Dans une atmosphère empreinte d’urgence et de gravité, la Ligue Ivoirienne des Organisations Professionnelles Agricoles (LIDOPA) a animé, le samedi 7 février 2026 à INADES Formation, Abidjan/Cocody, une conférence de presse consacrée au blocage persistant de la commercialisation du cacao durant la campagne 2025-2026. Quelques jours après le lancement par le Conseil Café-Cacao de l’opération d’enlèvement des stocks invendus, l’organisation a voulu alerter l’opinion nationale et internationale sur les inquiétudes croissantes des producteurs.

Face à la crise, l’État ivoirien a débloqué une enveloppe de 280 milliards FCFA pour racheter les stocks invendus détenus par certaines sociétés coopératives. Une initiative saluée par la LIDOPA, qui reconnaît « un signal fort en direction des producteurs en détresse ».
Cependant, des limites subsistent. « La rotation journalière et le choix d’un opérateur unique compliquent la fluidité de l’opération », a déploré Jean Michaël Kouassi.
Les coopératives de zones éloignées, notamment à Tabou et Grabo, dénoncent des coûts logistiques supplémentaires pour acheminer leurs produits vers le port d’Abidjan, appelant à la désignation de nouveaux exportateurs.
Autre préoccupation majeure : le sort des sociétés coopératives non recensées dans l’inventaire officiel. Celles-ci, bien que disposant de stocks importants, restent exclues de l’opération d’enlèvement.
Pour le Président Jean Michaël Kouassi, « ces structures méritent un traitement équitable et rapide ». L’organisation estime que leur exclusion aggrave la crise et accentue le sentiment d’abandon chez de nombreux producteurs.

Le non-respect du prix bord champ et la précarité des producteurs
Fixé à 2 800 FCFA le kilogramme par les autorités, le prix bord champ serait largement bafoué dans plusieurs zones de production.
Selon des témoignages recueillis, certains opérateurs achètent le cacao entre 1 500 et 2 000 FCFA.
« Face à l’incertitude, beaucoup préfèrent vendre à vil prix pour survivre », a confié un producteur présent à la conférence. Par ailleurs, des agriculteurs ayant livré leur cacao en dépôt-vente attendent toujours leur paiement, aggravant leur situation financière.
Au-delà de la crise économique, les conséquences sociales sont lourdes. Parents incapables d’assurer les dépenses familiales, élèves renvoyés faute de paiement de la scolarité, cas sociaux en hausse : les témoignages ont dressé un tableau préoccupant. « La vie dans les campements est devenue insoutenable », a alerté Jean Michaël Kouassi, évoquant même des décès liés aux difficultés financières.
Malgré les mesures gouvernementales, la LIDOPA appelle à une réforme profonde du système de commercialisation du cacao. Pour l’organisation, premier produit d’exportation du pays représentant près de 40 % des recettes extérieures doit véritablement servir les producteurs.
« Le leader mondial du cacao doit se réinventer pour redonner espoir à ceux qui portent cette filière », a conclu le Président de la LIDOPA, Jean Michaël Kouassi.
Josué Koffi

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