La tension monte d’un cran dans l’enseignement supérieur ivoirien. Face à des retards de salaires et de primes jugés « insoutenables », le Syndicat Autonome pour Garantir l’Épanouissement des Enseignants-chercheurs et Chercheurs de Côte d’Ivoire (SAGEC) sort de sa réserve et brandit la menace d’actions fortes. Dans une motion de protestation rendue publique à Bouaké, l’organisation dénonce une crise devenue structurelle et appelle à une mobilisation générale.

Depuis 2022, les enseignants-chercheurs et chercheurs font face à des retards de paiement à répétition. En ligne de mire : les primes de recherche, les rappels liés aux promotions au CAMES, les droits des nouvelles recrues, les décharges ainsi que les émoluments des soutenances de mémoires et de thèses.
« Nous assistons à une banalisation de l’irrégularité salariale. Ce qui était autrefois exceptionnel est devenu la norme », déplore le syndicat dans son document. Pour le SAGEC, cette situation constitue une « atteinte grave » aux conditions de vie et de travail des acteurs du secteur, fragilisant du même coup la qualité de l’enseignement supérieur en Côte d’Ivoire.
Au-delà des retards, le syndicat pointe une gouvernance qu’il juge défaillante. Présidents d’universités, directeurs d’instituts et responsables administratifs et financiers sont accusés d’« opacité » et de « manque de rigueur » dans la gestion des ressources publiques.
« Il est inadmissible que des fonds existent sans que les enseignants ne perçoivent leur dû », s’indigne le SAGEC, qui dénonce également une communication « condescendante et méprisante » envers les personnels.
Pour l’organisation, ces dysfonctionnements traduisent une crise plus profonde de management au sein des institutions universitaires.
Face à ce qu’il qualifie de dérive persistante, le SAGEC formule des revendications claires : paiement intégral et immédiat de toutes les primes et rappels dus, instauration d’une transparence totale dans la gestion financière et reprise du processus électoral des présidents d’universités publiques.
Le syndicat insiste également sur l’adoption du statut particulier des enseignants-chercheurs, présenté comme « une ligne rouge ». « Cette réforme n’est pas négociable. Elle conditionne la dignité et la stabilité de notre profession », martèle le bureau exécutif.
Pour se faire entendre, le SAGEC annonce une série de meetings éclatés à travers les universités du pays. L’ Objectif est de dénoncer publiquement les dérives, mobiliser la base et intensifier la pression syndicale.
Le coup d’envoi de cette mobilisation est prévu le 22 avril 2026 à l’esplanade de la présidence de l’Université Alassane Ouattara de Bouaké. Une étape qui s’annonce décisive dans ce bras de fer avec les autorités administratives.
« Seule la lutte libère »
En guise d’avertissement, le SAGEC se dit prêt à recourir à « toutes les actions syndicales légales » jusqu’à satisfaction totale de ses revendications.
« Seule la lutte libère », conclut le syndicat, appelant à une union sacrée des enseignants-chercheurs pour défendre leurs droits et restaurer leur dignité.
Dans un contexte où l’enseignement supérieur est un pilier du développement national, cette crise pose avec acuité la question de la gouvernance universitaire en Côte d’Ivoire.
Josué Koffi

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