Les faits, et le soleil qui se lève toujours à l’Est. Convoqué à la préfecture de police, le mercredi 9 septembre 2026, pour diffamation, injure et diffusion de nouvelles fausses suite à une plainte du RHDP, monsieur Justin Katinan Koné, 4e Vice-Président du PPA-CI, a été placé sous mandat de dépôt, le vendredi 11 septembre 2026, par le Procureur de la République près le Tribunal d’Abidjan pour actes terroristes, attentat et complot contre l’autorité de l’État, participation à un mouvement insurrectionnel, atteinte à l’ordre public, apologie des crimes de meurtre liés aux événements électoraux de 2025, attroupement armé et non armé, participation et organisation d’une manifestation interdite ou non déclarée et incendie volontaire de véhicules appartenant à autrui commis à Abidjan et sur l’ensemble du territoire. Ces chefs d’accusation sont extrêmement graves et interpellent.

Les propos de monsieur Koné Katinan sur l’orpaillage illégal, le trafic de drogue, le blanchiment de capitaux et sur bien d’autres sujets ont irrité au plus haut point les dirigeants du RHDP au moment où le pays reste sous évaluation du Groupe d’action financière (GAFI) dans sa lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Mais le RHDP doit savoir que le jeu politique veut qu’il soit présenté comme l’auteur de tous les malheurs actuels de la Côte d’Ivoire parce que c’est lui qui est au pouvoir, et tout pouvoir dans le monde a un dos large. C’est ainsi. Et le rôle de l’opposition est de chercher à casser du sucre sur le dos du pouvoir pour se positionner elle-même comme alternative crédible.
Que le RHDP se rappelle les propos formulés avec beaucoup de surenchère par le RDR contre les pouvoirs d’alors d’Henri Konan Bédié et de Laurent Gbagbo. Il y a quelques années en arrière, un journal proche du RDR avait traité le Président Laurent Gbagbo d’Hitler des lagunes.
L’article publié le 07 décembre 2010 le traitait aussi de Napoléon Bonaparte et son pouvoir de « pouvoir usurpateur, violent et en sursis ».
L’assimilation et les qualificatifs étaient extrêmes, c’est-à-dire exagérés mais répondaient à un contexte de conquête du pouvoir par le RDR.
Actuellement, en France, le Président Emmanuel Macron dont la côte de popularité n’a jamais été aussi basse est considéré comme la source de tous les malheurs des Français.
L’arrestation de monsieur Katinan Koné est une erreur politique. Il faut éviter de judiciariser la vie politique parce que cela ne crée pas un environnement politique sain.
La judiciarisation de la vie politique, selon qu’on est en démocratie ou en dictature, sert, dans le premier cas, au contrôle des dirigeants et, dans le second, à créer un climat de peur pour tuer le débat politique et empêcher l’émergence de toute voix critique et discordante dans la société.
La science politique désigne, dans le second cas, cette technique par le terme de « Lawfare » ou « guerre par le droit » qui peut conduire la justice à perdre son indépendance pour servir les intérêts du pouvoir en place.
Le « Lawfare », quand il intervient dans la gouvernance, crée un État autoritaire avec une façade démocratique et est propre aux régimes dits « hybrides » ou appelés encore « semi-démocraties », « démocraties électorales », « pseudo-démocraties », « démocraties illibérales », « démocratures » ou du « constitutionnalisme illibéral », du « constitutionnalisme autoritaire », du « constitutionnalisme abusif » ou encore « autoritarisme électoral » (Steven Levitsky et Lucan Way, « Elections without democracy : The rise of competitive authoritarianism », in Journal of democracy vol.
13 cités par Neslihan Çetin, La vie des idées (Institut du monde contemporain du Collège de France), 2023).
Toutes ces formes de gouvernement sont marquées par une érosion des libertés politiques. « La sauvegarde des apparences démocratiques constitue la pierre angulaire des régimes dits illibéraux » (Neslihan Çetin, 2023).
Le « Lawfare » est utilisé pour tuer tout antagonisme politiquement structurant. L’écosystème créé par cette forme de gouvernance impacte négativement l’appareil judiciaire lui-même, le milieu journaliste, la société civile et la classe politique en instaurant un climat de terreur douce contraignant les uns et les autres à se tenir à carreau, à l’auto-censure vis-à-vis de l’action gouvernementale et des autorités.
Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » ne souhaite pas voir la Côte d’Ivoire être inscrite au rang de ces régimes. Le Président Alassane Ouattara, pendant qu’il était dans l’opposition comme maintenant au pouvoir, a toujours déclaré vouloir faire de la Côte d’Ivoire une démocratie exemplaire.
C’est pourquoi il a été soutenu par l’ONU, par la France, par les États-Unis et bien d’autres pays dans sa lutte pour sa dignité politique et électorale.
C’est pourquoi d’ailleurs il continue d’être soutenu par les mêmes acteurs internationaux dans le but de conserver leur influence diplomatique dans le paysage économique et politique ouest-africain.
La voie judiciaire telle que celle à laquelle on assiste avec l’affaire Katinan Koné dessert plus le RHDP qu’elle ne l’honore. La stratégie qui a permis d’écrouer monsieur Justin Katinan Koné est mal prise par certains Ivoiriens et interprétée comme l’expression d’« un riz couché » (pour utiliser une expression ivoirienne) entre le gouvernement et le PPA-CI, d’un compte qui n’a pas été soldé et qu’on veut profiter de l’occasion offerte par le RHDP pour solder maintenant, d’autant plus que le procureur de la République est le représentant de l’exécutif au sein de l’appareil judiciaire et agit pour le compte de l’Etat et de ses intérêts.
En termes d’image, elle est un désastre politique plus qu’elle ne renforce la mainmise du RHDP sur la scène politique.
Elle met à mal la paix et la cohésion sociale et crée un environnement défavorable à la pluralité politique. Quand on possède l’écrasante majorité des sièges à l’Assemblée nationale et au Sénat, quand on a la majorité des communes et des conseils régionaux, quand on a l’administration publique et tous les autres corps entre ses mains, on n’a pas besoin de ce qui a été offert à l’opinion publique avec la plainte formulée contre le PPA-CI à travers la personne de son quatrième Vice-président.
Cela peut être interprété comme une manifestation de frilosité et un manque de sérénité politique. Cela peut être interprété également comme une volonté de paralyser le jeu politique et de tuer le débat citoyen sur tout sujet d’intérêt national auquel les Ivoiriens seraient sensibles.

L’action judiciaire suivie de l’incarcération de monsieur Katinan Koné constitue pour le RHDP une très mauvaise défense de son honneur qui, loin de laver de tout soupçon, renforce les suspicions, alimente le doute dans le corps social et chez les partenaires internationaux de la Côte d’Ivoire et place le citoyen ordinaire face à des conjectures.
Or, on le sait, le doute est invasif et destructeur. L’action intentée contre le PPA-CI expose davantage le régime RHDP aux critiques acerbes contre sa gouvernance.
Et derrière ces critiques se trouve le risque d’une assimilation aux régimes autoritaires.
Sur le plan international, l’initiative juridique peut être désastreuse pour le régime qui risque de bénéficier d’une peinture en noir dans les réseaux diplomatiques de la gouvernance mondiale.
Avant de s’effondrer, tous les pouvoirs de l’après Houphouët-Boigny ont subi les coups de cette peinture internationale en noir, avec les réseaux de l’ombre qui font et défont bien de pouvoirs en Afrique et dans le monde. Il ne faut pas se méprendre ; le soutien international n’est jamais un acquis définitif : la main qui élève est, très souvent, celle qui abaisse et crucifie.
Le RHDP aurait pu être plus élégant et donné du crédit à son ancrage démocratique s’il avait opéré autrement, par la dérision qui relève du raffinement politique et permet de détruire la crédibilité de tout adversaire.
La dérision est la bombe atomique des politiciens. Le RHDP a en son sein des porte-paroles au verbe tranchant qui maîtrisent à la perfection la technique rhétorique de l’humour, de l’ironie et du sarcasme qui aurait pu être utilisée, et le débat aurait été clôt.
Il aurait été possible de demander publiquement au PPA-CI de fournir les preuves de ses allégations à l’encontre du RHDP.
Et le RHDP, lui-même, l’aurait accompagné pour remettre lesdites preuves au Procureur de la République et, ce jour-là, aurait organisé sur les lieux mêmes ou dans un autre endroit une conférence de presse à l’effet de confondre le PPA-CI et de prendre l’opinion publique nationale et internationale à témoin.
Mais l’action de la voie judiciaire crée de nombreux doutes dans l’opinion publique au lieu de les dissiper et donne l’impression que le RHDP a agi par irritation ou cherche à noyer le poisson d’une actualité qui est devenue pesante pour lui, qui lui échappe parce que les Ivoiriens de toutes les sensibilités politiques ne veulent pas laisser tomber cette affaire d’orpaillage clandestin et qui est de plus en plus requalifiée d’orpaillage illégal ou criminel.
Désormais, avec cette affaire Koné Katinan, le RHDP jette les projecteurs sur lui et entretient à son encontre un sentiment de suspicion dans l’opinion publique.
Le RHDP connaît ce qu’ont vécu les autres pouvoirs avant lui
Tous les pouvoirs en Côte d’Ivoire, quand ils s’essoufflent face à l’usure du pouvoir, trainent derrière eux des boulets dont ils ont du mal à se débarrasser, avec une pression internationale de plus en plus accrue comme ce qu’on observe avec la DEA américaine et le GAFI aujourd’hui.
Qui ne se rappelle pas de l’ivoirité et l’affaire des 18 milliards sous Henri Konan Bédié ?
Qui ne se rappelle pas aussi de l’ivoirité, l’affaire des boubous, le charnier de Yopougon, les escadrons de la mort et le travail des enfants dans les plantations de cacao sous le Président Laurent Gbagbo qui ont sillé le fauteuil sur lequel il était assis ?
Aujourd’hui, le RHDP semble subir les mêmes choses. C’est le regard de l’observateur de la vie politique nationale depuis des décennies.
D’autres partis au pouvoir avant le RHDP ont connu leurs moments d’irritation et se sont retrouvés dans la même posture et dans la même position.
Mais l’irritation a toujours été mauvaise conseillère d’autant plus qu’à la pression internationale s’est toujours ajoutée celle exercée par certains réseaux diplomatiques et, surtout, par l’opposition qui, chaque fois qu’elle en a eu l’occasion, a toujours tapé là où ça fait très mal, ce qui constitue les angles morts du pouvoir.
En la matière, le RDR se trouve être le parti qui a exercé le plus de pression, la pression maximale, sur les régimes Bédié et Gbagbo. On peut donc dire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil Ivoire, avec les propos tenus par Koné Katinan.
Nous vivons donc la vie politique nationale normale avec ses signes et ses codes.
L’irritation du RHDP, autant elle a ses raisons, autant elle n’a pas de raison d’être. Ce qui constitue un fait nouveau dans le paysage politique national, c’est la judiciarisation systématique du débat politique et citoyen. Et, cela irrite de nombreux Ivoiriens.
L’orpaillage illégal menace la vie des Ivoiriens et nos produits agricoles
Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » ne trouve pas pertinent d’enterrer le dossier de l’orpaillage illégal en accusant l’opposition de semer la peur chez les populations comme le soutien un membre du gouvernement.
La couleur prise par tous nos cours d’eau n’a pas attendu pas la déclaration d’un parti politique pour faire peur aux populations. Elle fait en elle-même peur à tout le monde sans que personne ne sache quoi faire pour que ces eaux retrouvent leur état normal.
La Sodeci et le Ciapol ont alerté sur les risques pour l’eau potable dans certaines zones du pays, à cause de l’orpaillage illégal et des rejets polluants qui menacent les sources d’eau et les nappes phréatiques.
Nos parents, grands-parents, arrière-parents et diverses générations ont utilisé ces eaux.
Aujourd’hui, elles ont une couleur inhabituelle. La situation est alarmante. On doit en parler et continuer d’en parler jusqu’à ce que la situation change.
Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » recommande, à ce propos, la mise en place d’un comité technique interministériel présidé par le Premier Ministre ou le Vice-Premier Ministre ou travaillant sous l’autorité du Conseil National de Sécurité pour étudier toutes les implications de ce phénomène préoccupant, pour communiquer régulièrement sur les actions menées et produire un rapport que des chercheurs du monde entier pourraient exploiter.
Les populations ont besoin d’être rassurées sur certaines questions qu’elles se posent parce qu’il faut un débat national franc et sans tabou.
Quelles pourraient-être les conséquences de l’orpaillage clandestin sur l’environnement et pour les populations ?
Quelles en sont les conséquences au niveau de la distribution d’eau en Côte d’Ivoire ?
Quel surcoût la mauvaise qualité de l’eau pourrait-elle entraîner pour la Sodeci ?
Ce possible surcoût sera-t-il répercuté sur les factures d’eau ?
Pendant combien de temps les produits nocifs utilisés par les orpailleurs agiront-ils dans nos eaux et dans nos sols?
Quel est le pourcentage de personnes susceptibles d’être impactées?
Quelles pathologies développeront-elles?
Comment prendre en charge les cas cliniques lorsqu’ils vont se développer à grande échelle dans les années à venir ?
Comment faire pour qu’au moment venu les assurances couvrent ces pathologies du mieux qu’elles peuvent si elles deviennent difficiles à couvrir à cause de l’explosion de cas?
Quel sera le coût pour les populations et pour l’Etat? Ce coût sera-t-il supportable? Quelle enveloppe faut-il prévoir dans le budget des années à venir pour venir à bout de ce phénomène ?
Quel sera l’impact de l’orpaillage criminel sur l’espérance de vie en Côte d’Ivoire ?
Comment décontaminer à court, moyen et long termes nos eaux et que faire pour que ce phénomène ne se répète plus dans notre pays ?
Vers quels(s) partenaire(s) ayant l’expertise requise devrions-nous nous tourner et à quel coût ?
Ces questions ne sont pas exhaustives. Le sujet de l’orpaillage illégal n’est pas un buzz inutile qu’il faut éteindre ou faire oublier par un contre-feu politique. C’est un sujet aux implications multiples : techniques, économiques, sanitaires, sociales, géologiques, environnementales, etc. qu’il serait maladroit de chercher à éteindre en suscitant un autre débat. On aurait tort de négliger le désastre qui couve. Notre salut est dans l’anticipation.
On ne peut pas tuer le débat sur un phénomène qui met en danger la vie des générations actuelles et futures en Côte d’Ivoire. Il revient à l’Etat de rassurer les Ivoiriens. La destruction des outils de travail des orpailleurs clandestins est salutaire mais n’est pas suffisante.
Qu’est-ce qu’on fait des financiers de cette pratique qui, eux, sont à l’abri, tapis dans l’ombre et qui trouveront d’autres bras pour poursuivre cette activité illégale qui leur rapporte environ 4 600 milliards de francs CFA selon les données existantes, pour creuser encore nos sols et polluer nos eaux lorsque tous les regards seront tournés ailleurs ?
Ce chiffre d’affaires est tellement énorme qu’il n’est pas certain que les financiers de l’orpaillage criminel cessent leur activité si l’Etat ne sévit pas contre eux jusque-là où ils sont cachés.
La justice, et le Procureur de la République peut s’en auto-saisir au nom de l’intérêt national, doit poursuivre les auteurs de ce crime pendant qu’on cherche des solutions aux problèmes posés par les eaux et sols contaminés. Tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir de l’eau minérale chaque jour de sa vie.
De plus, des pays très soucieux de la qualité des produits étrangers consommés par leurs citoyens pourraient devenir précautionneux et s’intéresser à la toxicité de notre cacao et d’autres produits agricoles ivoiriens qui entrent sur leurs marchés.
Parce que le cyanure et le mercure font partie des substances strictement surveillées pour les marchés d’exportation vers l’Union européenne, qu’est-ce qui prouve qu’une directive de l’Union européenne ou même des Etats-Unis ne viendrait pas remettre en cause la vente sur le marché international du cacao ou d’autres produits issus de la Côte d’Ivoire ?
Si cela venait à arriver, la Côte d’Ivoire en tant qu’Etat va perdre gros, et de nombreuses personnes, agriculteurs, industriels travaillant dans l’agro-industrie ou exportateurs de produits agricoles, se retrouveraient ruinés. Le problème de l’orpaillage clandestin est sérieux, et on ne doit pas le prendre avec légèreté ou en politicien pressé de passer à autre chose. Les problèmes de santé publique et d’environnement, on ne les déplace pas, on ne les élude pas, on ne les traite pas comme des questions politiques générales.
Fait à Abidjan, le 15 septembre 2026.
Pour « Les Démocrates de Côte d’Ivoire ».
Le Président
Prof. Séraphin Prao

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