Révélée en 2022 lors de la compétition nationale Genèse, dédiée au slam gospel, Paule Valdez de son vrai nom Paule Valérie s’est illustrée par sa plume percutante et sa sensibilité artistique. Trois ans après son sacre, elle revient sur cette aventure, les retombées de sa victoire et son regard sur le slam chrétien en Côte d’Ivoire.
Depuis votre victoire à Genèse, qu’est-ce qui a réellement changé dans votre vie ?

Tout a changé… et en même temps rien. (Rires) C’était la toute première fois que je participais à un concours de slam-poésie, et j’ai gagné. Cette victoire a complètement transformé ma perception du slam, de la poésie et de l’art en général. Elle a éveillé en moi l’envie de continuer, d’apprendre, d’explorer davantage. Depuis, mon rapport à l’art s’est profondément enrichi. Cependant, je n’ai pas encore pris la décision de me lancer dans une véritable carrière artistique avec les moyens et la structuration que cela implique.
Avez-vous su tirer profit de la visibilité qu’offrait Genèse ? Où en êtes-vous aujourd’hui au niveau des projets, de la scène ou du ministère ?
Oui, bien sûr. Après mon sacre, j’ai été invitée à plusieurs émissions radio, j’ai assuré des premières parties lors d’événements, participé à des spectacles, et ma communauté m’a beaucoup sollicitée. J’ai été amenée à intervenir à différents niveaux, notamment dans les milieux chrétiens. En somme, cette visibilité m’a été bénéfique. Même si je n’ai pas encore de projets d’album concrets, j’ai tout de même enregistré un titre après la compétition, qui est disponible sur les plateformes. Il faut dire qu’en 2022, je préparais aussi ma soutenance académique. C’était donc une période charnière.
Certains estiment que les lauréats de Genèse s’éteignent après le concours. Confirmez-vous cette idée ?
Je ne suis pas d’accord avec cette vision. Genèse est une compétition encore jeune. Comparée au Championnat national de slam, plus ancien et qui mène à l’international, Genèse n’a pas encore cette envergure. Mais cela ne veut pas dire que les lauréats s’éteignent. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’après la compétition, c’est à chacun de construire son chemin, de développer son art. Il nous faut aussi des mécènes, des partenaires qui croient en ce projet et soutiennent les organisateurs pour créer plus d’opportunités aux artistes.
Avez-vous été soutenue par l’organisation après votre victoire ?
Oui, totalement. Avant, pendant, et même après la compétition, les relations avec les organisateurs ont toujours été excellentes. Une vraie famille s’est formée autour de cette expérience, au nom de Jésus. Ils ont été là pour moi, notamment pour l’enregistrement de mon premier son, que je leur dois en grande partie. Et je sais qu’ils seront présents pour m’accompagner lorsque je déciderai de m’engager sérieusement dans une carrière artistique.
Selon vous, pourquoi le slam gospel reste-t-il encore marginal auprès du grand public ?
Je ne dirais pas qu’il est marginal. Au contraire, il est en pleine expansion. C’est justement parce qu’il se développe que des concours comme Genèse ont vu le jour. Aujourd’hui, nous en sommes à la 5ᵉ édition. Dans les églises, les paroisses, les groupes de jeunesse, il y a de plus en plus d’activités autour du slam gospel. On en parle même dans les médias. Et si le grand slam lui-même a mis du temps à s’imposer, ce n’est pas étonnant que le slam gospel, qui en est une branche plus récente, prenne encore un peu de temps. Mais il grandit, et c’est encourageant.
Comment votre entourage a-t-il réagi à votre sacre ? Encouragements ou indifférence ?
Indifférence ? Pas du tout ! J’ai eu la chance d’avoir autour de moi des personnes formidables qui m’ont soutenue. Ma victoire a été célébrée comme une fête familiale. Ma famille, mes amis, ma paroisse, mon groupe de prière, les organisateurs… tout le monde était fier et heureux. C’était un vrai moment de joie collective.
Avez-vous déjà songé à tout arrêter ? Et qu’est-ce qui vous pousse à continuer malgré les défis ?
Je suis une artiste révélée par le slam gospel, mais je ne me limite pas à ce registre. Je fais du slam, tout court. Et non, je n’ai pas envie d’arrêter. Bien sûr, je réfléchis à mieux m’organiser pour développer ma carrière, mais l’envie de continuer est bien là.
Pensez-vous que la foi suffit pour vivre de son art, ou faut-il aussi des moyens concrets ?
Disons que « trop de viande ne gâte pas la sauce » ! (Rires) La foi est essentielle, bien sûr. Mais même dans l’Église, la foi seule ne suffit pas à bâtir. Il faut des moyens, des actes concrets, de l’organisation, des contacts, un vrai management. Il faut de tout pour avancer.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes chrétiens qui veulent se lancer dans le slam gospel ?
D’abord, il faut être chrétien. Il faut croire en Jésus et reconnaître que Dieu a mis en chacun de nous un talent. Si tu sens que le slam est ton don, alors développe-le. Forme-toi, lis, écoute les anciens, apprends auprès des plus expérimentés. Il faut s’armer de courage, de patience, et surtout prier. Car au-delà d’un art, c’est aussi un appel.
Réaliser par Meshack Eman

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