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Mois : septembre 2026

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Côte d’Ivoire – Blanchiment des capitaux : « L’argent sale fragilise l’économie et les institutions » (Prof. Prao Yao Séraphin)

À l’initiative de la société civile l’africanisme, une conférence débat s’est déroulée le samedi 29 août 2026, à l’Hôtel Tiama d’Abidjan, sur le blanchiment des capitaux. Le Professeur PRAO Yao Séraphin a participé à ce grand panel. Dans cette interview accordée aux quotidiens ivoiriens, il revient sur les conséquences du blanchiment des capitaux, les secteurs à risque et l’inscription de la côte d’ivoire sur la liste grise du GAFI (Groupe d’action financière).  Question 1 :  Bonjour professer PRAO Yao Séraphin. Pouvez-vous nous définir le blanchiment des capitaux?  Réponse : Le blanchiment des capitaux consiste à traiter les actifs provenant d’activités criminelles de manière à en dissimuler l’origine illicite. Juridiquement, le blanchiment de capitaux est défini comme étant l’infraction constituée par un ou plusieurs des agissements énumérés ci-après, commis intentionnellement, à savoir :  – la conversion ou le transfert de biens, par toute personne qui sait ou aurait dû savoir que ces biens proviennent d’un crime ou délit ou d’une participation à un crime ou à un délit, , tels que définis par les législations nationales des États membres ou d’une participation à ce crime ou délit, dans le but de dissimuler ou de déguiser l’origine illicite desdits biens ou d’aider toute personne impliquée dans la commission de ce crime ou délit à échapper aux conséquences juridiques de ses actes ;  – la dissimulation ou le déguisement de la nature, de l’origine, de l’emplacement, de la disposition, du mouvement ou de la propriété réelle de biens ou de droits y relatifs par toute personne qui sait ou aurait dû savoir que ces biens proviennent d’un crime ou délit ou d’une participation à un crime ou à un délit, tels que définis par les législations nationales des États membres ou d’une participation à un crime ou délit ;  – l’acquisition, la détention ou l’utilisation de biens dont celui qui s’y livre, sait ou aurait dû savoir, au moment de la réception desdits biens, qu’ils proviennent d’un crime ou d’un délit, tels que définis par les législations nationales des États membres ou d’une participation à un crime ou délit ;  – la participation à l’un des actes visés aux points précédents, le fait de s’associer pour le commettre, de tenter de le commettre, d’aider ou d’inciter quelqu’un à le commettre ou de le conseiller, à cet effet, ou de faciliter l’exécution d’un tel acte.Il y a blanchiment de capitaux, même si cet acte est commis par l’auteur de l’infraction ayant procuré les biens à blanchir. Il y a également blanchiment de capitaux, même si les activités qui sont à l’origine des biens à blanchir sont exercées sur le territoire d’un autre Etat membre ou celui d’un Etat tiers.  Question 2 :  Comment ça se déroule dans la pratique?  Réponse : Le blanchiment de capitaux suit classiquement un processus séquentiel en trois étapes principales : le placement, l’empilement (ou stratification) et l’intégration.   La première étape est le placement qui consiste à introduire l’argent d’origine illicite (souvent en espèces) dans le circuit financier ou économique légitime. Cela se fait à travers des dépôts bancaires fractionnés (schtroumpfage), mélange d’espèces avec les recettes d’un commerce physique légitime (restaurants, bars), ou achat d’actifs de valeur. L’objectif est d’éloigner physiquement les fonds de leur source criminelle initiale pour réduire l’encombrement des liquidités.   La seconde étape est l’empilement qui consiste à multiplier les transactions financières complexes pour brouiller les pistes et obscurcir la traçabilité des fonds. Les méthodes courantes sont les virements successifs entre de multiples comptes nationaux et internationaux, recours à des sociétés écrans ou conversion rapide d’actifs (comme l’achat-vente d’or, d’œuvres d’art ou de cryptomonnaies). Cela permet de rompre le lien direct entre l’argent et l’infraction d’origine en créant un labyrinthe financier difficile à auditer.   La troisième est l’intégration ou recyclage qui consiste à réintroduire l’argent nettoyé dans l’économie légale sous une apparence de fonds tout à fait légitimes. Elle se manifeste par des investissements dans l’immobilier de prestige, prises de participation dans des entreprises, octroi de faux prêts aux dirigeants ou versement de dividendes. Ainsi, les criminels arrivent à jouir de ses biens publiquement sans attirer l’attention des autorités de régulation ou fiscales.  Question 3:  Quels sont les enjeux économiques du blanchiment des capitaux en Côte d’Ivoire?  Réponse : Le blanchiment de capitaux en Côte d’Ivoire fragilise la stabilité macroéconomique et fausse la concurrence loyale au détriment des entreprises formelles.  En premier lieu, la distorsion des marchés et de l’immobilier. Le blanchiment crée une hausse artificielle des prix car l‘injection d’argent illicite dans des secteurs comme l’immobilier ou la grande distribution crée une inflation artificielle. En effet, l’argent en circulation est très élevé par rapport à ce qu’il faut pour acheter les biens et services. En plus, le blanchiment crée une concurrence déloyale car les entreprises financées par des fonds blanchis n’ont pas besoin de rentabilité classique, ce qui pénalise les PME et les acteurs économiques honnêtes. Les entreprises qui servent à blanchir de l’argent peuvent pratiquer des prix anormalement bas, pénalisant les sociétés respectueuses des lois.  En second lieu, la fragilisation du secteur financier. Le blanchiment peut engendrer un risque de réputation et de liquidité. En effet, les banques et institutions financières ivoiriennes exposées aux flux clandestins subissent des risques accrus de sanctions internationales et de perte de confiance. Un système financier perçu comme poreux expose les banques ivoiriennes à des sanctions internationales ou à la perte de correspondants bancaires étrangers. Dans un tel système, on constate le plus souvent un détournement de l’épargne car les circuits informels et illicites captent des ressources qui échappent au financement productif de l’économie réelle.   En troisième lieu, un impact négatif sur les finances publiques. Le blanchiment des capitaux engendre un manque à gagner fiscal. En effet, la fraude et les flux non tracés réduisent les recettes fiscales de l’État, limitant sa capacité à investir dans les infrastructures et les services de base. En clair, les flux financiers occultes échappent à l’impôt, réduisant les ressources financières de l’État pour ses projets de développement. …

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