attraction à Madrid du 8 au 10 octobre 2024, afin de promouvoir une filière de la banane plus juste, durable et compétitive.

Pour rappel, la Fédération des Travailleurs de la Banane, de l’Ananas et des Cultures Industrielles de Côte d’Ivoire (FETBACI) est l’organisation syndicale qui représente les travailleurs de la filière bananière ivoirienne. Engagée depuis des années dans la défense des droits des travailleurs, la FETBACI milite activement pour des conditions de travail décentes, des salaires justes et l’amélioration continue des conditions de vie des salariés. Par sa participation à des négociations paritaires et son implication dans des initiatives internationales, la FETBACI joue un rôle clé dans la promotion du dialogue social au sein du secteur agricole ivoirienne.

L’Organisation Centrale des Producteurs-Exportateurs de Bananes, Ananas, Mangues et autres Fruits de Côte d’Ivoire (OCAB) et l’Organisation des Bananiers, Ananas et Manguiers de Côte d’Ivoire (OBAMCI) sont les deux principales associations professionnelles représentant les producteurs de fruits en Côte d’Ivoire. Ensemble, elles regroupent les principaux producteurs et exportateurs de bananes, ananas et mangues du pays. Acteurs majeurs du développement de l’agriculture ivoirienne, l’OCAB et l’OBAMCI sont engagés dans la promotion de pratiques agricoles durables, le respect des normes sociales et environnementales, ainsi que le renforcement de la compétitivité de la filière à l’échelle internationale. Ces organisations jouent un rôle central dans le développement économique du pays et dans l’amélioration des conditions de vie des communautés agricoles.

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