Le professeur PRAO Yao Séraphin exhorte la BNI à s’engager dans le financement du secteur minier

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Dans le cadre de la troisième édition de la journée risques organisée par la BNI, le professeur Par PRAO Yao Séraphin a participé à un panel intitulé « Financer le secteur minier sans compromettre le profil de risque de la BNI ». Il a profité pour exhorter la Banque Nationale d’Investissement (BNI) s’engager dans le financement du secteur minier.

Un sous-sol ivoirien très riche en minerais
Avec des minerais tels que l’or, le manganèse ou le fer, le potentiel minier de la Côte d’Ivoire est immense mais demeure encore largement sous-exploité. La Côte d’Ivoire regorge de ressources minières diverses. Selon le ministère des Mines, « plus des deux tiers du territoire ivoirien est couvert par des formations réputées riches en minéralisation ».

Les substances présentes dans le sous-sol du pays sont le fer (ressources estimées à 2,740 milliards de tonnes), le nickel latéritique (298 millions de tonnes), la bauxite (1,214 milliards de tonnes), le manganèse (7,5 millions de tonnes), la Colombo-tantalite ou coltan (145 tonnes), le diamant (plus de 10 millions de carats ou deux tonnes), l’or (600 tonnes). Le pays dispose d’importantes ressources en or, manganèse, nickel, bauxite, fer et minerais stratégiques comme le lithium et le coltan (en exploration). 19 mines sont en production (or 13, manganèse 4, bauxite 1, nickel 1) et 171 permis de recherche ont été délivrés, illustrant le dynamisme du secteur. L’or reste le principal moteur de cette croissance. Avec une production de 59 t en 2025, attendue à 63 t (e) en 2026, la Côte d’Ivoire se positionne parmi les futurs leaders aurifères du continent. L’or représente déjà 15,3 % des exportations nationales. Cette dynamique est portée par des acteurs de rang mondial tels qu’Endeavour, Allied gold, Perseus Mining ou Resolute Mining. Parmi les projets phares, la mine de Koné, développée par Montage Gold, mobilise plus de 610 M EUR d’investissements et figure parmi les plus grands projets aurifères en développement en Afrique. Par ailleurs, la modernisation du secteur se poursuit avec le lancement de l’e-cadastre minier et des investissements en exploration estimés à 186 M USD en 2025. Dans ce contexte, l’ambition est d’atteindre 100t d’or par an et de renforcer le contenu local qui ouvre de nombreuses opportunités pour les entreprises françaises dans : les équipements, les services miniers, l’ingénierie, la maintenance, l’énergie, l’eau et l’environnement. La Côte d’Ivoire s’affirme comme l’une des destinations minières les plus attractives d’Afrique. Classée première juridiction minière d’Afrique de l’Ouest par le Fraser Institute en 2023 et 2024, elle combine un cadre réglementaire favorable, une stabilité reconnue et un potentiel géologique encore peu exploité.
Un secteur devenu stratégique pour le développement économique de la Côte d’Ivoire
Ici, nous présentons dans un premier temps la contribution du secteur à la croissance économique. Dans un second temps, nous abordons le positionnement stratégique du pays dans l’industrie extractive africaine. Dans un troisième temps, nous présentons le développement du secteur minier comme nécessaire à la diversification des bases de l’économie.
Le secteur minier est devenu le nouveau moteur de croissance de la Côte d’Ivoire, sa contribution au Produit Intérieur Brut (le PIB, qui mesure la richesse totale produite par le pays) ayant atteint environ 4,5 %. En Côte d’Ivoire, les performances combinées des sous-secteurs des mines, du pétrole et de l’énergie contribuent aujourd’hui à hauteur de 5 % à 7 % du Produit Intérieur Brut (PIB) global, illustrant la dynamique de diversification de l’économie en dehors de son socle agricole traditionnel. Les autorités ambitionnent de porter cette contribution à des niveaux supérieurs (jusqu’à 14 % d’ici 2040).
Le secteur minier en Côte d’Ivoire crée également des milliers d’emplois directs et indirects, avec plus de 16 000 emplois formels enregistrés. En effet, le nombre d’emplois directs est passé de 8 291 en 2016 à plus de 16 300 à 16 700 postes ces dernières années, et atteint plus de 20 000 emplois selon les estimations globales de la chambre des mines de Côte d’Ivoire. Plus de 94 % de la main-d’œuvre employée dans les sociétés minières formelles est constituée de travailleurs ivoiriens, occupant divers postes techniques et de direction.  L’ouverture de nouveaux gisements, à l’instar de la future mine de Tanda par Endeavour Mining, génère à elle seule plus de 3 000 emplois directs et indirects.
Aujourd’hui, l’État mise sur la modernisation de ses outils (lancement du portail e-cadastre minier) et la stabilité politique et sécuritaire pour attirer de nouveaux investissements miniers internationaux.
La Côte d’Ivoire a attiré plus de 2000 milliards FCFA (3,6 milliards USD) d’investissements miniers cumulés au cours de la dernière décennie. Il apparait pourtant modeste, alors que le gouvernement s’est fixé comme objectif de mobiliser 11 400 milliards FCFA pour le secteur à l’horizon 2040. Pour mieux valoriser le potentiel minéral du pays, le gouvernement ivoirien a donc dévoilé un plan d’action dénommé Politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie (PIRME), avec un budget global de 38 000 milliards FCFA (69 milliards USD) d’ici 2040. 30 % de ce montant, soit des investissements totalisant 20,7 milliards USD, sont prévus pour le secteur minier.
Un secteur minier largement financé par des capitaux étrangers
Les projets miniers restent encore largement financés par des capitaux étrangers, tandis que de nombreux opérateurs locaux peinent à mobiliser les ressources nécessaires à leur développement. Une situation qui limite leur capacité à tirer pleinement profit des opportunités offertes par l’industrie extractive.
Plusieurs grandes entreprises étrangères exploitent les ressources minières (principalement l’or et le manganèse) en Côte d’Ivoire, en partenariat souvent avec l’État ivoirien et la sodemi. Par exemple, en 2020, le secteur minier a généré 988,88 milliards de FCFA. Les 10 entreprises qui se partageaient 78% du chiffre d’affaire de ce secteur sont les suivantes. La première est la société des mines de Tongon. Détenues par le canadian barrick gold (89,7%), l’Etat ivoirien (10%) et des investisseurs locaux (0,3%). Cette société avait généré 290 milliards de fcfa. La seconde est la société des mines d’Ity contrôlée par Endeavour mining (85%), l’Etat ivoirien (10%) et la sodemi (5%). Cette société avait généré 193,9 milliards de fcfa. La troisième entreprise est agbaou gold opérations qui exploite la mine d’or d’agbaou. Elle a encaissé 105 milliards en 2020. A la quatrième place, se trouve la société australienne Perseus Mining qui exploite les mines de Sissingué et Yaouré. Elle a encaissé 93, 6 milliards de FCFA. La cinquième entreprise est la société des mines de daapleu qui a generé 60,45 milliards de FCFA. A la septième place lagune exploitation de bongouanou de moumouni bictogo qui exploite la mine de bauxite de bénéné à daoukro. La neuvième place revient à la société exgold et la dixième place à la société stone consulting.
La montée en puissance des banques africaines
L’implication de groupes bancaires du continent dans le secteur minier africain dépasse le seul cadre de BGFIBank. Qu’il s’agisse d’Ecobank, de Coris Bank ou d’AFG Bank, les institutions accompagnent désormais les investisseurs miniers dans la construction ou l’agrandissement de mines, que les acteurs de taille plus modeste fournissant des services aux grandes compagnies. Au Mali, l’ivoirien AFG Bank a lancé fin octobre 2025 une ligne de financement de 100 milliards FCFA (181 millions USD) destiné aux entreprises de sous-traitance et aux fournisseurs du secteur. AFG Bank est aussi sollicité au Cameroun pour mobiliser une partie du financement destiné à la construction de Minim Martap, première mine de bauxite du pays. Début janvier 2026, le Groupement Professionnel des Miniers de Côte d’Ivoire (GPMCI) a ainsi annoncé l’adhésion de la filiale locale de BGFIBank, une démarche destinée à soutenir la croissance du secteur minier ivoirien en facilitant l’accès des acteurs au financement. En Côte d’Ivoire, en décembre 2025, Atlantic Group, a pris le contrôle de la mine d’or de Tongon auprès du groupe canadien Barrick Gold pour un montant estimé à 305 millions de USD (environ 185 milliards de FCFA), ce qui fait que l’État ivoirien détient 10 % de Tongon, contre 90 % pour Atlantic Group.
Des indicateurs permettraient à une banque comme la BNI de distinguer une dynamique structurelle durable
Le passage à une maturité industrielle se mesure par l’explosion des volumes et l’ouverture constante de nouvelles usines de traitement hautement automatisées. En effet, le volume de production aurifère en hausse continue. La production d’or a plus que doublé en dix ans, passant de 24 tonnes en 2015 à 59,33 tonnes en 2025. Les prévisions pour 2026 tablent sur environ 62 à 63 tonnes. Le gouvernement affiche une ambition long terme de 100 tonnes par an d’ici 2029-2035 pour concurrencer le Ghana et le Mali. Le pays compte désormais 19 mines industrielles en activité (13 pour l’or, 4 pour le manganèse, 1 pour la bauxite et 1 pour le nickel). En plus, la côt d’ivoire enregistre un saut technologique avec l’autorisation de Perseus Mining, de développer la première mine d’or souterraine à Yaouré. L’exploitation souterraine (comme le projet Sunbird à Séguéla) témoigne d’un saut technologique vers une maturité industrielle avancée. En outre, on note un renouvellement de des réserves par des investissements massifs en R&D et prospection. Nous enregistrons plus de 170 permis de recherche valides sillonnent le territoire (couvrant les roches du birimien qui recèlent le potentiel minéral). Des gisements géants s’apprêtent à entrer en service, notamment le projet Koné (porté par Montage Gold, annoncé comme l’une des plus grandes mines d’or en construction au monde) et le projet d’Afema (Turaco Gold) qui aligne déjà plus de 4,6 millions d’onces de ressources.
Il faut également compter avec des indicateurs d’intégration économique locale (Contenu local) qui sont au vert. En effet, le volume des marchés de sous-traitance captés par les PME locales. L’analyse des flux financiers sur les plateformes de contenu local permet de mesurer si l’écosystème ivoirien fournit des biens complexes et pas uniquement des services à faible valeur ajoutée (gardiennage, transport). Il y’a des investissements dans la transformation locale (Aval) avec des projets d’affinage d’or ou de traitement du nickel et du manganèse sur le sol national qui prouvent un ancrage industriel déconnecté des seules exportations de brut. Une hausse massive des dépôts à vue ou à terme des entreprises de sous-traitance locales à la BNI témoigne d’une création de richesse pérenne dans le pays.
Il faut aussi souligner les indicateurs de stabilité institutionnelle qui incitent à financer le secteur des mines. Un secteur minier structurel s’accompagne d’une cohabitation harmonieuse avec l’État et les communautés. Sur ce point tout va bien. En outre, les révisions de codes miniers concertées et stables sécurisent les modèles financiers bancaires (WACC) sur le long terme. On note aussi la hausse des budgets de RSE intégrés et des fonds de développement local. D’ailleurs, l’alimentation régulière des fonds miniers de développement local (FMDL) démontre une gestion apaisée des risques sociaux autour des permis d’exploitation. Le suivi des indicateurs ESG (environnement, social, gouvernance) opérationnels (consommation d’eau, transition énergétique des mines) prévient le risque de fermeture administrative ou de conflits majeurs.
Pour finir, les indicateurs macro-financiers sont bons. Le secteur minier est devenu le second pilier de l’économie de la Côte d’Ivoire, avec des investissements cumulés dépassant les 2 000 milliards de FCFA au cours de la dernière décennie. L’État ambitionne de porter la contribution du secteur minier à 14 % du PIB d’ici 2030, contre environ 5 % actuellement. La Côte d’Ivoire vise à devenir le premier producteur d’or d’Afrique d’ici 2035, avec une production nationale qui pourrait atteindre 100 tonnes par an à l’horizon 2029.
Le secteur minier en Côte d’Ivoire crée également des milliers d’emplois directs et indirects, avec plus de 16 000 emplois formels enregistrés. En effet, le nombre d’emplois directs est passé de 8 291 en 2016 à plus de 16.300 à 16.700 postes ces dernières années, et atteint plus de 20.000 emplois selon les estimations globales de la chambre des mines de Côte d’Ivoire. Plus de 94 % de la main-d’œuvre employée dans les sociétés minières formelles est constituée de travailleurs ivoiriens, occupant divers postes techniques et de direction.  L’ouverture de nouveaux gisements, à l’instar de la future mine de Tanda par Endeavour Mining, génère à elle seule plus de 3 000 emplois directs et indirects.
En 2022, l’ensemble des sociétés d’exploitation du secteur minier déclarait auprès de l’Administration des mines, un chiffre d’affaires de 1,422.55 milliards de francs CFA contre 1,154.191 milliards de francs CFA en 2021, soit une hausse de 23.25%. En termes de retombées économiques, la bonne dynamique du secteur a permis l’accroissement des recettes fiscales et du nombre d’emplois créés dans le secteur. Ainsi, les recettes fiscales générées par l’activité minière sont passées de 33.96 milliards de francs CFA en 2016 à 351 milliards de francs CFA en 2022.

Une ambition de diversification de la BNI portée par de bons résultats

Le directeur général de la Banque nationale d’investissement (BNI), Youssouf Fadiga, a annoncé mercredi 10 juin 2026 à Abidjan, son ambition d’accélérer le développement et l’impact commercial de l’établissement, avec une attention particulière portée à la diaspora ainsi qu’aux petites et moyennes entreprises (PME), notamment celles opérant dans les secteurs des mines et des hydrocarbures. Présentant le bilan des activités de la BNI au titre de l’exercice 2025, M. Fadiga a indiqué que les priorités portent notamment sur l’accompagnement des acteurs du secteur minier, de la phase de recherche à celle de l’exploitation, la mise en place de programmes destinés à favoriser les investissements de la diaspora, ainsi que le renforcement de l’appui aux PME dans la structuration et le financement de leurs projets. En effet, le développement du secteur stratégique que représente l’industrie minière en Côte d’Ivoire et en Afrique, nécessite des investissements considérables en capitaux, en expertise et en infrastructures. Ainsi le secteur bancaire intervient en fournissant les financements nécessaires pour soutenir les projets miniers, faciliter les investissements étrangers et promouvoir l’attractivité du pays. En investissant dans les projets miniers, les banques contribuent à créer des opportunités d’emploi, à générer des revenus pour les communautés locales et à stimuler la croissance économique dans l’ensemble du pays. Le secteur bancaire comprend les défis uniques auxquels sont confrontées les entreprises minières, qu’il s’agisse de sociétés multinationales ou de petites exploitations locales. La connaissance de l’environnement local, peut permettre à la BNI d’offrir des solutions sur mesure, adaptées aux besoins spécifiques de chaque projet. Ainsi, le rôle du secteur bancaire ne se limite pas à la simple fourniture de financements. Les banques peuvent également jouer un rôle clé dans la promotion des bonnes pratiques et de normes éthiques dans le secteur minier. En collaborant avec les entreprises minières, les gouvernements et les organismes de réglementation, les banques peuvent contribuer à renforcer la transparence, la responsabilité et la durabilité de l’exploitation des ressources naturelles.
Une exposition bancaire aux risques à ne pas négliger dans le financement du secteur minier
Le financement du secteur minier présente des opportunités lucratives pour les institutions financières, mais il s’accompagne d’une exposition bancaire aux risques particulièrement élevée.


Le premier est le risque de marché lié à la volatilité des cours

Cela pourrait survenir suite à une fluctuation des matières premières. En effet, les revenus du projet dépendent directement des cours mondiaux (or, cuivre, lithium, etc.). Une chute brutale des prix peut rendre une mine non rentable du jour au lendemain et compromettre le remboursement de la dette. En outre, on a le risque de change qui n’est pas à négliger lorsque les investissements et les dettes sont souvent en devises fortes (USD), tandis que les coûts opérationnels locaux sont dans la monnaie du pays hôte, créant un décalage financier.

Le second est le risque de crédit et de défaut
Les projets miniers accusent fréquemment des retards et des hausses de budget (liés à la logistique, à l’accès à l’énergie ou à l’eau). Si les fonds manquent avant le début de la production, la banque fait face à un risque de défaut. En outre, la quantité ou la qualité réelle du minerai extrait peut s’avérer inférieure aux études de faisabilité initiales.


Troisièmement, les risques les risques Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG).

C’est aujourd’hui l’un des aspects les plus critiques pour la réputation et la solidité des banques. Il faut traiter les questions liées à la pollution des nappes phréatiques, à la gestion des résidus miniers (rupture de barrages) et à la forte empreinte carbone. Les banques s’exposent à des sanctions et à l’obligation de provisionner des fonds pour la réhabilitation des sites.

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