Lutte contre l’orpaillage clandestin : le professeur Prao appelle la Côte d’Ivoire à s’inspirer du modèle ghanéen

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Pour lutter contre l’orpaillage clandestin, la Côte d’Ivoire peut s’inspirer du modèle Ghanéen de régulation publique du secteur aurifère artisanal et le raffinage national

Les réserves aurifères restent pourtant sous-exploitées, puisque le potentiel ivoirien est évalué à 600 tonnes.

En effet, aavec une production de 59 tonnes en 2025, il est attendu 63 tonnes en 2026. Notons que l’or représente déjà 15,3 % des exportations nationales. Cette dynamique est portée par des acteurs de rang mondial tels qu’Endeavour, Allied gold, Perseus Mining ou Resolute Mining.

L’ambition de la Côte d’Ivoire est de devenir premier producteur à l’horizon 2035. Mais, dans le même temps, SWISSAID estimait la production artisanale et à petite échelle du pays entre 30 et 40 tonnes par an, alors que seules quelques centaines de kilogrammes apparaissaient dans les statistiques officielles.

Pour la Banque mondiale, environ 40 tonnes d’or sont sorties illégalement de Côte d’Ivoire en 2022 vers des circuits officiels, particulièrement vers les Émirats arabes unis, en transitant clandestinement par le Mali ou le Burkina Faso.

Un potentiel aurifère incontestable sur le plan africain

La Côte d’Ivoire recèle 35 % du potentiel aurifère de l’Afrique de l’Ouest et abrite des gisements majeurs (comme le projet Koné ou les découvertes importantes dans le département de Doropo).

Le pays héberge 600 tonnes de réserves, dont l’exploitation devrait s’accélérer dans les années à venir.

Le gouvernement vise en effet une production annuelle de 100 tonnes d’ici 2030.

Le métal jaune est le principal produit minier exploité dans la nation éburnéenne, avec une production qui a plus que doublé en 10 ans, passant d’environ 24 tonnes en 2015 à 58 tonnes en 2024.

Une dizaine de mines industrielles sont en activité, dont la plus grande en termes de production est Ity, exploitée par Endeavour Mining.

Avec la mise en service de la mine Lafigué en 2024, cette compagnie exploite deux actifs dans le pays, tout comme Perseus Mining (Yaouré et Sissingué) et Allied Gold (Bonikro et Agbaou).

Selon le rapport ITIE 2022, les exportations d’or provenant de la filière industrielle ivoirienne ont atteint 47,58 tonnes, pour une valeur de 1189 milliards FCFA (environ 2,17 milliards USD).

La Côte d’Ivoire consolide son positionnement stratégique dans l’industrie extractive africaine.

Selon le classement publié le 26 février 2026 par le Fraser Institute, référence internationale en matière d’évaluation des environnements miniers, le pays redevient en 2025, la juridiction la plus attractive d’Afrique de l’Ouest et se hisse à la cinquième place sur l’ensemble du continent.

En intégrant le Top 5 africain en 2025, la Côte d’Ivoire confirme son ambition de devenir un pôle minier majeur sur le continent, dans un cadre institutionnel structuré et orienté vers un développement durable et inclusif.

Une ambition à même d’être contrariée par la non-maitrise de l’exploitation artisanale et semi-industrielle
Les ordres de grandeur donnent une idée des intérêts en jeu.

L’ONG SWISSAID recense seulement 329 kg de production artisanale et semi-industrielle déclarée en 2022, mais retient une estimation de 30 à 40 tonnes par an pour la production artisanale non déclarée au début des années 2020.

Pour la Côte d’Ivoire, l’organisation estime qu’une quantité similaire pourrait quitter clandestinement le pays, principalement via le Burkina Faso et le Mali.

Avec un cours de l’or proche de 4 370 dollars l’once le 18 août, ces 30 à 40 tonnes représenteraient théoriquement entre 4,2 et 5,6 milliards de dollars de métal. S’il ne s’agit ni d’un chiffre d’affaires établi ni d’un bénéfice, cet ordre de grandeur suffit à montrer que la valeur créée ne peut être appréhendée à travers les seuls revenus des travailleurs qui extraient le minerai pendant des années sans s’enrichir réellement.

Une grande partie de l’or issu de l’orpaillage artisanal s’échappe par des circuits de contrebande, privant l’État de recettes fiscales cruciales.

En effet, l’orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire représente un manque à gagner fiscal estimé à plus de 744 milliards de FCFA par an pour l’État.

Selon les données communiquées par les autorités minières, environ 142 tonnes d’or pur s’évanouissent chaque année à travers des réseaux de contrebande internationaux, principalement vers des centres de négoce mondiaux comme Dubaï.

Cette fuite massive de capitaux, estimée à une valeur marchande de plus de 4 600 milliards de FCFA, dépasse largement les volumes déclarés par le secteur industriel officiel.

Sur le plan environnemental, l’orpaillage clandestin et l’usage incontrôlé de produits chimiques provoquent une crise environnementale et sanitaire majeure en Côte d’Ivoire.

Le mercure et le cyanure, massivement utilisés pour extraire l’or, empoisonnent durablement les écosystèmes et menacent la vie des populations locales. En premier lieu, nos eaux sont polluées car le mercure se transforme dans l’eau en méthylmercure, un poison violent qui s’accumule dans la chair des poissons.

En mangeant ces poissons, les populations développent de graves troubles neurologiques et des malformations congénitales.

En second lieu, nos terres agricoles sont aussi détruites car les sols décapés par les machines perdent leur couche arable, donc la plus fertile. Les produits chimiques rendent la terre stérile pour des décennies. Des milliers d’hectares de plantations de cacao sont détruits ou contaminés, mettant en péril l’agriculture familiale et les exportations.

En troisième lieu, nous assistons à la dégradation des forêts et des paysages. En effet, pour accéder aux gisements, les arbres sont abattus sans distinction, accélérant la disparition de la forêt ivoirienne.
Rappelons que le pays a déjà perdu plus de 90 % de son couvert forestier.

En quatrième lieu, le climat d’insécurité devient grandissant. En effet, les sites d’orpaillage clandestin échappant au contrôle de l’État deviennent parfois des zones de non-droit, avec le développement du banditisme, des conflits communautaires et des risques d’infiltration sécuritaire.

Un arbitrage à faire entre l’exploitation industrielle et l’industrie artisanale et semi-artisane
L’équation ne se limite toutefois pas aux seules capacités industrielles. L’or artisanal et semi-industriel occupe également une place importante dans la stratégie ivoirienne. Pour la Côte d’Ivoire, qui estime son potentiel aurifère à 600 tonnes d’or, ces différents éléments témoignent d’une accélération de la filière. Ils ne garantissent toutefois pas encore la concrétisation de l’ambition affichée par l’État.

Pour atteindre le niveau actuel de production du Ghana, Abidjan devrait, par exemple, plus que tripler sa production actuelle. L’ex-Gold Coast a produit 6 millions d’onces d’or en 2025, soit 186,6 tonnes, et anticipe encore cette année une progression autour de 6,5 millions d’onces. Au Ghana, en 2025-2026, l’exploitation minière artisanale et à petite échelle, souvent assimilée au secteur semi-industriel, représente désormais 52,4 % de la production totale d’or du Ghana. En effet, en 2025, la production d’or artisanal et à petite échelle au Ghana a atteint un record historique de 104 tonnes (environ 3,11 millions d’onces), dépassant pour la première fois les mines industrielles du pays qui ont totalisé 2,83 ou 2,9 millions d’onces (environ 82,21 tonnes).

En 2025, la production d’or artisanal et à petite échelle a généré près de 11 milliards de dollars en devises étrangères pour le pays, contre environ 9 milliards pour le secteur industriel.

En plus, le secteur fait vivre une part massive de la population. Il emploie directement plus d’un million de personnes et soutient indirectement environ 4,5 millions de Ghanéens.

L’État ivoirien cherche aujourd’hui un équilibre à travers la formalisation et l’encadrement (notamment via le Code minier et les plans d’action nationaux pour l’orpaillage et l’artisanat).

L’objectif est de réserver des zones spécifiques aux nationaux (autorisations de 25 à 100 hectares pour le semi-industriel) tout en canalisant la production vers des circuits responsables, conciliant ainsi croissance économique globale et paix sociale.

Le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Sangafowa-Coulibaly, a réaffirmé le 9 juin 2026, la volonté du gouvernement de renforcer la participation des investisseurs ivoiriens au financement du secteur minier, en vue de favoriser une meilleure redistribution des richesses tirées de l’exploitation des ressources naturelles.

Le ministre l’a notamment illustré à travers l’opérationnalisation en cours de la Société ivoirienne des métaux précieux (SIMEP), qu’il présente comme un « maillon clé de la rationalisation et de la promotion de la petite mine ».

L’entité sera notamment chargée d’exploiter des mines semi-industrielles, de piloter le comptoir national d’achat d’or et de contribuer à la transformation locale de l’or ainsi qu’à sa commercialisation.

La Côte d’Ivoire peut s’inspirer du modèle ghanéen

L’écart à combler donne ainsi une mesure de l’ampleur du défi pour la Côte d’Ivoire. Mais au-delà des seuls volumes produits, le véritable enjeu pour Abidjan sera de maintenir les conditions favorables à la poursuite et à l’accélération des investissements dans le secteur aurifère, tout en améliorant la régulation d’une filière artisanale dont une partie des volumes échappe encore aux circuits officiels. Pour ce faire, le pays peut s’inspirer du modèle adopté par le Ghana.

Il est fondé sur les piliers suivants.
Le premier est la création en mai 2025, d’un régulateur unique, le Ghana Gold Board (GoldBod). Son rôle est d’encadrer l’achat et la commercialisation de l’or issu des petits exploitants.

L’institution a pour ambition d’acquérir chaque semaine 2,45 tonnes d’or auprès de ces acteurs, des volumes destinés à renforcer les réserves nationales.

En dehors de la centralisation des achats, l’institution publique doit formaliser le marché artisanal et couper les circuits de contrebande vers l’étranger, notamment vers Dubaï.

L’objectif affiché par le gouvernement est d’intégrer 127 tonnes d’or artisanal par an dans les circuits officiels. Le GoldBod a annoncé travailler sur un plan d’un milliard de dollars pour développer 300 petites mines dites « responsables ».

En offrant des canaux de rachat officiels, sécurisés et compétitifs, le gouvernement ghanéen a incité les mineurs à déclarer leurs volumes plutôt qu’à alimenter le marché noir. Rien qu’au premier semestre 2026, plus de 54 tonnes ont déjà été captées via ce système.

Le deuxième pilier est le raffinage local obligatoire. Le Ghana impose le raffinage local de l’or avant toute exportation. Le Gold Board a noué un partenariat stratégique avec la raffinerie locale Gold Coast Refinery (soutenue par le géant sud-africain Rand Refinery) pour traiter l’or des petits exploitants directement sur place. Ainsi, le Ghana cherche à capter la plus grande valeur ajoutée de l’industrie aurifère.

Depuis le 1er septembre, 2026, le métal jaune issu de l’Exploitation minière artisanale et à petite échelle (ASM) doit être raffiné localement avant toute exportation. En convertissant l’or brut en lingots d’une pureté de 99,99 % directement à Accra, l’État s’assure un contrôle total sur les volumes finaux exportés et renforce ses propres réserves de change.

Le troisième est la formalisation des « Galamsey » (Orpailleurs informels). Le « secret » de la formalisation réussie des Galamsey (orpailleurs informels ou clandestins) au Ghana réside dans une transition majeure : l’abandon de la seule répression militaire au profit d’une approche intégrée, technologique et décentralisée. En effet, les campagnes militaires répétées ont échoué parce qu’elles s’attaquaient aux symptômes plutôt qu’aux causes socio-économiques.

Face à une crise écologique majeure menaçant l’eau potable et l’agriculture, le gouvernement ghanéen a réorienté sa stratégie autour de plusieurs piliers stratégiques.

D’abord la transformation des mineurs informels en acteurs légaux à travers des coopératives minières communautaires (Community Mining Schemes).

Pour permettre l’accès aux permis, les procédures administratives ont été alléguées pour réduire la bureaucratie nationale qui bloquait les petits mineurs.

Ces coopératives intègrent des modèles d’actionnariat local où les chefs traditionnels et les résidents bénéficient directement des dividendes, coupant ainsi l’herbe sous le pied des réseaux de contrebande.

Ensuite, le suivi numérique et le géofencing des équipements. Pour forcer l’enregistrement des volumes et cartographier les gisements gérés illégalement, le Ghana utilise des drones couplés à l’intelligence artificielle. L’un des secrets opérationnels majeurs est le contrôle strict des excavatrices et des machines lourdes.

Le gouvernement a mis en place un système d’immatriculation et de suivi numérique par GPS. Grâce au geofencing (barriérage virtuel), la Commission des minéraux peut détecter instantanément si une excavatrice quitte la concession légale pour laquelle elle a été enregistrée afin d’opérer illégalement dans des zones protégées ou des cours d’eau.

Ainsi donc, les images aériennes analysées par la Commission des minerais permettent d’identifier les sites clandestins en temps réel et d’obliger les exploitants à régulariser leur situation (et donc leur production) sous peine de saisie de matériel.

Ensuite, la surveillance de proximité par les « Blue Water Guards ». Rompant avec l’utilisation ponctuelle de l’armée, l’État déploie la stratégie des Blue Water Guards.

Il s’agit d’unités de surveillance permanentes et communautaires, formées et intégrées directement au sein des districts miniers. Leur rôle est d’assurer un monitoring continu des cours d’eau (comme les fleuves Pra, Ankobra ou Tano) et de fournir des renseignements en temps réel pour empêcher le retour des mineurs clandestins. Par la suite, le ciblage des financiers et de la chaîne d’approvisionnement. La formalisation s’attaque désormais au sommet de la pyramide.

Des initiatives coordonnées par le secrétariat national (NAIMOS) ne visent plus seulement les creuseurs sur le terrain, mais traquent activement les acheteurs illégaux, les réseaux étrangers, notamment l’influence de capitaux chinois et les influenceurs politiques qui fournissent les capitaux nécessaires à la mécanisation sauvage du secteur.

Enfin, la création d’un acheteur d’or public unique. Pour inciter les mineurs à entrer dans la légalité, le Parlement ghanéen s’appuie sur une régulation stricte du commerce de l’or par des entités étatiques. L’État garantit le rachat de l’or à un pourcentage élevé et équitable du prix du marché mondial, éliminant ainsi les intermédiaires exploitants et sécurisant la traçabilité complète du minerai.

Le quatrième est le soutien technique. À travers des partenariats comme planetGOLD Ghana, le gouvernement fournit des technologies de traitement modernes et sans mercure, rendant l’activité semi-industrielle plus productive, propre et facile à tracer.

En effet, le projet planetGOLD Ghana vise à minimiser les risques liés à l’utilisation du mercure dans le EMAPE Ce projet vise à renforcer le secteur en améliorant la gestion des produits chimiques et en éliminant les risques de pollution, tout en favorisant l’inclusion financière et la transition vers l’économie formelle.

Il a pour objectif de consolider les capacités nationales et locales afin d’améliorer la conformité du Ghana à la Convention de Minamata, conformément aux politiques nationales environnementales et de formalisation, et en soutenant les plateformes internationales relatives à la réduction du mercure, aux chaînes d’approvisionnement responsables et à la gouvernance des ressources minérales.
Le cinquième reste le patriotisme économique et l’exclusion des étrangers.

Pour protéger ses ressources et maximiser les retours intérieurs, le cadre légal ghanéen a été profondément durci aux profils des nationaux. L’exploitation artisanale et à petite échelle est désormais strictement réservée aux citoyens ghanéens. Les investisseurs ou intermédiaires étrangers n’ont plus le droit d’opérer directement sur les petits sites.

En outre, la sous-traitance est nationalisée. Ainsi, la Commission des mines impose aux multinationales industrielles, comme Newmont ou AngloGold Ashanti, de transférer progressivement leurs contrats d’exploitation à ciel ouvert à des entreprises 100 % locales.

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