Ce titre, « la Chine à mes yeux », pourrait sembler banal, tant ce pays a été décrit, analysé, critiqué ou admiré. Pourtant, il est impossible de rester indifférent après avoir arpenté ses rues, observé ses mécanismes administratifs et échangé avec ses décideurs.

Ainsi donc, alors que les dernières résonnances du « séminaire sur le renforcement des capacités en gouvernance pour les pays africains francophones », s’estompent, je me retrouve face à mon ordinateur, l’esprit encore imprégné des échanges riches et complexes qui ont rythmé ces 21 jours passés ici, en République Populaire de Chine.
Après ce séminaire, qui me permet de découvrir pour la première fois, la Chine, ma perception de ce pays s’est enrichie d’une profondeur nouvelle.

En effet, du 15 octobre au 4 novembre 2026, nous avons eu le privilège de participer à 14 conférences sur divers aspects de la vie sociale, économique, administrative, politique, technologique et de la gouvernance de la Chine, dans la province de Fujian, précisément dans la ville de Fuzhou, en Chine.
Nous avons également visité de nombreux sites culturels à l’image du musée du patrimoine immatériel no56 de Fuzhou, des entreprises comme la société du thé Minyikou du Fujian, des centres administratifs comme celui de Fuzhou puis l’institut des cadres de Guiitian du Fujian, une société minière Zijin Mining, une société de technologie de navigation par satellite dénommée HI-Target de Guangzhou, une Université des Sciences et de technologie de Fuyao, et le parc logiciel de Fuzhou, puis des villes comme Longyan et Guangzhou.

Lors des séminaires, nous avons discuté du modèle économique chinois, qui, selon nous, reste l’incarnation de la transformation le plus spectaculaire de l’ère contemporaine.
En effet, en quarante ans, la Chine est passée d’une société agraire à la deuxième puissance économique mondiale, se permettant même de sortir 100 millions de personnes de la pauvreté absolue, une réussite historique, avec 10 années d’avance sur l’objectif de développement durable des Nations Unies.

La caractéristique principale du modèle chinois restera sans doute son pragmatisme remarquable. En effet, la politique de « reforme et d’ouverture », a su intégrer les mécanismes de marché tout en maintenant un rôle directeur de l’État dans les secteurs stratégiques de l’économie.
En réalité, l’État n’a pas proscrit, il a prescrit. Aujourd’hui, au-delà d’être l’« usine du monde », la Chine est devenue un laboratoire d’innovation technologique de premier plan.
Oui, nous avons vu comment la technologie, loin d’être une fin en soi, est mise au service du quotidien.

En effet, la digitalisation des services publics, la mobilité urbaine intelligente et l’accès universel aux plateformes numériques ont transformé la vie des citoyens.
Des villes intelligentes aux énergies renouvelables, en passant par l’intelligence artificielle et la conquête spatiale, la Chine démontre une capacité d’adaptation et une vision à long terme au-dessus de la moyenne.
Sur le plan culturel, loin des clichés réducteurs ou des analyses géopolitiques, la Chine m’apparait comme une civilisation ou le passé ne s’efface pas devant l’avenir, mais dialogue avec lui dans une constante osmose.

Disons-le tout net, la Chine n’est pas seulement un État-nation moderne, mais elle est également dépositaire d’une histoire qui date de cinq mille ans.
Cette profondeur historique qui se manifeste dans la philosophie confucéenne, et qui dépeint sur les relations sociales en Chine, explique pourquoi une importance est donnée à l’harmonie collective, au respect de l’autorité et au rôle vivificateur de l’éducation.
Une telle stabilité culturelle est sans doute le socle invisible sur lequel repose la résilience du pays.
Concernant la gouvernance, nous avons discuté, lors du séminaire, du modèle de gouvernance de la Chine.

Il apparait que la gouvernance chinoise est axée sur les résultats et le bien-être du peuple.
En effet, le système chinois met l’accent sur la méritocratie, l’efficacité administrative et la planification stratégique à long terme.
Les objectifs de développement sont fixés avec précision, et les cadres locaux sont évalués sur leur capacité à les atteindre, notamment en matière d’infrastructures, d’éducation et de santé publique.
Les projets d’envergure, tels que le réseau ferroviaire à grande vitesse ou la digitation des services publics améliorent qualitativement la vie des citoyens.

Au total, il est apparu clairement que la stabilité politique et la planification à long terme sont les piliers de cette réussite.
Lors des séminaires, nous avons également perçu, à travers certaines conférences, que l’« empire du milieu » n’a pas la prétention de se construire un « empire de prospérité » pour lui seul mais devenir un partenaire global, suivant sa logique de destin commun.
Ainsi, la Chine à mes yeux est celle d’un acteur global engagé dans la coopération Sud-Sud.
A travers l’initiative « la Ceinture et la Route », la Chine propose une nouvelle architecture de connectivité mondiale, basée sur le développement des infrastructures et le commerce.
Pour nous, ressortissant de l’Afrique francophone, un tel partenariat va au-delà de l’aide au développement, pour devenir le terreau d’échange mutuel où le transfert de technologie, la formation des compétences et les investissements productifs jouent un rôle vital.
Toujours sur sa conception d’un monde meilleur pour tous, la Chine, fidèle à sa tradition de paix, défend une vision multipolaire du monde, où chaque nation conserve sa souveraineté et choisit son propre chemin de développement.
En définitive, alors que je dois rejoindre mon beau pays la Côte d’Ivoire, la Chine, telle que je la perçois après les échanges, est une mosaïque fascinante. Elle est à la fois gardienne d’une vieille tradition humaniste et pionnière d’une modernité technologique.
Au final, la Chine apparaît comme un partenaire stratégique essentiel, non seulement par ses investissements, mais également par son exemple.
Aux yeux d’un expert en gouvernance, le modèle chinois offre une leçon précieuse : celle de la souveraineté décisionnelle au service du bien commun.
Pour les pays francophones en quête de modèle de développement endogène, la Chine incarne non pas une idéologie à copier, mais une preuve que la modernisation peut suivre des trajectoires multiples, ancrées dans l’histoire et les spécificités culturelles de chaque nation.
C’est donc cette confiance en sa propre voie, alliée à une ouverture pragmatique sur le monde, qui définit la Chine contemporaine.
La Côte d’Ivoire, mon pays a tout intérêt à intensifier son partenariat avec la Chine.
Dans la droite ligne du partenariat stratégique signé en septembre 2024, qui facilite les échanges réguliers de haut niveau et une coopération qui s’étend bien au-delà du commerce, les problématiques liées à l’efficacité administrative, au développement des nouvelles technologiques et de l’intelligence artificielle, sont des atouts chinois dont la Côte d’Ivoire ne devrait pas s’en passer.
Pour finir, je voudrais rappeler cette citation de Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre français, « l’éclat de la Chine ne brille pas seulement pour elle-même. Il éclaire tous les pays qui veulent se développer sans renoncer à leur dignité, et qui cherchent un partenariat égal plutôt qu’une domination ».

Prao Yao Séraphin, Professeur Titulaire des Sciences Economique et de Gestion, à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké (Côte d’Ivoire).
