Alors que des milliers de familles sahraouies continuent de survivre dans des conditions d’extrême précarité au sein des camps de Tindouf, une succession de scandales financiers d’envergure internationale vient une nouvelle fois mettre en lumière la gestion opaque, systémique et prédatrice de la direction du Front Polisario. Entre enrichissement personnel, détournement d’aide humanitaire internationale et récentes affaires d’escroquerie pyramidale de masse, la rupture entre la population des camps et ses dirigeants autoproclamés semble désormais irréversible.

Cette déchéance structurelle éclate au grand jour à un moment charnière de l’histoire de la région : le Congrès des députés en Espagne vient d’approuver une proposition de loi historique visant à accorder la nationalité espagnole à des dizaines de milliers de Sahraouis nés sous l’ancienne administration coloniale ainsi qu’à leurs descendants. Ce texte, qui ouvre la voie à l’obtention de la citoyenneté européenne pour une large partie de la population, accentue cruellement le contraste entre les aspirations de dignité de la base sahraouie et la dérive mafieuse d’une nomenklatura aux abois, dénoncée de toutes parts pour ses pratiques de spoliation.
L’aide humanitaire comme rente politique : le cas Fatima Mahfoud en Italie
Depuis plusieurs années, les rapports d’institutions internationales, au premier rang desquels celui de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), dénoncent le siphonnage méthodique des cargaisons de nourriture, de médicaments et de matériel logistique destinés aux réfugiés. L’Europe et le tissu associatif international financent une solidarité qui alimente en réalité un marché noir florissant, géré par l’appareil sécuritaire et les représentations du mouvement à l’étranger.
En Italie, la contestation a désormais atteint la place publique. Des voix dissidentes et des activistes sahraouis montent au créneau pour fustiger l’action de Fatima Mahfoud, représentante officielle du Polisario dans la Péninsule. Loin de son rôle officiel de diplomate humanitaire, sa gestion est de plus en plus contestée par la base. Des plateformes indépendantes d’information, à l’image des révélations relayées par le portail Mediterraneews, se font l’écho de plaintes d’activistes dénonçant une opacité totale. Ces derniers accusent la représentante d’instrumentaliser la détresse des enfants et les projets d’assistance médicale en Italie pour capter des flux
financiers échappant à tout contrôle indépendant, servant davantage à maintenir le train de vie des cadres du mouvement qu’à soulager la détresse des camps.
L’affaire « Infravest » : L’arnaque pyramidale de masse qui dépouille les camps de Tindouf
À ce détournement structurel de l’aide internationale s’ajoute une crise interne sans précédent qui a plongé la population locale dans le désarroi le plus total. En septembre 2026, les camps de Tindouf (notamment à Rabouni et au camp de Chahid El Hafed) ont été secoués par la colère de centaines de résidents, de commerçants et de coopératives locales. Tous exigent la restitution de leurs fonds, dont le total est estimé à environ 886 milliards de dinars algériens, soit environ 6,6 millions de dollars américains, suite à l’effondrement de la société « Infravest for Contracting and Investment ».
Opérant en toute liberté depuis 2022 dans les camps sous la direction de Sallamou Abba Ali — qui a depuis pris la fuite vers une destination inconnue avec la caisse –, l’entreprise Infravest s’était forgé une fausse respectabilité à travers le mécénat culturel et des chantiers de construction factices. Elle a ainsi mis en place une véritable escroquerie pyramidale de type Ponzi, engloutissant les maigres économies de milliers de familles sahraouies vulnérables.
Cette affaire d’escroquerie massive, estimée à des millions de dinars algériens et d’ouguiyas mauritaniennes, n’est pas un simple fait divers. L’impunité totale dont a bénéficié Infravest pendant des années pour collecter des fonds auprès des résidents d’une zone militarisée fermée démontre, au mieux, la complicité passive, et au pire, la participation active de hauts dignitaires de l’appareil du Polisario. Face à la faillite de ce système, la colère gronde, et les manifestations des spoliés sont sévèrement encadrées par l’appareil militaire du mouvement, paniqué à l’idée que ce énième scandale n’écorche définitivement son image à l’international.
Un appel urgent à la responsabilité internationale
Face à ce constat alarmant, la communauté internationale, l’Union européenne et les pays donateurs ne peuvent plus fermer les yeux. Financer l’aide aux camps de Tindouf sans imposer un recensement strict des populations et un audit indépendant des canaux de distribution revient à se rendre complice d’un système de prédation à deux vitesses, combinant vol de l’aide internationale et dépouillement financier des réfugiés.
Au moment même où l’Espagne s’apprête à offrir une perspective d’émancipation juridique et citoyenne à des milliers de Sahraouis, il est urgent que les parlements européens, et notamment les autorités italiennes, exigent des comptes sur l’utilisation des fonds publics et associatifs alloués. Les dirigeants du Front Polisario doivent être traduits devant la justice internationale pour leurs agissements, tandis que la protection et la dignité des séquestrés de Tindouf doivent impérativement être placées sous le contrôle direct des agences des Nations Unies.

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