Les membres du Collectif des Acquéreurs de la Forêt Déclassée d’Abouabou ont animé, une conférence de presse, ce samedi 30 août 2025, pour dénoncer un litige foncier qui dure depuis près de deux décennies. Leur revendication est d’obtenir l’accès à leurs parcelles légalement acquises, aujourd’hui occupées par le Centre National de Recherche Agronomique (CNRA).

La parcelle dite « Forêt déclassée d’Abouabou » est historiquement reconnue comme appartenant aux communautés Ébrié/Atchan, selon un traité signé en 1886 entre les peuples autochtones et l’administration coloniale. Classée zone forestière dans le passé, elle a ensuite été déclassée et intégrée au domaine urbain.
Trois décrets majeurs viennent étayer ce changement de statut :
- Décret n°82-262 du 17 mars 1982 : création de la Zone d’Aménagement Différé (ZAD) autour d’Abidjan ;
- Décret n°2000-669 du 6 septembre 2000 ;
- Décret n°2016-138 du 9 mars 2016 : confirmation du site dans le schéma directeur du Grand Abidjan.
Ces textes placent la zone dans le périmètre urbain destiné à l’habitation, rendant toute affectation agricole obsolète.

Malgré une légalité pleinement établie, les acquéreurs sont empêchés d’accéder à leurs terrains. Les documents officiels sont pourtant nombreux :
- Plans de lotissement approuvés par le Ministère de la Construction ;
- Titres fonciers collectifs établis pour les villages d’Anan, Akoué Agban, Bregbo, Petit Bassam et Abouabou ;
- Arrêtés de Concession Définitive (ACD) individuels ;
- Deux décisions de justice (2005 et 2006) homologuant la répartition foncière ;
- Rejet des revendications du CNRA par la justice.

« Le droit est de notre côté. Pourtant, chaque tentative d’accès à nos terres est entravée par des personnes se réclamant du CNRA, parfois de façon violente », dénonce Hermithe Akoua Benoît, président du collectif.
Les témoignages recueillis sur place traduisent le désespoir croissant des acquéreurs.
Konaté Cabiné, ancien salarié de la Société des Ciments d’Abidjan :
« J’ai obtenu mon ACD en 2018. Chaque fois que je tente de commencer les travaux, des individus nous en empêchent. On ne peut ni construire, ni vendre. C’est une impasse. »
Quand à Mme Abouo, également acquéreur, a souligné que, certains ont pris des prêts, d’autres ont tout investi. « Nous voulons simplement construire un toit pour nos familles. Ce blocage est injuste. », a-t-il dit.
Outre les pertes financières, l’impact humain est lourd : projets de maisons de retraite abandonnés, familles contraintes à la location, insécurité sur le site, stress permanent.
Depuis 2019, le collectif a saisi à plusieurs reprises :
• le Ministère de la Construction,
• le Ministère de l’Agriculture (tutelle du CNRA),
• le Médiateur de la République,
• le Premier Ministre,
• et même le Président de la République.
Le dernier courrier en date, adressé le 29 juillet 2025, est resté sans réponse concrète.
Les acquéreurs réclament :
- L’accès immédiat aux parcelles,
- Le départ du CNRA du site et sa relocalisation en zone rurale,
- La remise en place des bornes détruites,
- La réouverture des voies d’accès aux lotissements,
- L’arrêt de toutes les formes d’intimidation sur le terrain.
« Nous ne voulons pas d’affrontements. Nous voulons que l’État fasse appliquer la loi. C’est tout », rappelle le président du collectif.

Avec plus de 5 000 familles concernées, le litige d’Abouabou ne se limite plus à un simple différend local : il devient un test de crédibilité pour les institutions foncières ivoiriennes.
« Ce que nous demandons, c’est le respect du droit, la reconnaissance de nos titres, la protection de nos investissements. Ce n’est pas un privilège, c’est notre droit », conclut M. Akoua Benoît.
La rédaction reste toujours en attente de la réponse du CNRA. Après plusieurs rendez-vous avortés.
S.B

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