L’histoire de Gourou Yomé, plus connu sous le sobriquet de « le Gros », résonne aujourd’hui comme un symbole des défis auxquels reste confrontée la justice ivoirienne en matière de détention préventive. Libéré le 2 juin 2026 après près de dix années passées derrière les barreaux sans jugement définitif, son cas intervient quelques semaines seulement après les initiatives prises par les autorités judiciaires pour lutter contre les détentions prolongées et injustifiées.
Le 11 mai 2026, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, ainsi que les magistrats et l’ensemble des acteurs de la chaîne pénale se sont réunis à l’Institut National de Formation Judiciaire pour un séminaire consacré à la question des détentions. Dans la foulée, le 18 mai 2026, une circulaire relative à la détention injustifiée des personnes en attente de jugement, acquittées ou relaxées a été signée.
Ces mesures traduisent la volonté des autorités de renforcer le respect des droits des justiciables et de garantir une justice plus efficace.
L’origine de cette affaire remonte au 2 septembre 2016 à Botindé, dans le département de Tiassalé. Une altercation impliquant plusieurs jeunes éclate. Au cours de la bagarre, Balimpo Lara fait une chute et heurte violemment sa tête contre le rebord d’une fosse septique. Transporté au centre de santé de la localité, il succombe à ses blessures le lendemain.
À la suite de ce drame, une information judiciaire est ouverte contre Gourou Yomé et Sambiani Moussa pour coups mortels. Gourou Yomé est placé sous mandat de dépôt dès le 3 septembre 2016.
Selon les éléments du dossier, la famille de Gourou Yomé, restée sans nouvelles de la procédure pendant plusieurs années, sollicite finalement les services de Maître Coulibaly N’Golo Daouda à la fin de l’année 2025.
Les recherches entreprises par l’avocat permettent de découvrir qu’une décision de la Chambre d’accusation de la Cour d’Appel d’Abidjan, rendue le 11 juillet 2018, avait déjà ordonné son renvoi devant la Cour d’Assises de Yopougon pour y être jugé.
Plus surprenant encore, une autre décision datée du 2 décembre 2020 ordonnait sa mise en liberté d’office. Pourtant, l’intéressé demeurait en détention.
« Cette situation démontre la nécessité d’un suivi rigoureux des procédures et de la circulation des décisions judiciaires », a confié une source proche du dossier.
Après la présentation des différentes décisions à Madame le Procureur Général près la Cour d’Appel d’Abidjan, celle-ci a ordonné la libération immédiate de Gourou Yomé, effective le mardi 2 juin 2026 à la prison civile de Tiassalé.
Tout en saluant cette issue, Maître Coulibaly N’Golo Daouda a exprimé sa gratitude au Garde des Sceaux, au Procureur Général, aux procureurs des Tribunaux de Première Instance de Yopougon et de Tiassalé, ainsi qu’aux greffiers et responsables pénitentiaires ayant contribué au dénouement du dossier.
Si Gourou Yomé a retrouvé la liberté, la procédure judiciaire suit son cours et il devra encore comparaître devant le Tribunal criminel. Une affaire qui rappelle l’importance du respect des délais de justice et du principe fondamental de la présomption d’innocence dans un État de droit.

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