De son vrai nom Harouna Ouattara, le Pasteur H, également connu sous le nom de H2O, ambitionne de faire rayonner la compétition nationale de Slam Gospel, Genèse, à l’échelle mondiale. Freiné par le manque de soutien, il en appelle aux partenaires pour accompagner ce projet à fort impact culturel.
Vous avez lancé Genèse il y a quelques années. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur son impact dans le milieu chrétien ?

Je pense que Genèse a un impact significatif. Chaque année, de nouveaux talents s’inscrivent, et de plus en plus de spectateurs se mobilisent. Aujourd’hui, plusieurs églises organisent des compétitions de slam et certaines ont même constitué des groupes dédiés. Cela prouve que Genèse a contribué à ancrer le slam gospel dans le milieu Gospel.
Certains estiment que les lauréats de Genèse ne sont pas suffisamment mis en lumière. Que leur répondez-vous ?
Ils n’ont pas tort de dire cela. En réalité, il n’existe pas de suivi après la compétition. Ce n’est pas une mission que nous nous sommes assignée. Chaque participant appartient déjà à une communauté chrétienne où il est encadré spirituellement. Toutefois, nous restons en contact avec les anciens lauréats, comme Larissa Mango, Paul Valdez, Levent Alexander et Aimé S. Nous les encourageons, les soutenons spirituellement et suivons leur évolution.
Ce manque de suivi n’est-il pas un frein à l’éclosion des talents ?
Cela pourrait l’être, mais il faut comprendre que Genèse ne vise pas à prendre la place de l’encadrement spirituel que chaque candidat reçoit déjà dans son église. Néanmoins, lorsque nous pouvons donner des conseils, tant sur le plan artistique que spirituel, nous restons disponibles.
Au-delà du trophée, que gagne concrètement un lauréat ?
Il gagne d’abord en visibilité, en confiance et en maturité spirituelle. Etre vainqueur de Genèse, c’est assumer une double responsabilité : celle de l’artiste et celle du chrétien. Cela crée une pression positive qui pousse à la rigueur et à l’excellence. Le lauréat bénéficie aussi de connexions importantes pour sa carrière et son ministère.
Les églises soutiennent-elles suffisamment ce projet ?
Le soutien existe, mais il reste insuffisant. Toutes les finales se sont déroulées dans des églises, ce qui est déjà un pas important. J’exprime ma reconnaissance au pasteur Abraham Gadji, qui a été d’un grand soutien dès les premières éditions. Cependant, nous avons besoin de plus de visibilité, de relais dans les annonces d’églises, d’assistance financière, et surtout de participation active des fidèles. Plus les salles sont remplies, plus cela motive les jeunes talents.
Quel est le niveau actuel du slam gospel en Côte d’Ivoire ?
Il ne s’est jamais aussi bien porté que maintenant. Les slameurs sont impressionnants. Des slameurs comme Levent Alexander, qui a représenté la Côte d’Ivoire à la Coupe du monde de slam en France, ou encore Lycton, finaliste de plusieurs compétitions, en sont la preuve. La relève est là, dynamique et talentueuse.
Quelles ont été vos plus grandes frustrations en tant que slameur chrétien ?
J’ai essuyé quand même, pas mal de frustrations. Le slam en général en a souffert, mais il y a eu un arrangement à ce niveau. Mais pas dans le milieu Chrétien. Les slameurs ne sont pas considérés comme des artistes, surtout dans le milieu chrétien. On privilégie les chantres et nous, sommes relégués au second plan. Il arrive même qu’on ne nous verse aucun cachet, contrairement aux autres artistes. Il est temps de changer ce regard. Le slam est un art à part entière. Les slameurs doivent donc être traités avec équité et respect.
Quelle est votre vision à cinq ans pour Genèse ?
Nous ambitionnons de créer un festival international de slam gospel, dont Genèse serait l’une des activités phares. Nous pensons aussi organiser une Coupe d’Afrique et une Coupe du monde de slam gospel. Le Congo, par exemple, possède une communauté très active avec laquelle nous pourrions collaborer. A terme, nous souhaitons également labelliser Genèse afin de produire des slameurs, réaliser des albums et structurer encore plus le mouvement. Deux lauréats ont déjà été produits : Larissa Mango et Paul Valdez. L’objectif est d’aller plus loin mais cela demande des moyens. On ira donc au rythme voulu par le Seigneur.
Et votre propre carrière de slameur ? Doit-on oublier H2O ?
H2O revient ! Ce n’est qu’une question de temps. Même si mes priorités actuelles sont ailleurs, je reste slameur dans l’âme. Produire un album, remonter sur scène, organiser des spectacles : tout cela est prévu, dès que les conditions seront réunies.
Réaliser par Meshack Eman

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