Avec 47 artistes issus principalement d’Afrique et d’Europe, la 9ᵉ Biennale internationale des arts d’Abidjan entend faire de la création un espace de dialogue entre les cultures. Placée sous le thème « Art et création », cette édition placée sous la présidence de Patrick Remarck, ministre de la Culture et de la Francophonie, met le Maroc à l’honneur et prévoit notamment une immersion dans les plantations de cacao du Moronou, ainsi qu’un salon consacré aux arts naïfs.
Abidjan s’apprête à renouer avec l’effervescence des arts visuels.
Du 2 au 20 décembre 2026, la capitale économique ivoirienne accueillera la 9ᵉ Biennale internationale des arts d’Abidjan, un rendez-vous qui réunira 47 artistes venus d’une vingtaine de pays, principalement d’Afrique et d’Europe. Le Maroc, dont la délégation comptera huit artistes, sera le pays invité d’honneur de cette manifestation initiée par le peintre ivoirien Augustin Kassi.
Créée en 1998, la biennale a connu des interruptions liées aux crises politico-militaires qui ont secoué la Côte d’Ivoire. Relancée en 2012, elle poursuit depuis son ambition de faire de l’art un vecteur de rencontres, de circulation des œuvres et de rapprochement entre les peuples. Pour cette nouvelle édition, les organisateurs entendent consolider cette vocation internationale en multipliant les espaces d’exposition et les occasions d’échanges entre artistes, professionnels du secteur et grand public.

Le Maroc, au cœur des échanges culturels
Le choix du Maroc comme pays invité d’honneur traduit la volonté des organisateurs de renforcer les passerelles entre l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Nord. Huit artistes marocains prendront part à cette édition, qui comptera également des participants venus notamment de la République du Congo (Rdc), du Rwanda, du Cameroun, du Nigeria, du Bénin, du Togo, du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Sénégal. L’Algérie fera également son entrée dans cette programmation, aux côtés de représentants européens, notamment des Pays-Bas et de l’Autriche.
Les festivités s’ouvriront par un vernissage à la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire, au Plateau, consacré à la délégation marocaine. Le même soir, le salon officiel réunira l’ensemble des artistes participants. Le lendemain, le 3 décembre, une exposition personnelle d’Augustin Kassi est annoncée à la Rotonde des arts contemporains.
Au-delà de la présentation des œuvres, la biennale ambitionne de favoriser les échanges entre créateurs, critiques d’art, galeristes et responsables de centres culturels. L’enjeu est de permettre aux artistes ivoiriens et africains de découvrir d’autres scènes artistiques, tout en ouvrant aux participants étrangers une meilleure connaissance des réalités culturelles du pays hôte.

Le cacao comme matière artistique
L’une des particularités de cette édition réside dans l’ouverture de la programmation aux territoires et aux activités qui façonnent l’identité économique et sociale de la Côte d’Ivoire, le pays hôte. Les artistes prendront ainsi part à une immersion dans la région du Moronou, connue pour sa production cacaoyère. Cette rencontre avec les planteurs et les travailleurs de la terre donnera lieu à un atelier de création autour du cacao. Au contact des producteurs et de leur environnement, les artistes seront invités à observer les gestes, les paysages et les réalités quotidiennes de cette filière emblématique du pays, puis à les traduire dans leurs œuvres.



L’initiative entend ainsi rapprocher la création contemporaine du monde rural et donner une dimension sociale à la manifestation. Le résultat de ce travail doit faire l’objet d’une présentation à l’Institut français. La date de cette exposition reste toutefois à préciser, les indications recueillies lors de l’entretien sur son calendrier étant contradictoires.

Les arts naïfs retrouvent leur place
Autre temps fort annoncé : le retour au premier plan des arts naïfs. Historiquement issue de la Biennale internationale des arts naïfs, la manifestation a progressivement élargi son champ pour accueillir toutes les formes d’expression artistique. Cette évolution, si elle a permis de diversifier les disciplines et les sensibilités représentées, a aussi suscité, selon Augustin Kassi, le sentiment d’un recul de la place accordée aux artistes naïfs.
Pour y remédier, un salon spécifique sera organisé à la Fondation Amadou Hampâté Bâ. Il sera consacré aux arts naïfs et populaires, dans un cadre placé sous le signe de l’hommage à l’écrivain et ethnologue ivoirien Amadou Hampâté Bâ.
Cette initiative vise à préserver la visibilité d’une expression artistique qui puise souvent dans les imaginaires populaires, les traditions et les expériences quotidiennes. Elle rappelle également que l’ouverture de la biennale à de nouvelles formes de création ne signifie pas l’abandon de ses racines.

« Art et création », un thème transversal
Placée sous le thème « Art et création », cette neuvième édition entend interroger la capacité des artistes à renouveler leurs pratiques et à proposer de nouveaux regards sur le monde. La créativité, défendue par les organisateurs comme une nécessité aussi bien dans les arts que dans la vie quotidienne, servira de fil conducteur aux expositions, ateliers et conférences programmés.
À travers cette thématique, la biennale souhaite encourager les échanges d’expériences et la réflexion sur les formes contemporaines de création. Elle entend aussi montrer que l’innovation culturelle ne se limite pas aux techniques ou aux supports artistiques, mais se nourrit de la rencontre entre les personnes, les territoires et les traditions.

Un appel au soutien des autorités
À quelques semaines de l’ouverture, Augustin Kassi appelle les autorités ivoiriennes à accompagner davantage cette manifestation. Des démarches ont été entreprises auprès de plusieurs responsables, mais l’initiateur de la biennale espère une mobilisation plus forte en faveur d’un événement qu’il considère comme un instrument de rayonnement culturel.

Pour lui, les rencontres artistiques constituent un moyen de rapprocher des populations d’horizons différents, de renforcer la connaissance mutuelle et de favoriser la coopération. Le partenariat avec le Maroc occupe, à cet égard, une place particulière. Le dynamisme culturel de ce pays, marqué notamment par ses festivals et ses institutions muséales, représente une occasion de développer des échanges durables avec les artistes ivoiriens et, plus largement, subsahariens.
Au-delà de la succession des vernissages, la 9ᵉ Biennale internationale des arts d’Abidjan entend ainsi défendre une ambition : faire de la culture un espace de dialogue et de circulation des idées, mais aussi un levier de rapprochement entre les peuples. Reste à savoir si le soutien institutionnel espéré permettra à cette ambition de prendre toute son ampleur.

