Côte d’Ivoire Café/Cacao: Kouassi Yamien Jean Michael “Les agriculteurs ne seront plus le terreau muet des politiques”

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À quelques mois de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025, la voix du monde agricole s’impose dans le débat national. Premier pays producteur de cacao au monde, la Côte d’Ivoire vit encore le paradoxe d’une agriculture qui nourrit l’économie mais laisse ses acteurs dans la précarité. Kouassi Yamien Jean Michael Armand, président de la Ligue Ivoirienne des Organisations Professionnelles Agricoles (LIDOPA), lève le ton. Avec plus de 500 000 membres répartis dans 20 régions de production, il appelle à une véritable révolution sociale et économique pour les paysans ivoiriens. Dans cet entretien exclusif, il interpelle l’État, les candidats et les partenaires : sécurité sociale, habitat rural, transformation locale, routes, eau potable… autant de combats qu’il veut porter au-devant de la scène politique.

Président Kouassi Yamien Jean, Michael, Armand, bonjour !

1-Vous êtes le président d’une organisation de producteurs, d’agriculteurs. Est-ce que vous pouvez nous présenter votre structure ?

Bien cher monsieur, la LIDOPA, la Ligue Ivoirienne des Organisations Professionnelles Agricoles que j’ai ainsi l’honneur de diriger,
est une organisation de promotion et de protection des droits des agriculteurs
et elle œuvre pour le bien-être économique et social de nos parents.
Nous avons pour première mission de pouvoir vraiment leur apporter de l’assistance, de l’encadrement.
Mais bien évidemment, comme je l’ai dit tantôt, nous sommes là pour la défense et la promotion de leurs droits.

2-Vous revendiquez combien de membres à ce jour ?

Pour être si modeste, nous revendiquons au moins 500 000 membres. Nous sommes représentés dans 20 régions de production cacaoyère et caféière
et de façon générale dans 20 régions de production agricole.
membres sont pratiquement
dans des zones très réculées
du pays. Ils ont
des préoccupations.

3-Est-ce qu’on peut les connaître?
On peut savoir les vrais besoins de vos membres ?

Oui, dans le monde agricole, nous avons de réelles préoccupations.
Tantôt, je vous disais qu’aujourd’hui, les producteurs ont besoin d’une sécurité sociale.
À l’image de la MUGEFCI, il faut que chaque producteur ait une protection sociale.
Faire ou exercer des travaux champêtres , ce n’est pas facile.
Il faut être en bonne santé pour pouvoir vraiment exercer les travaux champêtres.
De deux, voyez-vous, cher monsieur, il y a des parents de plus de 70 ans qui vont encore dans les champs.
Et nous estimons qu’il faut une passion alimentaire pour ces producteurs-là de plus de 70 ans.
Et puis, je le disais, il y a le reprofilage des routes également.
La question de la transformation de matières premières, vous savez que ça sera une problématique importante pour pouvoir faire gagner nos producteurs.

Je le disais également, les producteurs souffrent d’eau potable dans nos campements et les hameaux les plus reculés. Nous avons un cuisant besoin d’eau potable. Vous parcourez nos zones, nos mamans vont encore dans les marigots, dans les marécages pour pouvoir vraiment chercher des sources d’eau.
Donc, voici en résumé les préoccupations des produits.

4- Bien entendu, vous avez parlé d’assistance, vous parlez des mutuelles des producteurs. Est-ce que l’État ne vous a pas récemment soutenu en matière de couverture maladie universelle?

Oui, mais nous disons qu’il faut aller un peu plus au-delà.
Quand on parle de couverture maladie universelle, nous, au niveau de la LIDOPA,
nous voulons qu’il soit institué une mutuelle générale des agriculteurs
qui va prendre en compte une assurance maladie, une assurance obsèques, parce qu’en cas de décès de l’agriculteur, il faut l’accompagner dignement.
En cas de maladie, il faut que l’agriculteur se soigne dans un centre, j’allais dire, approprié.
Donc, c’est de tout ça que nous sommes en train de parler quand on parle de la sécurité sociale.
C’est vrai, l’État a fait, mais pour nous, il faut aller au-delà pour pouvoir vraiment insuffler un nouveau dynamisme dans le secteur sanitaire de la culture.

5-Votre structure fait partie de l’OIA, l’Organisation Interprofessionnelle Agricole qui a été récemment mise en place par l’État. Est-ce que vous ne pensez pas que cette structure pourra vous accompagner pour atteindre les objectifs que vous vous êtes assignés?

Vous savez, la LIDOPA existe depuis plus de dix ans, donc on ne va pas attendre. Ces préoccupations que je viens de vous énumérer sont des préoccupations que nous les ressassons depuis plus de dix ans.
Donc l’OIA dont vous parlez, c’est en cours de mise en place.
Aujourd’hui, c’est vrai qu’il y a l’Organisation nationale des producteurs de café cacao à laquelle la LIDOPA appartient,
mais l’OIA de façon formelle n’a pas encore été mise en place.
Donc nous, notre engagement auprès des producteurs, c’est un sacerdoce.
Donc nous n’attendons pas une OIA pour pouvoir vraiment parler des préoccupations de nos produits.
Au sein de la filière, il y a beaucoup de problèmes comme vous voulez le signifier. Il y a des questions de sacherie brousse, il y a des questions de revalorisation ou même de la renaissance de la culture caféière.

6-A ce niveau, qu’est-ce que vous faites ?

Avec nous-mêmes au niveau de la Ligue Ivoirienne des organisations professionnelles agricoles, nous entreprenons une tournée de sensibilisation d’information auprès des producteurs sur ce que nous avons appelé le programme de relance caféière et cacaoyère.
Vous voyez les grandes régions comme la région de la Nawa qui était la fierté de nos parents a perdu son premier rang de première région productrice de cacao.
Aujourd’hui, la boucle est partie à l’ouest et donc nous, on veut qu’il y ait cette renaissance de la culture caféier et cacaoyère dans nos zones.
Quand vous prenez la région de Bouaflé qui était anciennement une région cacaoyère et caféière,
aujourd’hui l’anarcade a pris le dessus et nos parents convergent vers ces cultures de spéculation
qui sont vraiment plus rentables également.
Il y a les prix qui ont un peu augmenté sur le marché en termes de commercialisation, le café et le cacao aujourd’hui.

7-Est-ce que ça ne peut pas être un motif de motivation de ces producteurs à s’intéresser à la caféiculture ?

Oui, c’est ce que nous allons mettre aussi en avant parce qu’aujourd’hui, avec ce que nous constatons, l’effort fait par le conseil Café Cacao, je le disais tantôt à Yamoussoukro, en 2017, le prix bord champs était à 750 francs.
Aujourd’hui, en 2025, nous sommes à 2200 FCFA . C’est un boum spectaculaire. Pour nous, nous allons mettre cela en avant et dire aux parents que le cacao deviendra dans les cinq prochaines années à venir une denrée rare.
Donc, il faut cultiver le cacao, il faut prendre soin, il faut l’encadrer, il faut s’informer des nouvelles pratiques culturales de telle sorte qu’on puisse présenter un cacao.

8-Cacao de bonne qualité. Vous faites partie des entités au niveau national sur lesquelles comptent les candidats quand il y a des élections. Bientôt, la Côte d’Ivoire ira aux élections, à l’élection présidentielle le 25 octobre 2025. Quand on énonce cette date, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit, vous, en tant que producteur?

Merci bien, cher monsieur. Sur la question, je suis très à l’aide de vous le dire, je suis Kouassi Yamien Jean Michael Armand, je suis fils de paysan, né d’un père agriculteur.
Donc mon papa, n’est pas médecin, n’est pas un architecte, mon papa est un agriculteur, donc je suis un fier héritier de l’agriculture.
Aujourd’hui, nous pouvons le dire, en octobre 2025, il y aura les élections à venir.


Mais nous, en tant que Ligue Ivoirienne des Organisations Professionnelles Agricoles, nous veillerons à ce que les secteurs agricoles ne soient pas les terreaux fertiles des hommes politiques ou des chapelles politiques,
parce que ce que nous constatons, le monde agricole a demeuré toujours, le terreau fertile de ces hommes politiques-là.
Une fois élus, hermétiquement, les portes sont fermées, on n’a plus recours aux agriculteurs, ils vont frapper même à leurs portes, ils n’ouvrent pas.

Donc cette année, la Ligue Ivoirienne des Organisations Professionnelles Agricoles s’intéressera à cette élection présidentielle pour que les préoccupations des agriculteurs soient posées là où il faut.
Nous allons rencontrer chaque chapelle politique et leur présenter leurs préoccupations et la formation politique.
Ce qui présentera de très bonnes offres et de très bonnes perspectives.
Nous allons donner un mot d’ordre pour que nos agriculteurs puissent les voter et une fois votés, nous espérons que leurs préoccupations seront prises en compte.

9-Comment vous comptez mener cette action-là ?

C’est de façon concrète, que je l’ai dit, nous sommes représentés dans 20 régions de production agricole.
De façon concrète, Nous avons des coordonnateurs régionaux, nous avons des délégués départementaux, des structures spécialisées, des secrétaires de section, des secrétaires de base. C’est tout ce vivier-là que nous allons mobiliser pour pouvoir mener notre engagement.

10-Quel serait l’objectif à atteindre ?

L’objectif à atteindre, c’est l’amélioration des conditions de vie et du travail des producteurs.

11-Vous pensez que c’est la précarité chez vous ?

Non, je ne dirais pas que c’est la précarité. Beaucoup a été fait, mais il reste beaucoup à faire. Nous souhaiterons qu’il y ait même un programme d’urgence d’habitat rural, pour que les parents donnent bien dans les maisons de descente. Nous voulons une sécurité sociale, nous voulons que les parents aussi puissent vraiment aspirer à de meilleurs sentiments.

Mais l’une de nos préoccupations également, c’est qu’il y ait la construction d’une université agricole,
où nous allons former les enfants des producteurs à la transformation de nos produits agricoles.
Donc c’est tout ça que nous allons mettre en avant pour pouvoir interpeller.
les hommes politiques. Côte d’Ivoire, premier
pays producteur de cacao au monde.
Il y a la question de la transformation de nos
produits au niveau local, au niveau national.

12-À ce niveau, qu’est-ce que vous souhaiteriez que l’État fasse ou le prochain candidat à l’élection présidentielle
d’octobre 2025 fasse ?

Au niveau de la LIDOPA, nous avons un précieux programme de transformation de nos matières premières. Nous n’attendons pas forcément l’État de Côte d’Ivoire. Nous sommes en train de nous organiser région par région, pour qu’on puisse faire la promotion de la transformation locale de nos matières premières. J’ai vu parler du café cacao, de l’Anarcade, de telle sorte que si le producteur, lui-même prend conscience de ce que la question, de la transformation de nos matières premières estune nécessité, tu vas voir que l’État
s’intéressera à ça et puis bon, on ira très loin parce qu’aujourd’hui,
dès que les matières premières seront transformées, le paysan sera vraiment très à l’aise de pouvoir vraiment faire aisément, la cacao culture ou la café culture.

13-Est-ce que vous avez un appel aujourd’hui à l’endroit des différentes parties prenantes ?

Quand je parle de parties prenantes, je parle de l’État, je parle des producteurs eux-mêmes, je parle des partenaires extérieurs de la Côte d’Ivoire.
Oui, ce que nous pouvons dire, c’est que vous venez d’énumérer l’État, les producteurs, les partenaires, chacun doit jouer son rôle.
Le producteur jouera son rôle, l’État doit jouer son rôle, les partenaires doivent jouer leur rôle, de telle sorte que ces synergies d’action puissent permettre de pouvoir vraiment améliorer les conditions de vie et le cadre du travail.


Merci beaucoup M. Kouassi Yamien, Jean-Michael Armand pour l’entretien.

Merci, c’est moi qui vous remercie et merci de nous avoir donné l’opportunité de pouvoir parler de la question des producteurs.

Propos retranscrits par Josué Koffi

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