Système éducatif Ivoirien : Pr PRAO Yao Séraphin « LA CÔTE D’IVOIRE DOIT S’INSPIRER DES SYSTÈMES ÉDUCATIFS ASIATIQUES »

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Le système éducatif ivoirien n’est pas performant. La publication en 2021 des résultats du Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN 2019 (PASEC) a fait effet d’un électrochoc en Côte d’Ivoire. Selon le rapport, seulement 41 % des élèves de sixième année du primaire étaient au-dessus du seuil suffisant en lecture et seulement 17 % avaient des compétences suffisantes en mathématiques.

Malgré les investissements importants du pays dans son système éducatif, la majorité des filles et des garçons ivoiriens n’acquéraient pas les compétences de base pouvant leur ouvrir les portes d’un avenir meilleur. L’évaluation a mis en lumière des défis importants pour le système éducatif ivoirien, avec par exemple une proportion d’élèves n’atteignant pas le seuil suffisant de compétences en fin de primaire.

La Côte d’Ivoire a initié ses propres transformations, notamment à travers les États Généraux de l’Éducation Nationale et de l’Alphabétisation (EGENA). Ces réformes visent à renforcer les compétences fondamentales (lecture, calcul), à uniformiser les manuels scolaires et à moderniser les programmes. Et pourtant, la Côte d’Ivoire pourrait s’inspirer des systèmes éducatifs asiatiques, dont les performances les placent régulièrement en tête des classements internationaux comme PISA.

Les caractéristiques du système éducatif ivoirien
Le système éducatif ivoirien est directement hérité du modèle français et se caractérise par sa structure laïque, son caractère obligatoire pour les enfants de 6 à 16 ans depuis 2015. Le programme national ivoirien est le système majoritaire en Côte d’Ivoire. Il est structuré autour d’examens nationaux à enjeux forts (CEPE, BEPC, BAC par séries) qui déterminent le passage d’un cycle à l’autre. L’enseignement est en français et met l’accent sur l’acquisition des connaissances et la restitution aux examens. Les écoles publiques sont quasi-gratuites, et les écoles privées proposent des tarifs variés.

La Côte d’Ivoire, comme beaucoup d’autres pays africains, est confrontée à une crise de l’apprentissage.

La pauvreté éducative, c’est-à-dire la proportion d’enfants incapables de lire et de comprendre un texte adapté à leur âge à l’âge de 10 ans, est estimée par la Banque mondiale, l’UNESCO et d’autres organisations à 83%. Mais elle résulte surtout du fait que 95 % des enfants inscrits à l’école primaire pourraient avoir un faible niveau d’apprentissage. Il est impératif d’améliorer la qualité de l’enseignement dispensé dans les écoles.
La scolarisation n’implique pas l’apprentissage, mais le manque d’apprentissage augmente la probabilité d’abandonner l’école. La pauvreté éducative est l’un des facteurs qui contribuent au faible niveau d’instruction. Selon l’Institut de statistique de l’UNESCO (données de l’ISU), le taux d’achèvement de l’enseignement primaire était de 68 % en 2022 pour les filles et de 69 % pour les garçons. Toutefois, les taux d’achèvement du premier cycle de l’enseignement secondaire révèlent une baisse, avec 55,5 % pour les filles et 60,2 % pour les garçons. Les taux bruts de scolarisation dans l’enseignement secondaire révèlent un écart entre les sexes, avec 52 % de filles scolarisées contre 58 % de garçons. Le faible niveau d’éducation, en particulier pour les filles, est dû en partie au nombre relativement élevé de mariages d’enfants et de grossesses précoces. Le taux brut d’inscription dans l’enseignement supérieur était de 9 % pour les femmes en 2020, contre 11 % pour les hommes. 
Concernant l’indice du capital humain, on estime qu’un enfant né aujourd’hui en Côte d’Ivoire n’atteindra que 38 % de son potentiel. Ce chiffre est inférieur à la moyenne de la région de l’Afrique subsaharienne et des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Le capital humain est mesuré comme la valeur actuelle des revenus futurs de la main-d’œuvre, qui dépend à son tour du niveau d’éducation de la main-d’œuvre. Les dernières estimations de la Banque mondiale suggèrent que la richesse en capital humain en Côte d’Ivoire représente 57 % de la richesse nationale. 

Quand les pays asiatiques dominent le classement PISA depuis des années
Le classement PISA 2025, publié en septembre 2026 par l’OCDE, montre une baisse générale des acquis des élèves de 15 ans dans le monde, avec des performances moyennes au plus bas. Mais le classement Pisa 2026 a de nouveau souligné la domination de l’Asie en termes de performance éducative. Les élèves asiatiques sont globalement meilleurs que leurs homologues du reste du globe dans quasiment tous les domaines. Voici les 10 premiers territoires et pays en tête de ce classement mondial : la Chine (les provinces/territoires de Pékin, Shanghai, le Jiangsu et le Zhejiang), Singapour, Macao (région autonome chinoise), Taïwan, le Japon, l’Estonie (qui s’impose comme le premier pays européen), la Corée du Sud, le Royaume-Uni, le Canada et la Nouvelle-Zélande. La moyenne des pays de l’OCDE accuse un net recul, particulièrement marqué en lecture (chute de 14 points en trois ans) et en mathématiques (9 points de moins). La France se situe dans le « ventre mou » de l’enquête internationale, se classant autour de la 27e place en sciences, 28e en compréhension de l’écrit et 33e en mathématiques. Notons que les scores des élèves français continuent de s’éroder par rapport aux éditions précédentes, illustrant des difficultés durables dans les savoirs fondamentaux.

La Côte d’Ivoire ne doit plus suivre le système éducatif français
La France se situe dans la moyenne de l’OCDE pour les enquêtes PISA, mais ces résultats confirment une baisse continue du niveau des élèves de 15 ans, en particulier en mathématiques et en compréhension de l’écrit.

En effet, le niveau global recule de façon structurelle depuis une décennie, marquant une perte cumulative de points en mathématiques, en sciences et en lecture. Plusieurs facteurs expliquent ce décrochage. Nous pouvons citer le manque d’attractivité du métier d’enseignant, qui entraîne d’importantes difficultés de recrutement, ce qui pèse sur l’encadrement et le suivi des élèves. En outre, la formation initiale et continue des enseignants est jugée trop académique et insuffisante sur le plan pratique et pédagogique.

Par ailleurs, il faut noter que les méthodes d’apprentissage jugées trop rigides, combinées à des approches constructivistes parfois mal maîtrisées où l’élève doit chercher seul sans assez de guidage, compliquent la transmission des savoirs fondamentaux. Mieux, les changements dans le rapport à l’autorité, l’attention en classe et l’évolution des pratiques numériques modifient le rapport à l’effort intellectuel et à l’apprentissage. Bien plus, le système français est trop théorique. Or, il est temps de réorienter l’école ivoirienne vers l’enseignement technique, le numérique, l’entrepreneuriat et la formation professionnelle pour répondre aux besoins économiques réels du pays. Non seulement, il faut une réforme endogène et pragmatique mais également copier un modèle occidental ne permet pas de résoudre efficacement les crises structurelles propres à la Côte d’Ivoire, telles que le déficit d’infrastructures en zone rurale ou le décrochage scolaire. Dans le système asiatique, non seulement l’’enseignement subordonne souvent la théorie pure à sa finalité pratique ou technique mais aussi, l’élève est préparé dès le plus jeune âge à décortiquer un problème pour appliquer immédiatement un algorithme ou une méthode de résolution éprouvée (comme le célèbre concours du Gaokao). L’apprentissage repose sur la répétition, l’analogie et la recherche de solutions chiffrées ou logiques exactes, notamment à travers des volumes importants d’exercices de mathématiques et de sciences.

Les raisons de la supériorité et la performance des systèmes éducatifs asiatiques
Les systèmes éducatifs asiatiques se distinguent principalement par une exigence d’excellence académique très forte, un investissement culturel et familial central, et une discipline rigoureuse.

En premier lieu, l’ancrage des valeurs culturelles et sociales. L’asiatique a du respect pour l’autorité. L’enseignant occupe une place centrale de modèle et d’autorité respectée au sein de la classe. Il faut se souvenir que ces pays sont d’inspiration confucéenne, et donc, ont un rapport très privilégié à l’étude, aux valeurs du travail. En outre, il y a bien sûr le respect des traditions, de la hiérarchie et donc des parents et professeurs. Bien plus, la réussite est perçue comme le fruit du travail acharné et de la persévérance plutôt que dépendre du talent inné. La discipline du groupe n’est pas à négliger car le civisme, l’uniforme et les rituels collectifs (exercices physiques du matin, nettoyage de l’école par les élèves eux-mêmes au Japon) renforcent la cohésion. L’apprentissage de la vie en communauté passe par des tâches partagées. Par exemple, les élèves nettoient eux-mêmes leurs salles de classe pour cultiver le respect des lieux et l’autonomie.

En second lieu, la volonté de réussir des enfants. En effet, l’éducation est perçue non pas comme une simple obligation légale, mais comme le projet de toute une famille et un ascenseur social absolu. Mieux, il existe une sorte d’engagement tacite fort entre les enfants et les parents, où la réussite scolaire est une manière d’honorer et de rendre les sacrifices consentis par la famille. Il y a aussi la croyance, naïve ou non, que la réussite scolaire est ouverte à tous de manière égalitaire, et qu’elle permettra à terme d’occuper un bon travail et de se situer en haut de l’échelle sociale. Enfin en Chine, le lien social est fort et la volonté de réussite éducative également avec par exemple le rôle des « mères tigres » comme on les surnomme.

En troisième lieu, le statut et rôle des enseignants. Les asiatiques ont du respect pour les enseignants. En effet, les enseignants bénéficient d’un grand prestige et d’un respect profond de la part des élèves et des parents. En retour, l’efficacité pédagogique est une priorité, et des politiques ciblées permettent parfois d’envoyer les enseignants les plus performants dans les zones ou établissements en difficulté. D’ailleurs, seuls les meilleurs diplômés universitaires peuvent devenir professeurs. À Singapour, par exemple, ils sont recrutés parmi le premier tiers des diplômés. En plus, les enseignants disposent de beaucoup de temps pour collaborer, observer les cours de leurs collègues et perfectionner leurs méthodes pédagogiques.

En quatrième lieu, des méthodes pédagogiques rigoureuses et ciblées. Par exemple, l’approche de Singapour (Mathématiques) repose sur la progression « Concret – Imagé – Abstrait ». On manipule des objets réels avant de passer aux symboles mathématiques, garantissant une compréhension profonde. Le primat est donné à l’apprentissage par maîtrise car aucun élève n’est laissé de côté lors du passage à la notion suivante. Si un groupe ne comprend pas, l’enseignant ajuste le rythme jusqu’à l’assimilation complète du concept. En plus, plutôt que de surcharger les programmes, ces systèmes préfèrent enseigner moins de sujets, mais de manière beaucoup plus approfondie. En outre, l’environnement de classe est calme, ordonné et propice à une attention maximale.

En cinquième lieu, une discipline et un rythme intenses. Les journées scolaires sont nettement plus longues, débutant souvent tôt le matin par des rituels collectifs (salut au drapeau, exercices physiques) et se terminant tard après des études dirigées. Le recours massif au soutien scolaire intensif après l’école (les hagwons en Corée ou les juku au Japon) prolonge la journée d’apprentissage tard dans la soirée. En effet, les cours de soutien le soir ou le week-end sont ancrés dans les mœurs pour maximiser les chances de réussite.

En sixième lieu, la culture de l’examen et la sélectivité. Les examens nationaux sont décisifs avec des épreuves ultra-sélectives comme le Gaokao en Chine, et le Suneung en Corée, qui déterminent l’avenir des jeunes et leur accès aux universités les plus prestigieuses. Ces examens ultra-compétitifs déterminent l’avenir social complet d’un élève en une seule journée. C’est pourquoi la pression pour obtenir les meilleures notes est constante dès le plus jeune âge.

Pr Prao Séraphin

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