La colère gronde à Eloka (Elokato, Elokaté) et Mbatto Bouaké. Réunis ce samedi 26 avril 2025, dans le village d’Elokato, les chefs coutumiers et les populations ont dénoncé une vaste opération d’expropriation qu’ils jugent « illégitime », accusant le ministère de la Construction d’avoir affecté près de 80 % de leurs terres ancestrales à une société privée, la SCI Palmafrique Immobilier.

Des terres cédées sans consultation
Selon les porte-parole des villages, notamment M. Nogbou Obichie Fabien, il s’agit de 23 392 828 m² de terres situées à Eloka, désormais objet du Titre Foncier N°18.516. Ce transfert se serait fait sans consultation des communautés locales, au mépris des procédures légales et du respect du droit coutumier.
Ces terres, exploitées depuis 1928 à l’époque coloniale, puis par l’État ivoirien via la SODEPALM et PALMINDUSTRIE, n’auraient jamais fait l’objet d’une purge des droits coutumiers, ni d’indemnisations aux ayants droits traditionnels.
Engagements bafoués et indignation collective
Les chefs rappellent qu’en 1996, sous la présidence d’Henri Konan Bédié, une promesse de rétrocession avait été faite aux villages. Toutefois, malgré les assurances données par l’État à l’époque, les communautés n’ont jamais recouvré la propriété de leurs terres.

« Après plus de 80 ans d’exploitation, voir aujourd’hui une société privée devenir propriétaire de nos terres est une injustice insupportable », s’est indigné M. Nogbou Obichie Fabien, sous les applaudissements de l’assemblée.
Violations légales et risque d’instabilité sociale
Dans leur déclaration commune, les communautés pointent plusieurs irrégularités :
Absence de consultation publique ;
Violation des lois d’expropriation en vigueur ;
Mépris flagrant du droit coutumier ;
Menace sérieuse pour la paix sociale locale.
Elles dénoncent également la contradiction flagrante avec le Décret n°2013-224, renforcé par celui de 2023, qui impose pourtant la purge des droits coutumiers avant toute cession de terre.
Appel urgent à l’opinion nationale et internationale
Face à ce qu’elles qualifient de « spoliation organisée », les communautés exigent :
L’annulation immédiate des actes d’affectation à la SCI Palmafrique Immobilier ;
La reconnaissance officielle de leurs droits coutumiers ;
La protection de leur patrimoine au nom de la justice et de la cohésion nationale.
« Nous sommes prêts à nous battre pour notre héritage, pour notre dignité et pour l’avenir de nos enfants », a affirmé le porte-parole des villages.
Alors que les tensions foncières se multiplient en Côte d’Ivoire, l’affaire d’Eloka et Mbatto Bouaké pose, une fois encore, la question fondamentale : peut-on durablement bâtir la paix sans respecter les droits des premiers occupants de la terre ?
Josué Koffi

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