Vingt-quatre ans après le 2 octobre 2002, une question demeure essentielle : que voulons-nous transmettre aux générations qui n’ont pas connu les événements de cette période ?
Le 2 octobre 2002, alors que la Côte d’Ivoire traversait une période particulièrement difficile, Charles Blé Goudé prenait l’initiative d’une importante mobilisation populaire. Cette mobilisation a profondément marqué une partie de la jeunesse ivoirienne et inscrit son nom dans une séquence importante de notre histoire politique.
Avec le recul, cette date peut être regardée autrement.
Il ne s’agit plus seulement de se souvenir d’une mobilisation. Il s’agit de réfléchir à la valeur qu’elle peut aujourd’hui contribuer à transmettre : la capacité de la jeunesse à s’engager pour ses convictions tout en faisant de la non-violence un principe d’action.
Une initiative devenue une référence
L’histoire retient les hommes et les femmes qui, à certains moments, prennent l’initiative et entraînent autour d’eux une partie de la société.
Charles Blé Goudé fut l’un de ces acteurs le 2 octobre 2002.
Mais une initiative historique ne prend tout son sens que lorsqu’elle permet aux générations suivantes de réfléchir à leur propre responsabilité.
Au fil des années, Charles Blé Goudé a placé dans son discours une importance croissante sur le refus de la violence, le dialogue et la participation électorale. En 2026, il s’est notamment présenté comme « le partisan des urnes ».
À Issia, en juillet 2026, il a également appelé à des élections sans violence et à l’arrêt des discours susceptibles de nourrir la haine.
Ces prises de position donnent aujourd’hui une dimension particulière à la commémoration du 2 octobre.
La non-violence comme héritage
La non-violence ne signifie pas l’absence de convictions.
Elle signifie au contraire que l’on peut défendre fermement ses idées sans considérer celui qui pense autrement comme un adversaire à combattre par la force.
Elle signifie que la mobilisation citoyenne peut être forte sans être violente.
Elle signifie que le désaccord peut être profond sans devenir une haine.
Elle signifie enfin que la conquête du pouvoir doit s’inscrire dans le cadre des mécanismes démocratiques.
C’est dans cette perspective que le message porté aujourd’hui par Charles Blé Goudé peut dépasser sa propre personne.
Une valeur n’appartient jamais définitivement à celui qui l’a portée. Elle devient véritablement un héritage lorsqu’une nouvelle génération choisit de l’adopter.
Aux partis politiques : former des citoyens avant de former des militants
Les partis politiques ont ici une responsabilité importante.
La mobilisation politique fait partie de la démocratie. Mais elle doit toujours s’accompagner de responsabilité.
Les militants doivent pouvoir défendre leurs convictions sans violence, écouter l’adversaire, accepter la contradiction et privilégier les voies pacifiques lorsque survient un désaccord.
Les responsables politiques ont également le devoir de rappeler que, derrière chaque appartenance politique, il y a d’abord un citoyen et un compatriote.
La compétition électorale peut être intense. Elle ne devrait jamais empêcher les Ivoiriens de continuer à vivre ensemble.
À la jeunesse : soyez la génération du dépassement
La génération qui arrive n’a pas à reproduire les affrontements du passé.
Elle doit connaître l’histoire, mais elle doit également être capable de la dépasser.
Elle doit pouvoir s’engager politiquement sans haine.
Elle doit pouvoir manifester pacifiquement.
Elle doit pouvoir défendre un candidat sans dénigrer ceux qui en soutiennent un autre.
Elle doit pouvoir accepter le choix des urnes et utiliser les mécanismes démocratiques pour exprimer ses désaccords.
La jeunesse ne doit pas être seulement une force de mobilisation. Elle doit devenir une force de responsabilité.
Le véritable sens du 2 octobre
Vingt-quatre ans après, reconnaître à Charles Blé Goudé son rôle d’initiateur de la mobilisation du 2 octobre 2002, c’est reconnaître une page de notre histoire.
Mais le meilleur hommage à cette initiative serait de permettre à la valeur qu’elle a contribué à porter de continuer son chemin.
De l’homme vers la société.
De la mobilisation vers la responsabilité.
De la mémoire vers l’avenir.
Charles Blé Goudé a marqué une génération par son engagement. À la génération suivante de montrer que l’engagement peut désormais se conjuguer avec la non-violence, le dialogue et le respect du choix des citoyens.
C’est ainsi que le 2 octobre 2002 peut devenir plus qu’une date de mémoire : une invitation à construire une Côte d’Ivoire où les convictions se confrontent par les idées et où le choix du pouvoir appartient aux citoyens à travers les urnes.
Dr Jean Cardino Zakpa
Expert en sociologie politique des conflits

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