Le débat doctrinal autour de la nouvelle Constitution togolaise du 6 mai 2024 vient de franchir un palier décisif. Dans une analyse stylistique et herméneutique rigoureuse, le Dr Wonouvo Kossi Gnagnon passe au crible l’article du Professeur Adama Mawulé Kpodar, « Les originalités insoupçonnées de la Vᵉ République togolaise » (Afrilex, février 2026). Sous le vernis de l’apologie, le Dr Gnagnon y décèle un « nicodémisme politique » majeur : une posture où le savant, tout en affichant sa loyauté diurne envers le pouvoir, sème de nuit les germes d’une critique radicale de l’édifice constitutionnel.
Une contradiction intellectuelle que le récent arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO vient brutalement mettre en lumière.
L’éthos de Janus : Entre loyauté institutionnelle et lucidité analytique
Pour déconstruire la rhétorique du Professeur Kpodar, le Dr Gnagnon introduit un concept fort : le nicodémisme politique. Empruntée à la figure biblique de Nicodème, ce pharisien venu interroger Jésus de nuit par prudence, cette posture désigne le comportement d’un partisan embarrassé dont les propres arguments ébranlent la thèse qu’il prétend consolider.
Selon Gnagnon, le texte de Kpodar présente les deux visages de Janus : d’un côté, une fidélité affichée qui encense un « modèle unique » ; de l’autre, une lucidité scientifique qui concède de profondes fragilités.
Cette dualité éclate lorsque le Professeur Kpodar, analysant le rôle du chef de l’État élu au suffrage universel indirect, écrit sans détour qu’il « n’est nullement au centre du pouvoir » et qu’à l’instar du monarque britannique, il « existe, mais ne préside rien et ne gouverne pas ». Une franchise involontaire qui transforme la célébration d’une prétendue originalité en un constat d’anomalie systémique.
Le « Cheval de Troie » lexical et la cartographie de la domination
L’analyse sémantique révèle que le vocabulaire scientifique utilisé par l’apologiste se retourne contre sa propre démonstration. Le Dr Gnagnon identifie plusieurs « chevaux de Troie » lexicaux. Le terme d’« originalité » glisse vers l’aveu d’une inclassabilité problématique, tandis que le couple antithétique du Président de la République au pouvoir « en peau de chagrin » face à un Président du Conseil des ministres « jupitérien » met en scène une hyper-présidentialisation déguisée, voire carnavalisée.
De même, la « rationalisation novatrice » vantée pour décrire le régime parlementaire dissimule des mécanismes d’inhibition de la représentation. En décrivant les députés qui « rechigneront » à voter une motion de défiance de peur d’être traités de « traîtres » ou de « frondeurs » par leur propre parti, l’auteur dépeint un Parlement paralysé. La métaphore du « Lucky Luke constitutionnel » dégainant son arme plus vite que son ombre achève de dessiner une cartographie de la domination plutôt qu’un espace de délibération démocratique.
Les métamorphoses de Protée ou l’art de la concession
Sur le plan argumentatif, le texte adopte les métamorphoses de Protée. Par un jeu de «oui, mais », le Professeur Kpodar tente de différer la vérité. Affirmant d’abord que le gouvernement procède de l’Assemblée nationale, il est finalement contraint d’admettre qu’*« en réalité, c’est ce gouvernement qui domine l’Assemblée nationale au bout du compte et qui dicte le fonctionnement du régime ».
À force d’accumuler les réserves, motion de défiance « hypothétique », responsabilité politique « purement factuelle » , l’apologie s’effondre sous son propre poids. Le miroir comparatif (le « bouclier de Persée ») tendu vers les modèles allemand ou britannique se brise : là où ces systèmes reposent sur des contre-pouvoirs réels, le cadre togolais consacre un mandat impératif de facto (article 11 alinéa 3) qui exclut toute liberté parlementaire sous peine de perte automatique du siège.
L’Oracle de Delphes face au verdict d’Abuja
Selon le Dr Gnagnon, en conclusion, le texte de Kpodar se réfugie dans la parole énigmatique de l’Oracle de Delphes, comparant la Constitution à un « vin de cépage noble » ayant besoin de temps pour atteindre sa maturité. Un silence troublant est ainsi gardé sur les dérives à long terme d’une telle concentration personnelle du pouvoir et sur le glissement vers un plébiscite unipartisan.
C’est ici que la critique textuelle rencontre le choc du réel. En janvier 2026, la Cour de justice de la CEDEAO a rendu son arrêt, qualifiant officiellement la réforme constitutionnelle togolaise de « changement inconstitutionnel de gouvernement ».
Pour le Dr Gnagnon, cet arrêt d’Abuja dissipe définitivement la nuit du nicodémisme : il nommeLa Vᵉ République togolaise à l’épreuve du ’’nicodémisme’’ intellectuel / Quand les défenseurs du régime en révèlent les failles
Le débat doctrinal autour de la nouvelle Constitution togolaise du 6 mai 2024 vient de franchir un palier décisif. Dans une analyse stylistique et herméneutique rigoureuse, le Dr Wonouvo Kossi Gnagnon passe au crible l’article du Professeur Adama Mawulé Kpodar, « Les originalités insoupçonnées de la Vᵉ République togolaise » (Afrilex, février 2026). Sous le vernis de l’apologie, le Dr Gnagnon y décèle un « nicodémisme politique » majeur : une posture où le savant, tout en affichant sa loyauté diurne envers le pouvoir, sème de nuit les germes d’une critique radicale de l’édifice constitutionnel.
Une contradiction intellectuelle que le récent arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO vient brutalement mettre en lumière.
L’éthos de Janus : Entre loyauté institutionnelle et lucidité analytique
Pour déconstruire la rhétorique du Professeur Kpodar, le Dr Gnagnon introduit un concept fort : le nicodémisme politique. Empruntée à la figure biblique de Nicodème, ce pharisien venu interroger Jésus de nuit par prudence, cette posture désigne le comportement d’un partisan embarrassé dont les propres arguments ébranlent la thèse qu’il prétend consolider.
Selon Gnagnon, le texte de Kpodar présente les deux visages de Janus : d’un côté, une fidélité affichée qui encense un « modèle unique » ; de l’autre, une lucidité scientifique qui concède de profondes fragilités.
Cette dualité éclate lorsque le Professeur Kpodar, analysant le rôle du chef de l’État élu au suffrage universel indirect, écrit sans détour qu’il « n’est nullement au centre du pouvoir » et qu’à l’instar du monarque britannique, il « existe, mais ne préside rien et ne gouverne pas ». Une franchise involontaire qui transforme la célébration d’une prétendue originalité en un constat d’anomalie systémique.
Le « Cheval de Troie » lexical et la cartographie de la domination
L’analyse sémantique révèle que le vocabulaire scientifique utilisé par l’apologiste se retourne contre sa propre démonstration. Le Dr Gnagnon identifie plusieurs « chevaux de Troie » lexicaux. Le terme d’« originalité » glisse vers l’aveu d’une inclassabilité problématique, tandis que le couple antithétique du Président de la République au pouvoir « en peau de chagrin » face à un Président du Conseil des ministres « jupitérien » met en scène une hyper-présidentialisation déguisée, voire carnavalisée.
De même, la « rationalisation novatrice » vantée pour décrire le régime parlementaire dissimule des mécanismes d’inhibition de la représentation. En décrivant les députés qui « rechigneront » à voter une motion de défiance de peur d’être traités de « traîtres » ou de « frondeurs » par leur propre parti, l’auteur dépeint un Parlement paralysé. La métaphore du « Lucky Luke constitutionnel » dégainant son arme plus vite que son ombre achève de dessiner une cartographie de la domination plutôt qu’un espace de délibération démocratique.
Les métamorphoses de Protée ou l’art de la concession
Sur le plan argumentatif, le texte adopte les métamorphoses de Protée. Par un jeu de «oui, mais », le Professeur Kpodar tente de différer la vérité. Affirmant d’abord que le gouvernement procède de l’Assemblée nationale, il est finalement contraint d’admettre qu’*« en réalité, c’est ce gouvernement qui domine l’Assemblée nationale au bout du compte et qui dicte le fonctionnement du régime ».
À force d’accumuler les réserves, motion de défiance « hypothétique », responsabilité politique « purement factuelle » , l’apologie s’effondre sous son propre poids. Le miroir comparatif (le « bouclier de Persée ») tendu vers les modèles allemand ou britannique se brise : là où ces systèmes reposent sur des contre-pouvoirs réels, le cadre togolais consacre un mandat impératif de facto (article 11 alinéa 3) qui exclut toute liberté parlementaire sous peine de perte automatique du siège.
L’Oracle de Delphes face au verdict d’Abuja
Selon le Dr Gnagnon, en conclusion, le texte de Kpodar se réfugie dans la parole énigmatique de l’Oracle de Delphes, comparant la Constitution à un « vin de cépage noble » ayant besoin de temps pour atteindre sa maturité. Un silence troublant est ainsi gardé sur les dérives à long terme d’une telle concentration personnelle du pouvoir et sur le glissement vers un plébiscite unipartisan.
C’est ici que la critique textuelle rencontre le choc du réel. En janvier 2026, la Cour de justice de la CEDEAO a rendu son arrêt, qualifiant officiellement la réforme constitutionnelle togolaise de « changement inconstitutionnel de gouvernement ».
Pour le Dr Gnagnon, cet arrêt d’Abuja dissipe définitivement la nuit du nicodémisme : il nomme en plein jour et en droit positif ce que le Professeur Kpodar n’avait pu formuler qu’à mi-mots, entre les lignes d’une apologie prise au piège de sa propre lucidité.
Anselme Koko en plein jour et en droit positif ce que le Professeur Kpodar n’avait pu formuler qu’à mi-mots, entre les lignes d’une apologie prise au piège de sa propre lucidité.
Anselme Koko

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