Face à la progression de la résistance aux antibiotiques, les médecins généralistes ivoiriens entendent renforcer leur rôle dans la préservation de l’efficacité des traitements. Réunis autour de cette préoccupation, les membres de la Société ivoirienne de médecine générale et de médecine de famille (SIMGF) organisent leur deuxième congrès annuel, du 30 au 31 octobre 2026, au Club municipal de Cocody, à Abidjan. Plus de 1 000 médecins généralistes sont attendus à cette rencontre scientifique consacrée à la place de l’antibiothérapie dans la pratique médicale.

Le médecin généraliste au cœur du dispositif sanitaire
Lors de la conférence de presse organisée le 29 octobre, le Dr Yapo Raoul, vice-président de la SIMGF, a rappelé l’importance de cette rencontre pour l’amélioration des soins de proximité. Créée le 27 mai 2023, la société savante ambitionne notamment de renforcer les compétences des praticiens et de promouvoir une médecine générale adaptée aux besoins des populations.
« Prescrire un antibiotique lorsqu’il est nécessaire est un acte médical important, mais savoir ne pas le prescrire lorsqu’il n’est pas indiqué est tout aussi essentiel », a-t-il souligné, insistant sur la responsabilité du praticien face aux prescriptions injustifiées.
Pour le responsable, cette deuxième édition doit permettre d’actualiser les connaissances des médecins et de traduire les recommandations scientifiques en décisions médicales plus sûres.
L’antibiorésistance, une menace silencieuse

Président du comité d’organisation, le Dr Coba Prosper a, pour sa part, attiré l’attention sur les conséquences d’un usage inapproprié des antibiotiques. Selon lui, le médecin généraliste, souvent premier interlocuteur du patient, occupe une position stratégique dans la lutte contre ce phénomène.
« Les antibiotiques sont comme un trésor précieux mais fragile. Si nous les utilisons avec sagesse aujourd’hui, nous l’offrirons à nos enfants et petits-enfants », a-t-il déclaré.
Il a également plaidé pour une prescription raisonnée, fondée sur la distinction entre infections virales et bactériennes, le choix du traitement adapté, le respect des doses et de la durée prescrite, ainsi que le suivi des patients. La formation continue des praticiens et la sensibilisation du grand public figurent parmi les pistes avancées.
Une approche qui dépasse le cadre médical

Présidente du comité scientifique, le Dr Gbonon Valérie a rappelé que la résistance aux antimicrobiens constitue un problème de santé publique qui exige une mobilisation collective. Forte de près de trente années d’expérience dans ce domaine, elle a insisté sur la nécessité d’associer les secteurs humain, animal et environnemental.
« Si la lutte reste au niveau humain, on n’aura pas gagné la bataille », a-t-elle averti, évoquant notamment l’utilisation des antibiotiques chez les animaux et les risques liés à la contamination de l’environnement.
Le programme prévoit des communications sur les infections courantes, les interactions médicamenteuses, les populations particulières et les nouvelles recommandations, ainsi qu’un atelier de formation.
Des recommandations attendues à l’issue des travaux

Le Dr Bamidélé Sikirou, chargé de communication de la SIMGF, accompagne la mobilisation autour de cette rencontre qui entend fédérer les professionnels de santé et renforcer la diffusion des bonnes pratiques.
Au terme des travaux, les échanges devront contribuer à dégager des recommandations pour améliorer la prescription des antibiotiques et consolider la qualité des soins en Côte d’Ivoire.

Car derrière chaque ordonnance se joue un enjeu qui dépasse le cabinet médical : préserver aujourd’hui l’efficacité des antibiotiques pour que les générations futures puissent encore compter sur eux.
Josué Koffi

