Entre les allées animées du Parc des Expositions d’Abidjan, les discours d’ouverture de la 4ᵉ édition du Salon des collectivités territoriales, ce jeudi 15 octobre 2026, ont vite pris l’allure d’un plaidoyer direct adressé au pouvoir central. Réunis jusqu’au 17 octobre autour du thème du transfert de compétences, élus locaux, gouvernants et partenaires au développement partagent le même constat : l’autonomie locale reste une illusion sans ressources financières à la hauteur des enjeux.

Haut patron de la cérémonie, la présidente du Sénat, Kandia Camara, est entrée dans le vif du sujet. Évoquant la gestion quotidienne des routes, des écoles ou de la salubrité publique, elle s’est voulue tranchante : « Une compétence transférée sans les ressources nécessaires à son exercice demeure une promesse inachevée. » Pour la patronne de la chambre haute du Parlement, l’équation est simple : il faut réajuster les moyens financiers et humains accordés aux territoires, tout en renforçant le contrôle. « Plus de moyens appelle plus de transparence, plus de redevabilité », a-t-elle insisté, promettant la présentation prochaine en séance publique du rapport d’évaluation conduit par le Sénat.
Face aux attentes des élus, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général de corps d’armée Vagondo Diomandé, parrain de l’événement, a réaffirmé l’engagement de l’État à approfondir le processus. « Le transfert de compétences ne peut se limiter à une répartition juridique des responsabilités », a-t-il concédé, appelant de son côté les collectivités à mieux planifier leurs actions et à accroître leurs recettes propres.

Du côté des grands regroupements d’élus, l’heure est désormais à l’impatience créatrice. Au nom de l’Union des villes et communes de Côte d’Ivoire (UVICOCI), Amadou Koné a salué les avancées tout en pressant le gouvernement d’agir : près de 14 textes réglementaires, dont les décrets fixant le statut des maires et élus locaux, attendent toujours une signature d’ici la fin de l’année.
Pour Eugène Aka Aouélé, président de l’Assemblée des régions et districts de Côte d’Ivoire (ARDCI), ce salon doit servir d’accélérateur de solutions : « Au nom de l’ARDCI, je réaffirme notre disponibilité à poursuivre, au côté de l’État, les efforts nécessaires à l’approfondissement d’une décentralisation équilibrée, équitable et efficace. »

Pour orchestrer ce rendez-vous, la commissaire générale Penda Dramera vise loin. « Aucun territoire ne peut se développer durablement en restant isolé », rappelle-t-elle. Entre espaces d’affaires, présentations de la cité immersive « Éburnéa » et retours d’expériences avec des délégations venues du Cameroun, du Gabon, du Sénégal, du Tchad ou de Paris avec la présence d’Anne Hidalgo, l’objectif reste d’amorcer des coopérations concrètes.
Au-delà de la tribune officielle, la réussite de ces trois jours de travaux se mesurera à une seule échelle : la capacité à transformer ces appels répétés en budgets réels sur le terrain.
Josué Koffi
