Des premières analyses en laboratoire révèlent des résultats encourageants sur la qualité et la sécurité de cette tisane traditionnelle, ainsi que sur ses effets contre des cellules cancéreuses. Des recherches complémentaires restent toutefois nécessaires pour confirmer son efficacité thérapeutique.

Commercialisé et consommé en Côte d’Ivoire pour soulager diverses pathologies, notamment le cancer, le diabète et l’insuffisance rénale, le « Zézépagnon » est désormais sous le regard des scientifiques. Le 14 octobre, à l’Institut national de santé publique (INSP) d’Adjamé, le docteur Richard Sawadogo a présenté des résultats expérimentaux inédits sur cette préparation traditionnelle, à l’occasion du 47e Congrès annuel de la Société ouest-africaine de pharmacologie, couplé à la 2e Journée de pharmacologie et de la pharmacovigilance.
Mis au point par le professeur ivoiro-américain Alain Tagro Kalou, le « Zézépagnon » ne disposait pas, jusqu’ici, de données scientifiques suffisamment documentées pour établir sa sécurité d’emploi et son efficacité thérapeutique. Pour apporter des éléments de réponse, une équipe de chercheurs a entrepris une série d’analyses en laboratoire, notamment au Laboratoire national de santé publique de Ouagadougou.
Chercheur sénior à l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) de Ouagadougou et chercheur associé au Tang Center for Herbal Medicine Research de l’Université de Chicago, aux États-Unis, le docteur Richard Sawadogo a détaillé les résultats obtenus.
« Les conclusions sur ce volet sont rassurantes : la tisane est propre à la consommation et respecte les spécifications et normes de qualité fixées par la pharmacopée européenne », a-t-il expliqué, à propos des contrôles microbiologiques et physico-chimiques réalisés sur les échantillons.
Les investigations ont également porté sur la toxicité aiguë du produit chez l’animal, suivant les lignes directrices de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
« Aucun signe de toxicité aiguë n’a été observé chez des souris suivies pendant 14 jours, après administration d’une dose unique de 2 000 mg par kilogramme de poids corporel. Aucun décès n’a été enregistré durant cette période », a indiqué le chercheur.
Ces résultats préliminaires situent la dose létale médiane au-delà de 2 000 mg/kg dans les conditions de l’essai. Ils ne suffisent cependant pas à garantir l’innocuité du produit chez l’homme, notamment en cas d’utilisation prolongée.
L’autre volet des travaux concerne les effets des extraits du « Zézépagnon » sur des cellules cancéreuses cultivées en laboratoire. Selon Richard Sawadogo, les essais ont révélé une inhibition accrue de leur viabilité lorsque la concentration de l’extrait augmentait.
« Plus la concentration du remède augmente, plus les cellules cancéreuses sont freinées », a-t-il résumé.
Les chercheurs ont notamment observé des effets sur des cellules cancéreuses du côlon, du sein et de la prostate, sans toxicité détectée sur les cellules normales dans les conditions expérimentales étudiées.
Ces résultats ne constituent toutefois pas une preuve de guérison ni une validation du « Zézépagnon » comme traitement anticancéreux chez l’être humain.
Aux côtés de Richard Sawadogo, Compaoré-Coulibaly Adjaratou, Yi Zhu, Tong-Chuan He et Chan-Su Yuan ont participé aux expérimentations. Les recherches doivent se poursuivre avec une étude de toxicité à doses répétées sur 28 jours et des travaux destinés à mieux comprendre les mécanismes d’action du produit.
Pour le chercheur, la valorisation de la pharmacopée africaine représente une occasion de stimuler l’innovation scientifique et de développer des solutions adaptées aux besoins sanitaires des populations.
Le « Zézépagnon » franchit ainsi une première étape dans son évaluation scientifique. Reste désormais à déterminer si les résultats observés en laboratoire pourront, à terme, se traduire par un bénéfice thérapeutique démontré chez l’homme.
Josué Koffi
