Au son des tam-tams parleurs, Yaou a renoué, samedi 8 août 2026, avec ses racines. La place mythique de Bégnery a vibré au rythme de la tradition abouré, à l’occasion de la 3ᵉ édition de la fête de génération M’Plousswé, placée sous le thème : « Cohésion sociale, gage de paix et de développement ». Une célébration qui a réuni les fils et filles du village ainsi que des visiteurs venus de plusieurs horizons.

Situé à environ cinq kilomètres de l’entrée de la commune de Bonoua, Yaou est un village abouré d’environ 5 000 habitants. Tous les deux ans, la communauté y célèbre le Fakwé, autrement dit la fête de génération, une pratique profondément enracinée chez les peuples Akan, particulièrement dans les zones lagunaires du Sud ivoirien.
Dénommée dans la langue locale « Ɔyɔ yɛ li Ɔfʋa », qui signifie « Célébrons la fête de la génération à Yaou », cette manifestation vise à préserver et transmettre un patrimoine culturel riche, matériel comme immatériel.
La fête trouve son origine dans la passation du pouvoir coutumier entre la génération Nowé, détentrice du pouvoir depuis 1974, et la génération M’Plousswé, intervenue le 13 août 2016. Cette transmission s’est accompagnée de la remise des attributs traditionnels du pouvoir, notamment les sabres et la clé symbolique.

Depuis lors, les M’Plousswé ont fait le choix de célébrer cette étape tous les deux ans afin de consolider la fraternité entre les Abouré et les autres communautés, tout en faisant de la culture un levier de développement.
À Yaou-Bégnery, les générations sont structurées autour de quatre classes d’âge : Attiblé, Baoulé, Tchagba et Djamian. Les Attiblé incarnent la sagesse et le conseil. Les Baoulé sont les guerriers et défenseurs du peuple. Les Tchagba veillent notamment aux affaires sociales et à la sécurité, tandis que les Djamian constituent les benjamins et réservistes.
Cette organisation traditionnelle confère à la fête un caractère profondément rassembleur, chaque composante apportant sa contribution à la vie de la communauté.
Au-delà des chants, danses et rites traditionnels, les organisateurs entendent répondre à un défi majeur : la transmission de l’héritage culturel aux jeunes générations.
« Nous avons le devoir non seulement de défendre notre culture, mais également de transmettre à nos enfants ce que nos parents nous ont légué », soulignent les promoteurs de la fête, convaincus que la tradition peut s’adapter au monde moderne sans perdre son âme.

À travers « Ɔyɔ yɛ li Ɔfʋa », Yaou veut également faire de son patrimoine un véritable outil de développement économique, social, culturel et touristique. La manifestation rassemble ainsi les fils et filles du village, les communautés voisines et des participants venus de Côte d’Ivoire et de l’étranger.
En célébrant ses générations, Yaou ne regarde donc pas seulement son passé. Au rythme des tam-tams parleurs, le village abouré affirme surtout une ambition : faire de sa mémoire une force pour construire son avenir dans la paix, la solidarité et la cohésion.
A.JM

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