« Nous voulons aider les mères-célibataires qui n’ont pas d’activités à en avoir » Mme Kouamé Prisca, Présidente de l’Ong Main de secours et PDG de l’entreprise NK Corporate, explique, dans cet entretien, les raisons du lancement du Programme MAMPA (Maman-Papa) visant à assister les femmes célibataires en vue d’assurer leur autonomisation économique et sociale.

Quels sont les objectifs du Programme MAMPA
Nous avons lancé le Programme MAMPA cette année 2026 suivant les missions de l’ONG Main de secours.
L’objectif, dans un premier temps, est de reconnaitre le mérite de ces femmes, les célébrer et en même temps, les aider à faciliter leur vie. Parce que les mères célibataires ont beaucoup de challenges. Etant seules, ce n’est pas facile, surtout en Afrique. Où elles ne sont pas subventionnées.
Pour le moment, nous n’avons pas de subvention. Donc, on va se serrer les coudes pour démarrer quelque chose ensemble. Peut-être qu’après, il y aura des personnes de bonne volonté qui vont se joindre à nous pour nous aider à atteindre nos objectifs. Nous voulons aider ces femmes-là, mères célibataires, qui n’ont pas d’activités, à en avoir ; les pousser à prendre ces activités au sérieux et faciliter la vie de leurs enfants et d’elles-mêmes. L’objectif, c’est que dans six mois, nous allons lancer 5 programmes pour l’autonomisation de la femme. Et après cela, d’ici à un an, on compte toucher un minimum de 2000 femmes. Et dans trois ans, puisque c’est un programme triennal, nous comptons toucher 5000 femmes…Ce serait vraiment l’idéal. Nous avons déjà un comité qui existe. Nous demandons aux femmes de s’inscrire, qu’elles soient identifiées.
Qu’est-ce qui vous a poussé à toucher la cible des MAMPA ?
Dans un premier temps, c’est l’histoire de ma mère. C’est ce que ma mère a vécu qui m’a donné cette force. Elle m’a fait tellement pitié ; j’ai pensé à tout ce qu’elle a vécu en tant que mère, ce n’était pas facile. Alors je me suis dit, si ma mère a vécu cela, ce ne doit pas être facile pour les autres femmes dans cette même situation. Moi aussi, j’ai vécu cela un moment. Je connais la réalité de cette situation. Donc, cette année, nous avons décidé de nous pencher sur cette catégorie de femmes. Parce que personne n’a encore pensé à elles de façon spécifique. Nous avons alors décidé de les mettre en exergue et d’attirer l’attention de la communauté sur leur cas. Afin de leur procurer beaucoup d’amour, parce que tout n’est pas que financier.
Il y a aussi la santé mentale, qui est très importante. Parce que sans cette santé-là, elles ne peuvent pas entreprendre. Il est donc question de sensibiliser toute la communauté à arrêter de défavoriser ces femmes, arrêter de les démolir moralement. Pour qu’elles puissent se sentir bien dans la société. C’est d’abord cela. Après, c’est l’entrepreneuriat et l’autonomisation comme on le souhaite. Mais nous voulons d’abord une reconnaissance nationale de leur mérite…Vous voyez quand on fait la fête de mères, elles font la fête des mères. Mais elles sont mères et pères. Cependant, elles ne font pas la fête des pères. Pourtant, elles jouent le rôle de pères aussi. Donc à l’avenir, nous allons choisir une date spéciale pour ces dames-là, de sorte qu’à l’occasion des différentes fêtes, il y ait la fête des MAMPA, celles qui sont mères et pères. Voici un peu l’objectif que nous voulons atteindre. Donc l’engouement doit naitre dans la tête de toute la communauté. Il faut offrir de l’amour à ces femmes parce qu’elles font beaucoup et elles en souffrent.
Une idée de la représentativité de ces femmes…
Les statistiques datent je crois de 2024. Après cela, nous avons beaucoup de mères célibataires qui ne sont pas enregistrées. L’idée c’est cela, parce que les chiffres qu’on voit, ne sont pas les bons. On a sillonné un peu les quartiers, les villes. Nous avons vu la réalité des choses. Donc, il y a ce qui est écrit et ce qui est sur le terrain. Le nombre de mères célibataires vaut presque les 50% des ménages. Voici la réalité. Et ça devient grave. Plus les foyers monoparentaux sont dirigés par les femmes, plus ça devient difficile pour les enfants. Pourtant, ce sont eux l’avenir. Leur éducation est très importante.

Quel est, de façon concrète, votre programme pour ces femmes ?
D’abord, il faut qu’elles se fassent enregistrer en tant que MAMPA de façon officielle. Parce que toute chose doit se faire dans l’organisation. Donc après le lancement de l’activité le 27 décembre 2025, nous incitons les dames à s’inscrire, à s’identifier. Et après cette phase d’identification, nous allons passer à la phase pratique. En fonction de certaines priorités et des cas qui se posent.
Quelles sont les causes qui conduisent à la situation de MAMPA ?
Il y en a plusieurs. D’abord la mort du conjoint masculin. Ça, on ne décide pas. On n’a pas le choix. Et puis, il y a aussi l’irresponsabilité de certains hommes. Certes les relations de couples peuvent ne pas marcher, mais quand les enfants sont au milieu, ce sont eux qui en pâtissent. Ce sont les premières victimes. Les enfants aiment leurs parents de façon égale. L’enfant aime autant son père que sa mère. Mais ce qui pose problème, c’est l’irresponsabilité de certains pères. L’enfant peut être à bas âge et le père va refuser par exemple, de payer sa scolarité alors qu’il vit avec sa mère. J’appelle cela l’irresponsabilité. Ne serait-ce que cela. Son devoir en tant que père, c’est de nourrir, soigner, vêtir…son enfant. Le père a la responsabilité des besoins primaires de son enfant. Et la mère a la garde de l’enfant. Ce sont énormément de choses qui rentrent en ligne de compte. Quand l’enfant est malade, par exemple, la nuit, elle ne dort pas, c’est difficile. Même quand l’enfant émotionnellement n’est pas bien, c’est elle qui va gérer cela. Pendant ce temps, le père doit assurer le nécessaire en amont. Quand cela n’est pas fait, il y a problème. En réalité, elle ne vit plus, elle traverse la vie. Juste pour avoir donné la vie. C’est triste parce que quand je vois des hommes irresponsables, je me demande s’ils voient aussi leurs mères…Il faut donc sensibiliser les hommes et les femmes à être responsables, à prendre leurs responsabilités vis-à-vis des enfants, parce que ces derniers en souffrent énormément. Et il ne faut pas qu’ils inculquent eux-aussi de mauvaises habitudes à leurs progénitures.

Un message fort ?
Je dirai aux MAMPA que la situation est déjà là. Il faut assumer. Il faut se lever, être fortes mentalement. Elles doivent vivre et pour elles et pour les enfants. Il faut arrêter de pleurnicher, car ce n’est pas la solution. Si tu t’es retrouvée avec tes enfants, fais ta part. Bats-toi et donne une bonne éducation, des valeurs à tes enfants. Pour que demain, ils ne refassent pas la même chose. Qu’elles gardent espoir, de toutes les façons, elles n’ont pas le choix, parce qu’être triste et s’apitoyer sur son sort n’a jamais réglé le problème. Il faut qu’elles se lèvent et qu’elles fassent quelque chose de leurs dix doigts. Elles doivent apprendre à faire quelque chose. Ça peut être la couture, la coiffure, l’onglerie, l’élevage, l’agriculture… Il y a tellement de choses…On peut se former. Il y a des formations très rapides pour devenir quelqu’un demain.
Une adresse aux autorités ?
Je voudrais lancer un appel aux autorités aussi. Il faut qu’elles nous appuient afin que nous allions partout pour sensibiliser toute la communauté, pour que nous semions l’amour autour de nous. Nous devons créer une société solidaire. Il faut que les autorités nous accompagnent pour que nous puissions atteindre nos objectifs.
Réalisé par Hervé Gobou

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