Ingénieur spécialisé en radioprotection et en sûreté des sources de rayonnements ionisants, Lacina Soro est également présenté comme le premier expert ivoirien en sécurité nucléaire des grands événements publics certifié par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Entré dans la fonction publique en 2004 au ministère de la Santé, il rejoint en 2019 l’Autorité de radioprotection, de sûreté et de sécurité nucléaires (ARSN), où il exerce aujourd’hui les fonctions de sous-directeur de la coopération nationale et internationale. Acteur du dispositif de sécurité nucléaire mis en œuvre lors de la CAN 2023 en Côte d’Ivoire, il revient, dans cet entretien, sur son parcours, les enjeux de la sécurité nucléaire, la coopération internationale ainsi que sa vision du service public et de la jeunesse ivoirienne.
Bonjour Monsieur Soro. Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je voudrais d’abord vous remercier pour cette visite. C’est un grand plaisir pour moi de recevoir un organe de presse qui s’intéresse à mon parcours et cherche à comprendre ce qui a guidé mon engagement professionnel.
Je suis une personne passionnée par ce que je fais, particulièrement attachée au travail bien fait. Depuis ma plus tendre enfance, je me suis toujours efforcé de travailler avec rigueur et discipline afin d’être parmi les meilleurs.
Mon parcours est quelque peu atypique. Je suis ingénieur spécialisé en radioprotection et en sûreté des sources de rayonnements ionisants. Je suis également le premier expert ivoirien en sécurité nucléaire des grands événements publics certifié par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
J’ai commencé ma carrière professionnelle au ministère de la Santé en 2004, en qualité de technicien supérieur d’imagerie médicale. Par la suite, à travers des concours professionnels successifs, j’ai progressivement gravi les échelons, passant de technicien à ingénieur des techniques sanitaires, puis à ingénieur des services de santé.
En 2019, j’ai intégré l’Autorité de radioprotection, de sûreté et de sécurité nucléaires (ARSN). Au sein de cette institution, j’ai successivement occupé les fonctions d’ingénieur chargé des inspections, d’inspecteur assermenté senior, puis de chef de service des inspections.
J’ai également eu l’honneur d’être le premier chef de service de l’unité mobile chargée des interventions d’urgence. Depuis 2024, j’occupe les fonctions de sous-directeur de la coopération nationale et internationale de l’ARSN.
Quelles sont vos principales réalisations dans le domaine de la sécurité nucléaire ?
Avant de répondre, il est important de rappeler ce qu’est la sécurité nucléaire. Elle peut être définie comme l’ensemble des dispositifs mis en place au niveau d’un État pour prévenir, détecter et répondre aux actes malveillants impliquant des matières nucléaires ou d’autres matières radioactives. Il s’agit, en d’autres termes, de l’ensemble des actions visant à empêcher l’utilisation de sources radioactives à des fins criminelles ou terroristes.
Au cours de ces dernières années, nous avons travaillé à renforcer cette dimension de la sécurité en Côte d’Ivoire.
L’une de mes plus grandes satisfactions a été la mise en œuvre réussie de la sécurité nucléaire dans le dispositif global de sécurisation de la Coupe d’Afrique des nations 2023 organisée en Côte d’Ivoire.
J’ai eu l’honneur de piloter ce volet au sein de la commission sécurité du COCAN, dirigée par le Directeur général de la Police nationale, également président de ladite commission. Je salue respectueusement son leadership.
Mais notre travail ne s’est pas arrêté à la fin de cette compétition. La sécurité nucléaire est une mission permanente.
Nous avons donc travaillé au développement de concepts d’opérations, communément appelés CONOPS, ainsi que de procédures opérationnelles standardisées, les SOP, afin d’intégrer la sécurité nucléaire aux dispositifs traditionnels de sécurité, notamment pour la protection des hautes personnalités et la sécurisation des grands événements publics nationaux.
Dans la continuité de ces actions, nous travaillons avec les différentes parties prenantes nationales à la mise en place d’une architecture nationale de détection radiologique et de réponse aux incidents et accidents NRBC, accompagnée d’un renforcement progressif des capacités des unités spécialisées des forces de défense et de sécurité.
Pourquoi la collaboration entre l’ARSN et les secteurs de la santé, des mines, du commerce et de la défense est-elle importante ?
Il faut d’abord savoir que les technologies nucléaires sont utilisées dans presque tous les domaines d’activité en Côte d’Ivoire. Lorsqu’elles sont correctement utilisées, elles sont très bénéfiques au développement du pays. En revanche, lorsqu’elles ne sont pas convenablement encadrées, elles peuvent avoir des conséquences graves sur la santé des populations et les écosystèmes.
C’est ce qui justifie pleinement la mission de régulation indépendante confiée à l’ARSN.
Dans le domaine de la santé, par exemple, nous avons le plus grand utilisateur de sources de rayonnements ionisants en Côte d’Ivoire, notamment à travers la radiologie, la médecine nucléaire, la radiothérapie et la curiethérapie.
Il est donc fortement recommandé, conformément aux exigences internationales de sûreté, notamment celles de l’AIEA, de maintenir une collaboration étroite entre l’autorité de régulation et le ministère de la Santé. L’objectif est d’assurer une protection optimale des professionnels exposés aux rayonnements ionisants, mais également des patients et du public fréquentant les établissements sanitaires concernés.
Dans le secteur minier, la problématique est également importante. Certaines activités utilisent des sources radioactives et l’exploitation minière peut faire remonter à la surface des éléments naturellement radioactifs présents dans le sous-sol.
Il est donc nécessaire d’intégrer la dimension radiologique dans les études d’impact environnemental et social et d’effectuer régulièrement une surveillance radiologique environnementale dans les mines afin de protéger les travailleurs, les populations et l’environnement.
Pour le commerce, la Côte d’Ivoire importe d’importantes quantités de produits de consommation. Il est donc essentiel de disposer de mécanismes permettant de contrôler les produits entrant sur le territoire national afin de prévenir d’éventuelles contaminations radioactives.
Enfin, la collaboration avec les forces de défense et de sécurité est indispensable. Le rôle de l’ARSN est notamment de leur apporter son expertise technique en renforçant leurs capacités en matière de prévention, de détection et de réponse dans le domaine radiologique et nucléaire.
Cette dimension est progressivement intégrée avec les forces spécialisées. Notre ambition, à moyen terme, est également d’introduire des modules de formation sur la sécurité radiologique et nucléaire dans les écoles de formation des forces de défense et de sécurité, notamment la douane, la police, la gendarmerie, les forces armées et les forces spéciales.
En tant qu’expert de l’AIEA, pourquoi la formation et la coopération internationale sont-elles importantes ?
Dans le domaine de la sécurité nucléaire, la formation et la coopération internationale sont essentielles. Elles permettent aux pays de partager leurs expertises, leurs expériences et leurs bonnes pratiques, mais également de renforcer les échanges d’informations aux niveaux régional et international.
Prenons mon propre cas. C’est notamment grâce à la coopération internationale, en particulier celle développée avec l’AIEA, que j’ai pu acquérir cette compétence d’expert en sécurité nucléaire.
Depuis 2023, j’accompagne à mon tour plusieurs pays dans le monde dans le renforcement de leurs régimes de sécurité nucléaire et radiologique.
La coopération permet donc à chaque pays de développer ses propres capacités tout en bénéficiant de l’expérience et de l’expertise des autres.
Vous avez été désigné meilleur fonctionnaire et agent de l’administration publique lors du Prix d’Excellence 2026. Que représente cette distinction pour vous ?
C’est une très grande fierté pour moi. Je rends grâce à Dieu et je remercie toutes les personnes avec lesquelles nous avons travaillé au fil des années, notamment mes collaborateurs et ma hiérarchie pour la confiance qui m’a été accordée.
J’ai été primé trois années consécutives dans le cadre du Prix d’Excellence, en 2024, 2025 et 2026. Ces distinctions représentent pour moi la reconnaissance d’un travail constant et d’un engagement soutenu au service de la nation.
Mais je ne considère pas ces distinctions comme une finalité. Je les considère plutôt comme un encouragement à poursuivre le travail et à faire davantage pour mériter la confiance du pays.
J’ai déjà reçu des distinctions à l’échelle internationale, mais il n’y a pas de plus grande satisfaction que de voir son travail reconnu par les siens.
Je voudrais donc exprimer mon infinie gratitude à Son Excellence Monsieur le Président de la République, à Son Excellence Monsieur le Premier ministre, président du Comité national du Prix d’Excellence, ainsi qu’à l’ensemble des comités sectoriels qui ont porté leur choix sur ma modeste personne.
Quel conseil donnez-vous aux agents publics sur l’intégrité et la qualité du travail ?

Je voudrais simplement dire aux agents publics : le travail, rien que le travail.
Il faut travailler avec rigueur, discipline, intégrité et persévérance.
Il ne faut pas faire les choses à moitié. Il faut toujours chercher à produire un travail de qualité, même lorsque l’on pense que personne ne nous regarde.
Il existe un dicton qui dit : « Seul le travail paie. » Je crois profondément à cette maxime.
Quel message souhaitez-vous adresser à vos collègues et à la jeunesse ivoirienne ?
À mes collègues, je voudrais dire merci pour leur soutien de tous les jours. Ce prix est également le leur, car aucune réalisation ne peut être le fruit d’une seule personne.
À la jeunesse ivoirienne, je voudrais rappeler que chaque génération a son rôle à jouer dans la construction de ce beau pays.
Il ne faut donc pas attendre que les autres fassent ce qui relève de notre responsabilité. Chacun, dans le domaine où il se trouve, doit donner le meilleur de lui-même pour la nation.
J’invite donc chaque jeune à croire en ses capacités et à travailler avec sérieux, discipline, intégrité et persévérance.
Au bout de l’effort, il y a toujours la récompense.
Interview réalisée
par Ibo François et
Ekissi Sylvain

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