Et si les résidus issus de la transformation du manioc devenaient une véritable richesse pour l’agriculture et l’énergie domestique ?
En Côte d’Ivoire, cette idée n’est plus une simple hypothèse scientifique. Elle prend désormais corps grâce à un projet innovant porté par le Fonds pour la Science, la Technologie et l’Innovation (FONSTI) et l’Université Nangui Abrogoua (UNA), qui entendent transformer les déchets de manioc en biogaz et en biofertilisants au service du développement durable.

L’initiative a été officiellement lancée, le jeudi 5 mars 2026, dans la salle du Conseil de l’université à Abidjan, en présence d’acteurs du monde académique, de chercheurs et de représentants des bénéficiaires de la filière manioc. Doté d’un financement de 24 446 390 F CFA du FONSTI, ce programme de recherche ouvre la voie à une gestion durable des déchets générés par la production d’attiéké, aliment emblématique du pays.
En Côte d’Ivoire, la transformation du manioc en attiéké constitue un pilier de l’économie locale et une importante source de revenus pour des milliers de femmes. Toutefois, cette activité génère d’importants volumes de déchets solides et d’effluents liquides qui, faute de traitement approprié, contribuent à la pollution des sols et des ressources hydriques.

Face à cette réalité, le projet baptisé « Développement de technologie de production d’énergie et de biofertilisants destinés à augmenter les rendements agricoles en Afrique de l’Ouest » se veut une réponse concrète aux enjeux environnementaux et agricoles.
« Le FONSTI a pour mission de soutenir une recherche utile, capable d’apporter des solutions concrètes aux préoccupations des populations », a expliqué le professeur Kra Enoc, représentant le secrétaire général du Fonds, le Dr Yaya Sangaré.

Au cœur de cette innovation se trouve la technologie de la digestion anaérobie. L’équipe de recherche dirigée par le Dr Kouakou Adjoumani Rodrigue entend utiliser ce procédé biologique pour convertir les résidus de manioc en biogaz destiné à la cuisson.
Cette transformation produira également un digestat stabilisé, riche en nutriments, qui pourra être utilisé comme fertilisant naturel pour améliorer la fertilité des sols agricoles.
Pour la présidente de l’UNA, le professeur Véronique Yoboué, cette initiative illustre parfaitement le rôle de l’université dans la recherche de solutions durables.

« Cette collaboration scientifique renforce la position de notre université comme un acteur clé de l’innovation au service du développement durable », a-t-elle déclaré.
L’atelier de lancement a également réuni plusieurs figures du monde scientifique, dont le professeur Kré Raymond, directeur de l’UFR Sciences fondamentales et appliquées, ainsi que des représentants de producteurs, commerçants et organisations de la société civile.

Le projet prévoit notamment l’optimisation des procédés de production de biogaz, l’installation d’un biodigesteur pilote dans une unité de transformation de manioc, ainsi que la validation scientifique de la valeur agronomique des biofertilisants obtenus.

À terme, cette technologie pourrait être diffusée à grande échelle auprès des acteurs de la filière manioc afin de favoriser son adoption et améliorer les rendements agricoles.
Au-delà des frontières ivoiriennes, l’initiative suscite déjà l’intérêt de la communauté scientifique ouest-africaine. Des chercheurs burkinabè travaillent sur une approche similaire à travers le Fonds National de la Recherche et de l’Innovation pour le Développement (FONRID), ouvrant ainsi la voie à une coopération scientifique régionale.

À travers ce projet, le FONSTI confirme sa volonté de faire de la recherche scientifique un levier de transformation économique et sociale. Une démarche qui, en valorisant les déchets agricoles, pourrait bien transformer une contrainte environnementale en véritable moteur de croissance durable pour la Côte d’Ivoire.

Josué Koffi

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