De 284 villages délimités et bornés en 2017 à 5 786 aujourd’hui, la Côte d’Ivoire accélère sa marche vers la sécurisation foncière. Cette progression chiffrée a été mise en avant, lundi 5 octobre 2026, à l’ouverture de la première édition des Journées Foncières d’Abidjan (JFA 2026), au Parc des Expositions d’Abidjan-Port-Bouët.

Placées sous le haut patronage du Vice-Premier ministre, ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, les JFA 2026 se tiennent jusqu’au 7 octobre autour du thème : « La sécurisation foncière, facteur de cohésion sociale et levier pour l’investissement productif, la création d’emplois et le développement durable ».
À l’ouverture des travaux, Téné Birahima Ouattara a rappelé que la terre dépasse largement sa dimension économique. « La terre est bien plus qu’un simple bien économique, elle constitue un élément essentiel de développement, de paix et de cohésion sociale », a-t-il déclaré.
Pour le Vice-Premier ministre, la sécurisation des droits, l’accès à la terre, l’urbanisation et la prévention des conflits constituent autant de défis qui nécessitent de rapprocher pratiques coutumières et droit moderne. Il préconise, à cet effet, une gouvernance foncière fondée sur « la sécurité juridique, la transparence et la digitalisation ».
Co-président de la cérémonie, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a présenté les résultats enregistrés depuis 2017.
« En 2017, notre pays ne comptait que 284 villages délimités et bornés, 4 000 certificats fonciers délivrés et aucun contrat agraire signé », a-t-il rappelé.
Depuis, les indicateurs ont nettement progressé. « À ce jour, 5 786 villages ont été délimités et bornés, 61 000 certificats fonciers ont été délivrés, et 85 447 contrats agraires ont été signés », a précisé Bruno Nabagné Koné.

Cette dynamique aurait également contribué à réduire les tensions liées à la terre. « Une évaluation indépendante conduite en 2025 établit que les conflits fonciers ont reculé de 30 %, grâce à cette action de l’État », a souligné le ministre.
Organisées par le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, en collaboration avec le ministère de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de Vie, les JFA 2026 réunissent les principaux acteurs du secteur.
« Durant trois jours, plus de 2 000 participants, professionnels du foncier, société civile, partenaires au développement, monde académique, organisations professionnelles agricoles et secteur privé partageront leurs expériences », a indiqué Bruno Nabagné Koné.
Les échanges accordent une place importante à la transformation numérique, avec la cartographie, la géomatique, la collecte digitale, les systèmes d’information et, à terme, l’intelligence artificielle.
Pays invité d’honneur, le Sénégal est représenté par Cheikh Diba, ministre de l’Économie, des Finances et du Plan. Des délégations de Mauritanie, du Bénin, du Burkina Faso, du Togo, de Madagascar et du Cameroun participent également aux réflexions.
Prenant la parole aux premières Journées Foncières d’Abidjan, le ministre sénégalais de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a salué l’honneur fait à son pays, premier « pays à l’honneur » de cette rencontre. Il a insisté sur les liens de fraternité entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire et sur la nécessité de faire du foncier un outil de paix sociale, d’investissement et de développement durable.
Revenant sur l’histoire foncière du Sénégal, il a souligné les difficultés héritées de la colonisation et les limites du système foncier, notamment l’absence de cadastre permettant de sécuriser les droits des populations.
Le ministre a présenté les avancées du PROCASEF, lancé en 2021 avec l’appui de la Banque mondiale. Au 30 juin 2026, plus de 830 000 parcelles ont été recensées, dont plus de 450 000 ont achevé le processus juridique. Près de 80 000 titres d’affectation ont également été reconnus au bénéfice des femmes.
Il a par ailleurs annoncé la préparation d’un Programme national de sécurisation foncière (PNSF), appelé à couvrir progressivement l’ensemble du territoire sénégalais sur les quinze prochaines années.
Selon le Ministre Cheikh Diba, « La terre ne s’accapare pas, elle se transmet. », a t-il indiqué.
Pour lui, « Aucune réforme foncière ne peut réussir si elle ne part pas des réalités vécues par les populations. »
« Le Sénégal ne vient pas donner de leçons. Il vient partager son expérience et s’enrichir en retour de la vôtre. », a précisé le ministre de l’économie, des Finances et du Plan Sénégalais.
Cheikh Diba a appelé les partenaires techniques et financiers à accompagner le Sénégal dans cette ambition, tout en saluant l’expérience ivoirienne en matière de certificat foncier rural, que son pays souhaite étudier et dont il entend tirer des enseignements.
Avec 23 millions d’hectares de terres rurales à sécuriser, la Côte d’Ivoire entend désormais consolider les acquis et poursuivre les réformes. Derrière les chiffres, l’enjeu reste concret : faire de la terre un facteur de stabilité, d’investissement et de développement, plutôt qu’un terrain de conflits.
Josué Koffi

