Face à la progression de l’antibiorésistance et aux risques liés à l’utilisation abusive des antibiotiques, les médecins généralistes ivoiriens entendent renforcer leurs pratiques. La Société ivoirienne de médecine générale et de médecine de famille (SIMGF) a ouvert, ce vendredi 30 octobre 2026, la deuxième édition de son congrès annuel au Club municipal de Cocody, autour du thème : « La place de l’antibiothérapie dans la pratique médicale du médecin généraliste ».

Durant 2 jours, professionnels de santé, universitaires et experts échangent sur les conditions d’une prescription adaptée des antibiotiques, un enjeu devenu majeur pour la qualité des soins et la protection de la santé publique.
La prescription des antibiotiques au cœur des préoccupations
Pour la présidente de la SIMGF, Dr N’Cho Dyane Christelle, le choix de ce thème répond directement aux réalités rencontrées dans les cabinets médicaux. Elle déplore notamment le recours fréquent à l’automédication et les prescriptions parfois inappropriées.

« Nous nous sommes rendu compte qu’il y a beaucoup de prescriptions d’antibiotiques. Lorsque les personnes sont malades, au lieu de consulter directement un médecin, elles vont prendre des médicaments en pharmacie. Cela favorise les résistances », a-t-elle expliqué.
La responsable de la société savante insiste sur la nécessité de mieux encadrer les prescriptions, mais également de sensibiliser les patients. « Il faut savoir quand prescrire, comment prescrire, à quelle dose et pour quelle durée. Arrêter un antibiotique avant la fin du traitement ou en prendre lorsqu’il n’est pas nécessaire favorise les résistances », a-t-elle averti.
La SIMGF veut renforcer les compétences des généralistes

Revenant sur le parcours de la société savante, Dr N’Cho Dyane Christelle a rappelé que le premier congrès, organisé les 28 et 29 août 2025, avait mis en lumière la place du médecin généraliste dans la pyramide sanitaire.
Cette 2 éme édition entend approfondir cette réflexion à travers des communications consacrées aux infections fréquentes, aux associations d’antibiotiques, aux populations particulières, aux interactions médicamenteuses et aux nouvelles recommandations.
Marraine de la cérémonie, Euphraise Yao a, pour sa part, élargi le débat à la dimension sociale de la santé. Elle a notamment plaidé pour une meilleure prise en compte des réalités des patients dans les pratiques médicales.

« La santé ne saurait être réduite au seul traitement de la maladie. Elle implique une approche globale de la personne, attentive à ses conditions de vie, à sa dignité et à son environnement social », a-t-elle souligné.

Elle a également encouragé les médecins à intégrer davantage les questions de genre et d’égalité dans leurs approches thérapeutiques, estimant que les conditions économiques, les responsabilités familiales et les normes sociales influencent l’accès aux soins.
Le ministère appelle à une responsabilité collective
Représentant le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre Dimba, Ehui Louis Benoît a salué cette initiative qui participe au renforcement des compétences des professionnels de santé.
Il a rappelé que l’antibiorésistance constitue une menace majeure pour les systèmes sanitaires et que l’automédication, la surconsommation et le non-respect des traitements contribuent à son aggravation.

« Un antibiotique ne doit être prescrit que lorsqu’il est médicalement indiqué, dans le respect des recommandations scientifiques et des bonnes pratiques professionnelles », a-t-il insisté.
Il a par ailleurs mis en avant le rôle stratégique du médecin généraliste, premier interlocuteur de nombreux patients et acteur essentiel de l’éducation sanitaire.
Des recommandations attendues
Les travaux, qui s’achèveront le samedi 31 octobre 2026, devront déboucher sur des recommandations destinées à améliorer les pratiques médicales et à renforcer la lutte contre l’antibiorésistance.



À travers cette 2 éme édition, la SIMGF entend rappeler qu’une prescription responsable ne protège pas seulement le patient qui consulte aujourd’hui. Elle contribue également à préserver l’efficacité des antibiotiques pour les générations futures.
Josué Koffi
