Dans les amphithéâtres de l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INPHB), la science s’est donnée rendez-vous avec l’urgence. Face aux ravages silencieux des insectes destructeurs sur l’agriculture et la santé publique, experts, chercheurs et décideurs venus de plus de dix pays ont ouvert, ce mardi, la 3ᵉ Conférence entomologique de Côte d’Ivoire. Une mobilisation internationale qui sonne comme un appel à l’action concertée.

Une diplomatie scientifique en marche
Représentant le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Adama Diawara, son chef de cabinet adjoint a insisté sur la nécessité de mutualiser les efforts.
« La mise en réseau des expertises permet de générer des solutions robustes, adaptées et durables », a-t-il souligné, mettant en avant une diplomatie scientifique fondée sur le partage des savoirs.

Pour lui, les enjeux sont clairs : transformer la recherche en solutions concrètes au bénéfice des populations. « Il faut renforcer les passerelles entre la recherche, les politiques publiques et le secteur productif afin d’assurer un impact réel », a-t-il ajouté, avant de déclarer officiellement ouverts les travaux.
Le charançon du palmier, une menace économique
Au cœur des échanges, des problématiques bien concrètes. Doctorant à l’Université Nangui Abrogoua, Soro Yaya a présenté ses travaux sur le charançon du palmier (Rhynchophorus phoenicis), un insecte aux conséquences économiques lourdes.

« Les plantations de palmiers à huile et de cocotiers subissent d’importants dégâts », a-t-il expliqué. Plus préoccupant encore, les pratiques locales de récolte des larves, prisées pour l’alimentation, conduisent à l’abattage d’arbres sains.

Face à ce paradoxe, le jeune chercheur propose une alternative innovante : « Nous travaillons sur un élevage contrôlé à partir de déchets agricoles. Cela permettrait de produire des protéines à moindre coût tout en préservant les ressources naturelles. »
Comprendre pour mieux lutter
Présent à Yamoussoukro, le professeur allemand Christian Borgemeister, de l’Université de Bonn, a salué les avancées ivoiriennes tout en partageant ses recherches menées au Kenya.

Selon lui, la clé réside dans une connaissance fine des insectes : « Avant toute stratégie de contrôle, il faut comprendre leur biologie et leur écologie. » Ses travaux sur la nutrition végétale des moustiques ouvrent de nouvelles perspectives dans la lutte contre les vecteurs de maladies.
L’urgence d’une coopération africaine
Même son de cloche du côté de la professeure nigériane Christiana Elechi-Amadi, entomologiste médicale à l’Université de Port Harcourt. Elle plaide pour l’utilisation d’outils de diagnostic modernes afin d’identifier précisément les espèces nuisibles.
« La collaboration entre pays africains et partenaires internationaux est indispensable pour partager les technologies et former la nouvelle génération de chercheurs », a-t-elle insisté, appelant à une union des forces contre les maladies vectorielles.

Science et développement, un lien indissociable
Pour le professeur Kouadio, l’entomologie est un maillon essentiel de la productivité agricole. « Protéger les plantes dès la pépinière, c’est garantir de meilleurs rendements », a-t-il rappelé.



Clôturant cette première journée, le secrétaire général du FONSTI, Dr Ouattara, a invité à des échanges fructueux, tandis que le représentant de la mairie de Yamoussoukro, Willson Agba, a formulé le vœu de travaux « porteurs de solutions concrètes ».

Au-delà des discours, une certitude émerge : à Yamoussoukro, la science s’organise pour reprendre l’avantage sur les insectes destructeurs, au service du développement durable de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique.
Josué Koffi

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